Les clubs marocains ont réalisé un carton plein sur le marché des transferts en 2025. Selon le rapport «Mercato Al Charq» d'Iqtissad Ash Sharq avec Bloomberg, publié il y a quelques jours, le Royaume domine le classement arabe des ventes de joueurs à l'étranger, avec près de 11 millions de dollars de recettes sur l'année et 42,6 millions sur les cinq dernières saisons. Pendant que l'Arabie saoudite dépense sans compter (1,2 milliard de dollars en 2025), le Maroc confirme sa spécialité : former des talents et les revendre à prix d'or. L'argent ne fait pas tout. Pendant que les Saoudiens cassent leur tirelire, les Marocains, eux, remplissent la leur. Le rapport «Mercato Al Charq 2025», récemment publié par Iqtissad Ash Sharq avec Bloomberg et qui analyse les données officielles de la FIFA, révèle une tendance lourde : les clubs du Royaume sont les champions arabes de la revente de talents. Ainsi, sur la période 2021-2025, les clubs arabes ont dépensé plus de 3,3 milliards de dollars pour recruter des joueurs étrangers, dont près de 1,2 milliard rien qu'en 2025. Des chiffres qui traduisent des stratégies radicalement opposées. D'un côté, les clubs marocains se distinguent par une approche sobre et rentable. En 2025, leurs recettes issues des transferts de joueurs à l'étranger ont atteint 11 millions de dollars. Ce montant place le Maroc en tête du classement arabe des «vainqueurs», c'est-à-dire des pays dont les clubs réalisent des profits nets sur le marché des transferts. De l'autre, les voisins, avec lesquels l'écart est considérable. Selon le rapport, les clubs tunisiens et algériens sont loin derrière, avec des recettes respectives d'environ 3,1 millions et 4,1 millions de dollars en 2025. Le Maroc creuse l'écart année après année. 42,6 millions de dollars de recettes nettes en cinq ans Sur l'ensemble des cinq dernières saisons (2021-2025), les clubs marocains ont engrangé 42,6 millions de dollars de recettes provenant des transferts de joueurs à l'international. Ce chiffre est le plus élevé de la région arabe en matière de solde positif (recettes moins dépenses). Le rapport souligne que «la particularité du marché marocain est d'être toujours bénéficiaire», contrairement aux marchés saoudien, qatari ou émirati qui sont structurellement déficitaires en raison de leurs investissements massifs. La progression est constante. Après 9,2 millions de dollars en 2023 et 10,3 millions en 2024, les clubs marocains ont atteint un pic à 11 millions en 2025. Cette tendance haussière confirme la montée en puissance du football marocain sur le plan économique, portée par les performances des clubs et de l'équipe nationale. L'exception saoudienne : un marché à part Le rapport met en évidence la mainmise des clubs saoudiens sur le marché des achats. Depuis l'ouverture initiée à l'été 2023 avec le programme «d'attraction des joueurs d'élite», l'Arabie saoudite représente 68 % des dépenses totales des clubs arabes en matière de recrutement international. En 2025, les six clubs du championnat «Roshn» (Al-Nassr, Al-Hilal, Al-Ahli, Al-Qadsiah, Neom, Al-Ittihad) se classent aux premières places du classement arabe pour l'investissement dans les transferts. À l'opposé, les clubs marocains apparaissent dans le classement des «plus gros vendeurs». Le Wydad Casablanca, la Renaissance de Berkane et d'autres clubs figurent parmi les clubs africains les plus actifs en matière de cessions. Le rapport précise que le classement des clubs arabes «asiatiques» (ceux situés dans la zone Asie de la FIFA) est dominé par les Saoudiens, tandis que le classement des clubs africains est dominé par les Egyptiens (Al-Ahly, Zamalek, Pyramids), suivis des Marocains et des Tunisiens (Espérance). Le Maroc, futur hub du football africain ? Les données du rapport confirment une tendance de fond : les clubs marocains sont devenus des fournisseurs nets de talents pour les marchés plus riches, notamment ceux du Golfe. Le modèle économique repose sur la formation (académies, centres de performance) et sur une stratégie de revente à l'international. Contrairement aux clubs saoudiens qui injectent des capitaux pour attirer des stars, les clubs marocains privilégient la valorisation de leur vivier local. Cette performance s'inscrit dans un contexte plus large de professionnalisation du football national. La qualification de l'équipe nationale aux demi-finales de la Coupe du monde 2022, puis la future organisation du Mondial 2030 aux côtés de l'Espagne et du Portugal, ont accru la visibilité des joueurs marocains sur la scène internationale. Les clubs en profitent directement via les transferts. Par ailleurs, le rapport souligne que le Maroc a devancé largement la Tunisie et l'Algérie en 2025. Les clubs tunisiens, historiquement présents sur le marché des transferts, peinent à suivre le rythme. Leurs recettes stagnent autour de trois millions de dollars annuels. L'Algérie, malgré un réservoir de talents important, reste handicapée par des contraintes administratives et un manque d'attractivité, avec des recettes oscillant entre deux et quatre millions. Le Maroc, lui, bénéficie d'un environnement plus favorable : stabilité des clubs, infrastructures en développement, et ouverture vers les championnats européens et du Golfe.