Le dernier rapport du Capgemini research institute a le mérite d'être cru. Il ne vante pas seulement les intentions d'investissement. Il pointe du doigt le talon d'Achille de la réindustrialisation : «Une pénurie de talents industriels et numériques qualifiés constitue une contrainte significative à la mise à l'échelle de la réindustrialisation.» Autrement dit, les usines du futur ne manqueront pas de capitaux, de technologies ou d'énergie propre. Elles manqueront de cerveaux. Le Maroc tire son épingle du jeu dans la recomposition des chaînes de valeur mondiales. Les atouts sont connus, sauf que les investisseurs ne regardent plus seulement la logistique ou le coût de l'électricité. Ils scrutent les compétences. Ils veulent des ingénieurs capables de programmer des robots, des techniciens formés à la maintenance 4.0, des spécialistes en cybersécurité industrielle, des data scientists pour optimiser la production. Qu'en est-il au Maroc ? Les chiffres sont préoccupants. Le taux de chômage des diplômés avoisine 20%. Des milliers de jeunes quittent l'école chaque année sans qualification. Les formations techniques sont souvent déconnectées des besoins réels des industries. Et pendant ce temps, les usines qui s'implantent peinent à recruter des profils adaptés. Un cruel paradoxe : d'un côté, des intentions d'investissement prometteuses et, de l'autre, un marché du travail qui n'est pas prêt. La bataille de la compétitivité se jouera autant sur les compétences que sur les coûts. L'intelligence artificielle, l'automatisation, la robotique et les jumeaux numériques sont identifiés par Capgemini research institute comme des catalyseurs indispensables. Mais il faut former les hommes et les femmes qui sauront les maîtriser. Le Maroc doit donc accélérer la montée en gamme de son capital humain. Ne l'oublions pas : les 26% d'intentions d'augmentation d'investissements sont une promesse, pas une garantie. La recomposition industrielle mondiale ne dure qu'un temps. Si nous ratons le coche de la formation, les usines iront ailleurs, au Vietnam, en Inde ou en Turquie, où les compétences sont prêtes. Meriem Allam / Les Inspirations ECO