Dans les replis du Moyen Atlas, la province de Khénifra a longtemps vécu en marge des grands flux. Territoire de montagne aux douars éparpillés, elle cumulait les handicaps. Les 9 et 10 mars, Nizar Baraka, ministre de l'Equipement et de l'Eau, a débloqué 882 millions de dirhams pour coudre ensemble routes et barrages, bitume et sources. Il faut imaginer un territoire en forme de balafre sur la carte du Moyen Atlas. Une province où la route s'arrête souvent là où commence la piste, où l'eau se fait rare depuis sept ans, où les douars accrochés aux pentes n'ont jamais vraiment cru aux promesses des capitales lointaines. Khénifra, longtemps restée dans l'ombre des grands axes, a fait l'objet – deux jours durant- d'une visite stratégique du ministre de l'Equipement et de l'Eau, Nizar Baraka. Lundi et mardi, donc, le ministre a sillonné cette province avec une équipe d'élus et de techniciens. Ouaoumana, le pont qui manquait Tout commence à Ouaoumana, commune rurale posée sur la route nationale N°8, celle qui relie Khénifra au reste du royaume depuis des décennies. Ici, le bitume a longtemps tenu, mais l'ouvrage d'art qui enjambe l'Oued Ouaoumana, lui, menaçait de céder. Alors on l'a reconstruit. Pour 15,30 millions de dirhams et douze mois de travaux, un pont neuf permet désormais de traverser sans craindre la crue subite. L'ouvrage, inauguré en grande pompe par le ministre, le gouverneur Mohamed Adil Ihourane et le président du Conseil régional Adil Barakat, n'est pas qu'une affaire de béton. Il est la promesse que les enfants de Ouaoumana pourront rejoindre l'école sans être coupés du monde, que les malades atteindront l'hôpital, que les paysans écouleront leurs récoltes. L'infrastructure comme condition du reste. La RN8, artère à soigner À cette occasion, un bilan des cinq dernières années sur la RN8 a été dressé. Ce sont 268 millions de dirhams débloqués pour moderniser et mettre à niveau cet axe vital. Une somme considérable, mais qui paraît soudain modeste face à l'ampleur de ce qui reste à faire. Car Khénifra, c'est d'abord un maillage routier en état d'urgence. Le programme prioritaire 2025-2026, présenté au ministre, prévoit la réalisation de 212,5 kilomètres de routes pour 212 millions de dirhams. La RR710, épine dorsale régionale Mais le véritable morceau de bravoure, c'est la route régionale N°710, qui relie Khénifra à Bejaâd, dans la province voisine de Khouribga. Là, le projet est d'une autre ampleur. Doublement sur 11 kilomètres entre Khénifra et Aït Ali, élargissement et renforcement sur près de 75 kilomètres jusqu'à Bejaâd. Au total, 86,5 kilomètres d'infrastructure lourde, pour un coût estimé à 670 millions de dirhams, dont 182 millions apportés par la région Béni Mellal-Khénifra. L'ambition affichée est de faire de cet axe une colonne vertébrale pour l'économie locale, réduire le temps de trajet vers l'autoroute Béni Mellal-Bejâad, et surtout, permettre à des milliers de ruraux de ne plus vivre leur géographie comme une fatalité. 882 millions : la signature qui change la donne Car c'est bien de cela qu'il s'agit. Les deux conventions signées lundi au siège de la préfecture, d'un montant global de 882 millions de dirhams, ne sont pas de simples papiers administratifs. Elles sont l'acte de naissance d'une nouvelle ambition pour Khénifra. La première, consacrée à la RR710, est un engagement ferme de l'Etat et de la région à sortir cette province de son isolement. La seconde, un avenant au programme de renforcement des liaisons routières communales, vient compléter le tableau en s'attaquant au réseau secondaire, celui qui pénètre au cœur des campagnes. Dans le sillage du Programme de Réduction des Disparités Territoriales et Sociales, ces 212 millions supplémentaires visent à rapprocher les services de base des populations qui en sont le plus éloignées. L'Oum Er Rbia, la source qui renaît Mais à Khénifra, la route ne suffit pas. Sans eau, il n'y a pas de vie, pas d'agriculture, pas d'avenir. C'est pourquoi la visite de Nizar Baraka a également été marquée par la tenue du Conseil d'administration de l'Agence du Bassin Hydraulique de l'Oum Er Rbia (ABHOER), une instance devenue cruciale après sept années de sécheresse qui ont vidé les nappes et asséché les espoirs. Le ministre a livré des chiffres édifiants: l'année hydrologique 2024-2025 a été désastreuse, avec un déficit pluviométrique de 17,3% et des apports aux barrages en chute libre de 68%. Mais depuis septembre 2025, la pluie est revenue. Près de 302 mm en moyenne sur le bassin, soit un excédent de 42,9% par rapport à la normale. Ces précipitations ont généré 2,315 milliards de m3 d'apports, permettant au taux de remplissage du complexe Al Massira et des barrages aval de remonter à 31,40% au 1er mars 2026. La stratégie tous azimuts Dans cette situation, le gouvernement déploie une stratégie à plusieurs étages. Dans le bassin de l'Oum Er Rbia, les chantiers se poursuivent : le barrage sur l'Oued Lakhdar, à Azilal, atteindra bientôt 150 millions de m3 de capacité, avec un taux d'avancement de 70%. Celui de Taghzirt, à Béni Mellal, suit le même chemin. Parallèlement, les stations de dessalement de Safi et Jorf Lasfar tournent à plein régime, soulageant d'autant la pression sur les barrages. La première tranche du projet d'interconnexion entre les bassins de Sebou, Bouregreg et Oum Er Rbia est déjà exploitée en urgence. Et d'ici fin 2026, la station de dessalement de Casablanca devrait entrer en service. Autre piste, moins connue mais tout aussi stratégique, la réutilisation des eaux usées traitées. L'objectif est de produire 31 millions de m3 par an dans les villes de Fquih Ben Salah, Khouribga, Kasba Tadla, Béni Mellal et Safi, pour l'arrosage des espaces verts et l'usage industriel par OCP. Une économie circulaire de l'eau qui commence à faire ses preuves. Par ailleurs, au terme des travaux du Conseil d'administration de l'Agence du Bassin Hydraulique de l'Oum Er Rbia, les membres ont approuvé 16 projets de conventions portant sur le domaine d'intervention de l'Agence. Protection contre les inondations, entretien des barrages, renforcement du réseau de mesures hydrologiques, partenariats pour la sensibilisation à l'environnement sont autant de petits cailloux qui, mis bout à bout, doivent construire le chemin d'une gestion plus durable et plus résiliente de la ressource.