Le chantier de la réforme pénale avance, mais sans encore trouver son plein rythme. Devant la Chambre des représentants, le ministre de la Justice, Abdellatif Ouahbi, a présenté un premier état des lieux de la mise en œuvre de la loi relative aux peines alternatives, en mettant en avant une montée en charge réelle, mais jugée encore lente par le gouvernement lui-même. Dans le détail, 926 amendes journalières ont été prononcées, soit 43,6% de l'ensemble des jugements rendus dans ce cadre. Ce mécanisme constitue à ce stade la principale peine alternative appliquée. Viennent ensuite 794 peines de travail d'intérêt général, 385 décisions portant sur la restriction de certains droits ou sur l'imposition de mesures de contrôle, de soins ou de réinsertion, tandis que la surveillance électronique ne concerne que 18 cas. Ce contraste illustre une appropriation encore inégale des différents outils prévus par le texte. Le ministre a d'ailleurs reconnu que la mise en œuvre des peines alternatives progresse à un rythme lent. Une étude est en cours pour en comprendre les raisons. Cet aveu traduit les difficultés d'installation d'un dispositif qui suppose à la fois une adaptation des pratiques judiciaires, des capacités de suivi et des structures d'accompagnement. Abdellatif Ouahbi a également détaillé le bilan de la réduction automatique des peines privatives de liberté dans le cadre de la nouvelle procédure pénale. Le dispositif prévoit une réduction de cinq jours par mois pour les peines d'un an ou moins. Lorsque la peine dépasse une année, la réduction est fixée à un mois par an et à deux jours par mois. Le champ des bénéficiaires a, en outre, été élargi aux condamnés ayant des antécédents judiciaires – à condition qu'ils aient amélioré leur comportement – dans la limite de la moitié de la peine et selon les conditions prévues. Entre le 29 janvier et le 15 mars, près de 88.000 détenus ont bénéficié de ce mécanisme. Il a permis la libération immédiate de 8.947 prisonniers. Selon le ministre, la population carcérale est ainsi passée d'environ 109.000 à 99.000 détenus. Pour le gouvernement, ce dispositif repose sur une logique simple : associer l'amélioration du comportement du détenu à une réduction automatique de la peine afin de favoriser la discipline, la réhabilitation et la réinsertion. À travers ces chiffres, l'Exécutif cherche à montrer que la réforme commence à produire des effets concrets sur la gestion carcérale. Mais il apparaît aussi que la transformation reste inachevée, notamment sur le volet des peines alternatives, dont l'efficacité dépendra désormais de leur montée en puissance réelle sur le terrain.