Le gouvernement a invité trois centrales syndicales pour mener le dernier round de dialogue social de son quinquennat. Le début d'inflation provoquée par le conflit au Moyen-Orient va orienter les discussions sur des revendications de hausse salariale. C'est une invitée surprise qui risque de faire beaucoup parler d'elle durant le dialogue social prévu dans quelques jours entre le gouvernement et les centrales syndicales : il s'agit de la guerre au Moyen-Orient. «Déjà que les travailleurs ont du mal toutes ces années à s'en sortir, voilà que ce nouveau conflit vient compliquer la situation, dans un contexte d'une inflation devenue insupportable pour la classe ouvrière», déclare, aux Inspirations ECO, une source syndicale. Pour l'heure, seules trois de ces centrales syndicales ont été invitées par l'Exécutif. Il s'agit de celles considérées comme les «plus représentatives», à savoir l'UMT (Union marocaine du travail), l'UGTM (Union générale des travailleurs du Maroc) et la CDT (Confédération démocratique du travail). D'ailleurs, pour cette dernière, «l'augmentation générale des salaires et des pensions de retraite» figure en tête des revendications, en raison justement de cette nouvelle inflation importée que risque de provoquer la guerre en Iran, qui en est aujourd'hui à son quarantième jour. Cap électoral Il reste à savoir si, dans ce contexte, le gouvernement accordera une oreille attentive à cette revendication dictée par la conjoncture, surtout après les précédentes hausses de salaires octroyées lors des précédents rounds du dialogue social. Pour le patron de l'Organisation démocratique du Travail (ODT), «cette hausse devient une nécessité car l'augmentation généralisée des prix des produits de consommation a fait baisser le pouvoir d'achat des ménages marocains». Ali Lotfi, dont le syndicat n'est pas associé à ce dialogue social, partage plusieurs préoccupations avec les autres centrales syndicales, notamment sur ce point précis. Ce round d'avril, qui intervient alors que le gouvernement vit ses derniers mois avant les élections législatives de septembre prochain, risque, à vrai dire, d'être synonyme de simple rendez-vous entre pouvoirs publics, patrons du privé et centrales syndicales sans vraiment déboucher sur des engagements profonds. Car, ces engagements n'engageront peut-être pas le prochain gouvernement qui pourrait les fouler au pied. Et ce, d'autant plus que, du côté de la CDT, on appelle toujours à «l'exécution des engagements précédemment pris par l'Exécutif». Retraites Au-delà de ces doléances conjoncturelles, les centrales syndicales y vont avec de vieilles revendications que le gouvernement n'a finalement pas osé concrétiser. Et, bien évidemment, le dossier de la réforme des retraites figure en tête des préoccupations. «Nous refusons systématiquement l'augmentation de l'âge de départ à la retraite à 65 ans et appelons à fusionner les quatre caisses de retraite en une seule», nous réitère un patron d'une centrale syndicale représentative. Cette réforme des retraites est donc une patate chaude que l'actuel gouvernement va certainement filer au prochain. Sur un tout autre volet, les grandes centrales syndicales non invitées à cette session de printemps, appellent, elles, en ce qui les concerne, à des réformes et à l'institutionnalisation du dialogue social. «Ce gouvernement a toujours fait le choix de ne parler qu'avec certains syndicats et pas d'autres. Au Maroc, le dialogue social n'implique que trois centrales syndicales, alors qu'en France par exemple, on trouve jusqu'à six centrales syndicales impliquées. Nous ne comprenons pas le choix de ce gouvernement», proteste pour sa part le patron de l'ODT, Ali Lotfi. Réforme Il faut en effet rappeler que l'institutionnalisation du dialogue social a toujours été une vieille revendication pour les syndicales, afin, disent-ils, de sortir du «bon vouloir» du gouvernement ou non pour appeler les représentants de la classe ouvrière au dialogue. «Tout ceci exige la révision des textes régissant les élections des délégués de personnel dans les établissements et entreprises, ainsi que les représentants des travailleurs», poursuit le secrétaire général de l'ODT. Autant dire que c'est un chantier et des batailles à mener avec la prochaine majorité gouvernementale qui sera élue à l'issue des élections du 23 septembre prochain. Mustapha Baitas Porte-parole du gouvernement «Le dialogue social constitue un levier central pour renforcer la concertation et préserver l'équilibre social. Le gouvernement insiste sur le caractère «stratégique» de ce chantier, dans lequel il s'est engagé dès son installation». Ali Lotfi Secrétaire général de l'Organisation démocratique du travail (ODT) «Ce gouvernement a toujours fait le choix de ne parler qu'avec certains syndicats et pas d'autres. Au Maroc, le dialogue social n'implique que trois centrales syndicales, alors qu'en France, par exemple, on trouve jusqu'à six centrales syndicales impliquées. Nous ne comprenons pas le choix de ce gouvernement». Abdellah Benahmed / Les Inspirations ECO