Si le conflit dure, les agriculteurs du monde entier seront contraints d'adapter leurs pratiques, avec des conséquences sur les rendements et, in fine, sur la sécurité alimentaire mondiale. Pour le Maroc, le risque d'une nouvelle flambée des prix alimentaires est bien réel. Mais pour la première fois, l'ensemble de la filière semble déterminé à ne pas subir les événements, en misant sur la coordination, la modernisation et la vision stratégique. Reste à transformer ces intentions en actes concrets avant que la prochaine campagne ne soit compromise. Pays importateur net de céréales, d'huiles végétales et de sucre, le Maroc est directement exposé aux tensions internationales affectant ces denrées. L'envolée des prix des engrais menace la prochaine campagne céréalière, alors que le pays sort d'une période de sécheresse sévère. Les importations de céréales ont bondi de 12% sur un an entre juin 2025 et janvier 2026. Mais le Royaume est aussi un acteur majeur de la production d'engrais phosphatés via le groupe OCP. Paradoxalement, la flambée des prix des phosphates pourrait bénéficier à ses exportations. Toutefois, le soufre nécessaire à la fabrication des engrais provient en grande partie du Golfe. Les restrictions d'approvisionnement pourraient donc limiter la capacité de production locale, même si le Maroc dispose de stocks stratégiques. Conscient de l'urgence, le secteur s'est mobilisé. Jeudi dernier, la Confédération marocaine de l'agriculture et du développement rural (COMADER) a réuni à Salé l'ensemble des parties prenantes – ministères, institutions publiques, organisations professionnelles, opérateurs économiques, experts – lors d'une conférence nationale dédiée à la filière céréalière. Objectif : identifier les leviers pour renforcer la production nationale et contribuer à la souveraineté alimentaire, dans un contexte marqué par le changement climatique, la volatilité des marchés et la hausse des coûts de production. Les travaux ont abouti à un diagnostic partagé et à la conclusion d'un accord de modération sur la collecte et la commercialisation du blé tendre national. Cet accord illustre l'engagement conjoint des pouvoirs publics et des professionnels à améliorer l'organisation du marché, à travers le renforcement des capacités de stockage, l'appui au financement et l'adaptation des mécanismes de régulation. Plusieurs priorités ont été dégagées : renforcer la productivité et la résilience face aux aléas climatiques, améliorer la rentabilité économique, moderniser les systèmes de collecte, de stockage et de logistique, et accroître la transparence du marché pour un équilibre durable entre production nationale et importations. Les participants ont également appelé à une vision stratégique renouvelée, intégrant le stockage stratégique et un meilleur lien avec les activités de transformation. Cette mobilisation intervient à point nommé. Car la flambée des prix du sucre et des huiles végétales, combinée à la hausse des carburants, alimente déjà l'inflation sur les produits de première nécessité. Début mars, les prix à la pompe ont grimpé au Maroc, conséquence directe de l'escalade du conflit au Proche-Orient. Côté finances publiques, la facture des subventions risque d'exploser. La Loi de finances 2026 avait prévu 13,8 milliards de dirhams pour la Caisse de compensation, sur la base d'hypothèses de prix détendues. Avec la flambée des cours internationaux du sucre, du blé et de l'énergie, cette enveloppe pourrait être rapidement dépassée. Rien que pour le sucre raffiné, la subvention a coûté 3,05 milliards de dirhams entre janvier et août 2025. Sami Nemli / Les Inspirations ECO