Alors que 101.000 enfants travaillent encore au Maroc, selon les derniers chiffres du HCP, le Conseil économique, social et environnemental a lancé une consultation citoyenne sur ce fléau. Jusqu'au 30 avril, les Marocains sont invités à s'exprimer sur les causes et les solutions d'un phénomène qui touche particulièrement le milieu rural et les travaux dangereux. Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a lancé, dimanche 12 avril – via sa plateforme participative «Ouchariko» – une large consultation citoyenne sur le travail des enfants au Maroc. Ouverte jusqu'au 30 avril 2026, cette initiative entend recueillir l'avis du grand public sur l'ampleur du phénomène, les secteurs d'activité les plus touchés, les obstacles à son éradication et les solutions envisageables. Cette consultation intervient dans un contexte de tensions autour des chiffres officiels. Selon les dernières données du Haut-commissariat au plan (HCP) publiées en juin 2025, 101.000 enfants âgés de 7 à 17 ans étaient engagés dans une activité économique en 2024, en baisse de 8,2% par rapport à 2023 et de 59,1% depuis 2017. Le ministre Younes Sekkouri a, de son côté, affirmé que le Royaume avait réduit le travail des enfants de 55% depuis 2017. Pourtant, alors que certains titres de presse évoquaient une hausse alarmante en 2025, ces chiffres restent préoccupants. 1,3% des enfants de cette tranche d'âge sont concernés, avec de fortes disparités entre le milieu urbain (0,5%) et le monde rural (2,5%). Le profil type de l'enfant au travail est celui d'un garçon (84,6%), âgé de 15 à 17 ans (89%), résidant en zone rurale (77,5%) et ayant quitté l'école (87,7%). L'agriculture, la forêt et la pêche concentrent 70,3% des enfants travailleurs en milieu rural, tandis que dans les villes, les services (58,8%) et l'industrie (26,1%) dominent. Plus alarmant encore : 62.000 enfants (soit 62,7% des enfants travailleurs) sont exposés à des travaux dangereux, notamment dans l'industrie (88,6%) et le BTP (74,4%). Le phénomène touche environ 73.000 ménages, soit 1% des foyers marocains, majoritairement ruraux. Sur le plan législatif, le Code du travail interdit l'emploi des mineurs de moins de 15 ans, mais des voix s'élèvent pour relever cet âge à 18 ans. En juin 2025, le Groupe socialiste à la Chambre des représentants a proposé un amendement en ce sens, assorti d'un statut de «stagiaire professionnel» pour les 16-18 ans contraints de travailler. Des amendements à la loi n°19.12 sur les travailleurs domestiques prévoient également de porter à 18 ans l'âge minimum pour l'emploi à domicile, une mesure réclamée par l'UNICEF qui alerte sur la vulnérabilité particulière des «petites bonnes» – ces fillettes souvent issues de milieux ruraux pauvres, employées comme domestiques et exposées aux pires formes d'exploitation. Younes Sekkouri affirme que le nombre d'enfants travailleurs a été réduit de 94% sur les vingt dernières années, avec un taux désormais inférieur à 1,4% de la main-d'œuvre. Des associations comme INSAF poursuivent sur le terrain leur travail de sauvetage : plus de 600 «petites bonnes» ont été retirées du travail domestique dans la région de Marrakech grâce à un programme d'accompagnement global incluant aide financière et soutien scolaire. Alors que la consultation du CESE se poursuit jusqu'au 30 avril, les citoyens sont invités à donner leur avis sur les causes et les remèdes à ce fléau qui, malgré les progrès affichés, continue de priver des milliers d'enfants marocains de leur droit fondamental à l'éducation et à une enfance digne. Sami Nemli / Les Inspirations ECO