La récente rencontre en Turquie entre le conseiller spécial de Donald Trump, Massad Boulos, et le ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, semble avoir déclenché un changement de position au sein du Front Polisario, qui s'oppose désormais ouvertement aux demandes américaines. Presque immédiatement, le ton s'est durci du côté de Washington. DR ‹ › La rencontre du 17 avril en Turquie entre Massad Boulos, conseiller spécial du président Donald Trump pour les affaires africaines et arabes, et Ahmed Attaf, ministre algérien des Affaires étrangères, semble marquer un tournant. Cet échange a laissé une empreinte notable sur la communication du Front Polisario. Le Front a affiché son opposition à la demande américaine de démanteler les camps de Tindouf et de circonscrire les discussions à la seule proposition marocaine d'autonomie pour le Sahara occidental. Il a ainsi réaffirmé son discours traditionnel sur la «décolonisation», en se référant aux anciennes résolutions de l'Assemblée générale de l'ONU et de l'Union africaine. Plus significatif encore, la direction du Front a soigneusement évité de mentionner la médiation américaine, préférant se référer uniquement à celle des Nations unies, même si l'organisation internationale a plus joué un rôle d'observateur lors des deux rounds de discussions organisés en février dernier, d'abord à l'ambassade américaine à Madrid, puis à Washington. Ce repositionnement, aligné sur les positions traditionnelles d'Alger, se reflète notamment dans les prises de parole de Brahim Ghali. Dans son discours du 8 avril, lors du «50e anniversaire de la création de la RASD», il saluait encore «les efforts actuels menés, dans le contexte de la résolution 2797 (adoptée le 31 octobre, ndlr), par les Nations unies et les Etats-Unis d'Amérique pour parvenir à une solution juste, définitive et mutuellement acceptable». De son côté, son «ministre des Affaires étrangères», Mohamed Yeslam Beissat, déclarait à un média officiel algérien que l'administration Trump, par rapport aux précédentes, «est la première à déployer un effort réel et louable pour rapprocher les points de vue et organiser des négociations directes entre les deux parties, conformément aux résolutions des Nations unies». Il a même qualifié l'initiative américaine d'«évolution importante» dans le processus de règlement du conflit. L'administration Trump riposte Après la rencontre Boulos–Attaf en Turquie, le ton a sensiblement changé. Le 20 avril, lors d'un discours au congrès de l'organisation féminine du mouvement, Brahim Ghali a loué «les efforts menés par les Nations unies pour achever la décolonisation de la dernière colonie d'Afrique», omettant délibérément toute référence aux Etats-Unis. Son «conseiller aux ressources naturelles», Oubi Bachir, a adopté la même ligne lors de son intervention sur la chaîne publique allemande DW Arabic, affirmant que «le droit à l'autodétermination appartient exclusivement au peuple sahraoui, qui détient la souveraineté exclusive quant à la détermination du statut final du territoire». Face à cette série de déclarations rejetant la médiation américaine, l'administration Trump a envoyé des signaux inquiétants pour Alger et Tindouf. Lors d'une audition à la Commission des Affaires étrangères du Sénat, Monica Jacobsen, coordinatrice du contre-terrorisme au Département d'Etat, a déclaré «partager les préoccupations» exprimées par le sénateur Ted Cruz concernant les liens entre le Polisario et des groupes terroristes iraniens. Cette prise de position publique est une première pour l'administration Trump et marque un durcissement clair du ton vis-à-vis du Polisario et de l'Algérie. Ce type de repositionnement n'est pas inédit : en 2002, le Front Polisario avait d'abord rejeté, puis accepté, sous pression régionale, le plan proposé par James Baker, envoyé spécial du secrétaire général de l'ONU.