Le marché de change a retrouvé un léger souffle face au dollar, mais sans s'extraire des turbulences internationales. Dans sa note hebdomadaire, AGR décrit un dirham soutenu à court terme par l'environnement monétaire, tout en soulignant la montée des incertitudes extérieures et le retour d'une vigilance accrue sur les parités. Le dirham avance à contre-courant d'un climat mondial plus nerveux. Alors que les tensions géopolitiques entre les Etats-Unis et l'Iran, les incertitudes commerciales américaines et les doutes sur la trajectoire des taux nourrissent la volatilité sur les marchés, la monnaie marocaine a légèrement raffermi sa position face au dollar. Dans sa note hebdomadaire MAD Insights Attijari Global Research (AGR) décrit un marché de change local encore globalement maîtrisé, mais de plus en plus exposé aux secousses extérieures. Sur la semaine du 23 au 27 février, la paire USD/MAD s'est dépréciée de 0,15%, passant de 9,17 à 9,16. Pour AGR, ce mouvement tient d'abord à un effet panier favorable au dirham, évalué à -0,21%, conséquence directe du repli du billet vert sur le marché international. L'effet liquidité, lui, ressort à +0,06%, ce qui traduit un léger resserrement des conditions de liquidité sur le marché interbancaire des changes. Résultat, les spreads de liquidité se sont contractés de 6,2 points de base pour s'établir à -2,78%, tout en restant en territoire négatif. En filigrane, c'est toute la mécanique du régime de change marocain qui apparaît. Le dirham ne progresse pas ici par une dynamique autonome spectaculaire, mais parce qu'il bénéficie d'un environnement de change international un peu moins favorable au dollar. La note d'AGR montre ainsi que l'évolution du MAD reste étroitement liée à la parité EUR/USD, à la structure du panier de référence et à l'état de la liquidité domestique. C'est précisément ce triptyque qui explique le ton prudent adopté par les analystes. Un marché domestique sous contrôle Car sur la scène internationale, le contexte reste chargé. AGR souligne que la montée des tensions militaires entre Washington et Téhéran ravive les craintes de perturbations économiques, au moment même où la décision de la Cour suprême américaine d'invalider certains droits de douane entretient l'incertitude autour de la politique commerciale des Etats-Unis. Dans le même temps, l'indice des prix à la production de janvier est ressorti à +0,5%, au-dessus des attentes de +0,3%, sans parvenir pour autant à soutenir durablement le dollar. Les marchés continuent donc d'anticiper deux baisses de taux de la Réserve fédérale en 2026, de 25 points de base chacune. Cette combinaison est importante pour le Maroc. Quand le dollar se fragilise dans un univers d'aversion au risque, le dirham peut en tirer un avantage relatif face à la devise américaine. Mais cet avantage n'est ni linéaire ni garanti. AGR insiste d'ailleurs sur le regain de volatilité et recommande aux opérateurs de couvrir leurs opérations sur des horizons de 1 à 3 mois. Autrement dit, la stabilité actuelle du marché local ne doit pas masquer la nervosité du contexte global. AGR anticipe un redressement progressif des parités Le mouvement le plus révélateur de la semaine est sans doute celui de l'euro. La paire EUR/USD s'est appréciée de 0,24% pour atteindre 1,1812. Cette remontée alimente mécaniquement une révision des anticipations sur le marché marocain. En s'appuyant sur le consensus des principaux brokers, AGR indique que l'EUR/USD devrait évoluer autour de 1,19 au deuxième trimestre 2026, puis 1,20 au troisième trimestre, avant 1,22 au quatrième trimestre. La perspective centrale reste donc celle d'un euro relativement ferme face au dollar sur les prochains trimestres. C'est ce changement d'environnement qui conduit AGR à revoir à la hausse ses projections sur les parités du dirham. Les niveaux cibles de l'USD/MAD ressortent désormais à 9,24 à un mois, 9,26 à deux mois et 9,29 à trois mois, contre un spot de 9,16 au 27 février. Pour l'EUR/MAD, les objectifs sont fixés à 10,89, 10,91 et 10,95 sur les mêmes horizons, contre un spot de 10,81. En clair, même si le dirham a gagné un peu de terrain face au dollar sur la semaine, AGR n'anticipe pas un prolongement mécanique de ce mouvement. La maison de recherche estime plutôt que les ajustements futurs devraient refléter un redressement graduel des parités, à mesure que les spreads de liquidité se resserrent et que le marché réintègre la nouvelle trajectoire de l'euro face au dollar.