Laureat Program on Negotiation Harvard law school À l'aube de 2026, le Maroc ne se contente plus d'exister sur l'échiquier international : il s'y affirme. Sa projection de puissance, désormais assumée, dépasse le seul registre sportif pour investir des terrains plus déterminants encore : l'influence, le récit et les référentiels cognitifs. Les succès enregistrés dans l'organisation de grands événements, notamment footballistiques, ne relèvent pas d'un exploit ponctuel, mais d'une trajectoire engagée depuis plus de deux décennies, faite de consolidation diplomatique, de stabilité institutionnelle et de cohésion nationale. Cette montée en puissance a cependant accru l'exposition du Royaume à un nouveau type de conflictualité : la guerre des récits. Il ne s'agit plus seulement de contester des décisions, mais d'éroder des légitimités, de remodeler les perceptions et d'altérer les certitudes collectives. Dans cet espace informationnel saturé, la viralité l'emporte souvent sur la vérification, et l'opinion publique devient un champ stratégique à part entière. Le sport, levier central du soft power contemporain, illustre cette mutation. Les performances marocaines et leur rayonnement africain ont renforcé l'image du pays, tout en révélant des lignes de friction géopolitiques. Les critiques dépassent dès lors le cadre sportif pour chercher à fragiliser la crédibilité internationale du Royaume, à relativiser son leadership continental ou à semer le doute sur sa stabilité. Les réseaux sociaux, les biais cognitifs et la polarisation émotionnelle sont les instruments privilégiés de ces campagnes. Pourtant, leur impact demeure limité : la consolidation diplomatique du Maroc et la lucidité croissante des opinions publiques ont neutralisé nombre de tentatives de déstabilisation narrative. Dans ce contexte, la communication institutionnelle joue un rôle structurant. Les messages royaux, notamment à travers les communiqués du Cabinet royal, s'inscrivent dans une logique de défense non létale : ils encadrent l'interprétation des événements, renforcent la cohésion et alertent sur les risques de manipulation informationnelle. La stabilité n'y apparaît pas comme un acquis passif, mais comme le résultat d'une anticipation stratégique et d'un entretien constant du capital social. L'une des évolutions majeures réside dans la place accordée au citoyen. La sécurité nationale n'est plus envisagée comme le seul domaine des institutions ; elle devient un phénomène hybride, institutionnel et sociétal. Le citoyen agit comme vecteur de réputation internationale, rempart contre les fractures identitaires et stabilisateur de l'espace social. Cette responsabilisation favorise l'émergence d'une conscience citoyenne plus avertie, capable de distinguer information et manipulation, émotion et stratégie. Le dossier du Sahara marocain s'inscrit pleinement dans cette bataille des perceptions. Souvent analysé à travers des cadres normatifs généraux, il renvoie pourtant à une profondeur historique et à une cohésion interne singulières. Le différend ne se joue pas uniquement sur le terrain juridique ; il s'insère dans un environnement international où récit, symbolisme et alliances pèsent autant que les textes. La capacité à conjuguer souveraineté, autonomie régionale et stabilité collective devient dès lors un critère central de légitimité. Parallèlement, le Maroc poursuit une stratégie de diversification de ses partenariats. En multipliant les coopérations sécuritaires, économiques et diplomatiques avec les grandes puissances comme avec ses partenaires africains, le Royaume consolide sa marge de manœuvre tout en renforçant son positionnement en tant que pôle de stabilité en Afrique du Nord et au Sahel. Cette logique de diversification ne traduit pas un opportunisme, mais une recherche de résilience et d'autonomie stratégique. Ainsi, le Maroc de 2026 apparaît moins comme la cible d'attaques conjoncturelles que comme un acteur dont l'affirmation suscite des résistances. La puissance ne se mesure plus uniquement en ressources matérielles ; elle se jauge à la capacité de maîtriser les récits, de préserver la cohésion interne et de transformer les pressions externes en leviers d'influence durable. Dans un monde où l'image devient un vecteur de légitimation, la solidité du tissu social et la lucidité stratégique constituent désormais des instruments essentiels de souveraineté.