850.000 emplois non agricoles créés en quatre ans, une croissance à près de 5%, un déficit budgétaire sous contrôle. On ne peut pas dire que rien n'a été fait. Sur le papier, le gouvernement peut se réjouir. Mais sur le terrain, le chômage stagne à 13%, les jeunes diplômés sont plus exclus que jamais et les femmes reculent. Voilà le paradoxe marocain, celui d'une économie qui crée et d'un marché du travail qui n'absorbe pas. Ce paradoxe, il faut oser le nommer. La Banque africaine de développement le dit crûment : «L'économie marocaine grossit, mais elle grossit sans une partie de sa jeunesse, sans ses diplômés, sans ses ruraux». Le FMI, lui, pointe cinq fragilités structurelles. Le diagnostic est sans appel : une agriculture qui perd des emplois sous les coups de boutoir de la sécheresse et de la modernisation ; un secteur privé trop atomisé ; une formation qui ne colle pas aux besoins du marché ; un secteur public qui attire les diplômés par des salaires deux à trois fois supérieurs au privé et des barrières qui freinent l'emploi féminin. Voilà le chantier ! Un chantier immense, que le gouvernement a commencé à défricher avec le Plan d'emploi 2030, les programmes Idmaj, Tahfiz, Tadarouj et les soutiens aux TPME. Avec 92.000 emplois dans le tourisme, 365 millions de journées agricoles... des résultats apparaissent, mais le chantier est inachevé. Les dispositifs restent fragmentés, leur évaluation embryonnaire et trop d'emplois créés sont précaires. Le FMI le rappelle : «L'absence d'un système unifié de suivi-évaluation empêche d'identifier ce qui fonctionne vraiment». Alors, justement, la question n'est plus seulement de créer plus d'emplois. C'est de convaincre les Marocains que ceux qui existent leur sont accessibles. Que le jeune diplômé de Fès ne sera pas obligé d'attendre deux ans un concours administratif. Que la jeune femme de Casablanca pourra travailler sans craindre le trajet. Que le rural de Tahla verra autre chose que des journées agricoles précaires. Ayant fait des chantiers sociaux son cheval de bataille, il reste au gouvernement cinq mois pour convaincre. Cinq mois pour transformer des chiffres macroéconomiques en histoires individuelles. Cinq mois pour que le chantier inachevé ne ressemble pas à une promesse trahie. Ne nous leurrons pas, car l'édifice ne sera pas achevé d'ici septembre. Mais les Marocains peuvent exiger de voir les fondations. La vérité, même crue, est parfois la meilleure des campagnes. Meriem Allam / Les Inspirations ECO