Deux ans et demi après le séisme qui a frappé la province d'Al Haouz, la reconstruction des infrastructures avance. Mais la relance économique, elle, passe aussi par le numérique. C'est tout l'objet du projet KTD Rural, porté par la GIZ en partenariat avec le ministère de l'Economie et des Finances. L'initiative entend former de jeunes talents locaux pour qu'ils deviennent des «relais digitaux» au service des très petites entreprises, coopératives et auto-entrepreneurs de la région. Derrière ce dispositif pilote se dessine l'ambition d'ancrer la transformation numérique au cœur des territoires ruraux, expérimenter un modèle de digitalisation inclusive économiquement viable et poser les jalons d'une réplication ailleurs au Maroc. La transformation digitale est aujourd'hui un levier incontournable de compétitivité et d'accès aux marchés. Au Maroc, les stratégies nationales ambitieuses en la matière témoignent d'une volonté affirmée d'intégration numérique des acteurs économiques. Mais dans les zones rurales comme Al Haouz, le tissu économique composé essentiellement de coopératives et d'associations de production demeure confronté à une double fracture. D'abord une fracture d'accès, liée à l'isolement géographique et au manque d'infrastructures numériques. Ensuite une fracture de compétences, qui limite la compréhension, l'usage et l'appropriation des outils digitaux. De nombreuses très petites entreprises et coopératives peinent ainsi à assurer leur visibilité en ligne, à gérer leurs ventes de manière structurée ou à utiliser des outils de gestion adaptés. Parallèlement, ces territoires regorgent de jeunes talents qui maîtrisent partiellement les outils numériques mais manquent de perspectives d'encadrement, de formation ou de débouchés professionnels structurés. Ce potentiel inexploité constitue une ressource considérable pour accompagner la modernisation du tissu coopératif local. C'est précisément cette ressource que le projet KTD (Kiosque de transformation digitale) Rural entend mobiliser. Ce dispositif a été conçu comme une interface locale de proximité entre les besoins des entreprises et les compétences disponibles. Porté par la GIZ dans le cadre du projet PROMET (Promotion de l'entrepreneuriat), il s'inscrit dans l'axe 4 de ce programme, dédié à la relance des activités économiques dans les zones touchées par le séisme du 9 septembre 2023. Aujourd'hui, la GIZ entend s'appuyer sur une expertise externe qui sera chargée (par voie d'appel d'offres) de déployer ce dispositif pilote. La mission, d'une durée initiale de trois mois (du 30 mars au 30 juin 2026) avec possibilité de prolongation jusqu'à six mois, repose sur cinq objectifs stratégiques. Il s'agit de définir le cadre opérationnel du dispositif, concevoir les outils nécessaires, former les relais digitaux, déployer l'accompagnement auprès des bénéficiaires et capitaliser les apprentissages pour une éventuelle mise à l'échelle. Le modèle économique, première pierre angulaire Le projet KTD Rural est à bien des égards une expérimentation stratégique. Il s'agit de tester, dans un territoire marqué par une catastrophe naturelle et une double fracture numérique, un modèle de digitalisation inclusive qui repose sur l'ancrage local et la formation de jeunes talents. Si le pilote réussit, il pourra être répliqué dans d'autres zones rurales du Maroc, contribuant ainsi à la stratégie nationale de transformation digitale et à l'objectif plus large de réduction des inégalités territoriales. La viabilité du dispositif se joue d'abord sur le plan économique. Pour cela, un état des lieux des initiatives existantes en matière d'appui à la digitalisation dans la région sera dressé, avant que ne soit menée une analyse fine des besoins des utilisateurs finaux (TPE, auto-entrepreneurs et coopératives) dans les zones cibles d'Al Haouz. Sur cette base, le modèle économique du KTD Rural sera tracé en s'inspirant du Business Model Canvas. L'offre de valeur, la segmentation des utilisateurs, les canaux d'accès, les partenariats clés, la structure des coûts et les sources de revenus seront définis, avec des scénarios de viabilité financière à court, moyen et long terme. Parallèlement, le schéma organisationnel et les processus de mise en œuvre seront précisés, clarifiant les rôles et responsabilités de la structure porteuse, des relais digitaux, des partenaires et des fournisseurs de solutions digitales. Cette étape est cruciale, car c'est elle qui déterminera si le dispositif peut tenir au-delà de la phase pilote et s'inscrire dans une logique de pérennité. Pour garantir la qualité et l'homogénéité des interventions, un kit d'outils opérationnels sera développé. Il comprendra un outil standardisé de diagnostic de maturité digitale, un catalogue des services digitaux structuré en fiches techniques (description, objectifs, livrables, outils, prérequis, durée, coût), ainsi que des guides pratiques pour accompagner les relais dans leurs missions. Une identité visuelle du réseau des relais digitaux sera aussi créée en plus d'une charte d'adhésion définissant les valeurs, engagements, règles de fonctionnement et standards de qualité attendus. L'objectif est d'instaurer une cohérence de marque et de fonctionnement dès la phase pilote, afin que les relais soient identifiables et crédibles auprès des bénéficiaires. Former pour transformer Par ailleurs, la réussite du dispositif repose sur la montée en compétences des jeunes talents locaux. Un programme de formation-action sera mis en place comprenant au moins six sessions de formation. Les modules porteront sur les techniques de diagnostic de maturité digitale, les services et outils numériques, la relation client et la communication. Un programme d'encadrement et de suivi continu sera aussi déployé pour toute la durée de la mission, avec du coaching, une hotline technique et des visites terrain supervisées. L'objectif est d'assurer que les relais digitaux disposent non seulement des compétences techniques, mais aussi de l'accompagnement nécessaire pour mener à bien leurs missions sur le terrain. Un pilote pour faire la preuve Le cœur du projet est le déploiement effectif de l'accompagnement digital. Chaque relais digital se verra attribuer un portefeuille d'au moins six entités issues du programme PROMET4AlHaouz, soit environ 60 bénéficiaires au total. La mise en œuvre des actions – installation ou paramétrage de solutions numériques simples, création ou amélioration de contenu digital, mise en place de processus digitaux minimaux – fera l'objet d'un appui direct de proximité. Des ateliers d'échanges entre relais seront organisés pour favoriser l'apprentissage collectif. Un rapport de suivi du pilote, incluant indicateurs de performance, réalisations concrètes et témoignages, viendra clore cette phase. Soulignons que l'ambition du projet dépasse le cadre du pilote, car à partir de ces enseignements, le modèle opérationnel – services, processus, business model, schéma organisationnel, identité visuelle, charte d'adhésion – sera ajusté et finalisé. Un rapport de capitalisation complet sera élaboré et les conclusions seront présentées lors d'un atelier de restitution avec la GIZ, les institutions locales et les partenaires régionaux.