Sous la présidence de Ryad Mezzour, ministre de l'Industrie et du Commerce, l'Agence Maroc PME officialise, ce mercredi, le lancement du Plan d'accélération de la croissance et de la transformation des TPME, baptisé PACTE TPME. Inscrit dans le cadre contractuel Etat-Agence 2026-2030, ce dispositif national constitue la déclinaison opérationnelle d'ORBIT 2030, le nouveau plan stratégique de Maroc PME dévoilé en octobre 2025. C'est un tournant dans la politique de soutien aux TPME. Sous la présidence de Ryad Mezzour, ministre de l'Industrie et du Commerce, l'Agence Maroc PME lance officiellement, aujourd'hui, le Plan d'accélération de la croissance et de la transformation des TPME «PACTE TPME». Fini l'accompagnement ponctuel. Jusqu'alors, les dispositifs de soutien souffraient souvent d'un défaut de lisibilité, d'une complexité administrative et d'un manque de coordination entre les intervenants. Le PACTE TPME entend instaurer un accompagnement structurant et systémique, fondé sur la performance, l'innovation et l'impact territorial. Selon nos informations, la cérémonie de lancement, organisée à Rabat, réunira un large panel d'acteurs institutionnels, économiques et financiers. Elle sera marquée par la signature de conventions avec plusieurs partenaires. Un diagnostic qui justifie l'urgence L'ampleur de l'enjeu justifie la mobilisation. Les TPME représentent en effet l'immense majorité du tissu productif marocain. Leur santé conditionne celle des territoires et de l'emploi privé. Mais leur fragilité structurelle est bien documentée : accès limité au financement, difficultés à innover, faible intégration dans les chaînes de valeur mondiales et trésorerie tendue. Selon le rapport 2025 de l'Observatoire marocain de la TPME (OMTPME), le Maroc compte désormais 380.230 entreprises personnes morales actives. Paradoxalement, les dissolutions ont augmenté de 6,3%, et plus de la moitié des entreprises fermées avaient moins de cinq ans, confirmant la vulnérabilité des jeunes pousses. La micro-entreprise domine le paysage, représentant 86,6% du tissu productif, tandis que 94% des sociétés réalisent un chiffre d'affaires inférieur à 10 millions de dirhams. Autre point clé : le déséquilibre territorial reste marqué, avec 65% des entreprises se concentrant sur l'axe Tanger-El Jadida, dont 38% dans la seule région de Casablanca-Settat. Dans un contexte économique mondial marqué par des tensions géopolitiques et une accélération technologique, ces entreprises sont à la fois les plus vulnérables et les plus agiles. Selon la même source, la situation financière globale des entreprises s'est améliorée, 90,5% affichant une trésorerie positive en 2024, contre 86,2% en 2017. Pour autant, la répartition du financement reste inégale. Sur 630,4 milliards de dirhams d'encours de crédits bancaires, 60% vont aux grandes entreprises, contre 20% seulement pour les Très petites entreprises (TPE). Les micro-entreprises, souvent en difficulté d'accès au crédit, dépendent à 41% des dettes envers leurs associés. ORBIT 2030, la matrice du PACTE TPME Devant ce constat sans concession, Maroc PME a conçu ORBIT 2030. Dévoilé en octobre 2025, ORBIT 2030 est le plan stratégique de l'Agence pour la période 2025-2030. Il repose sur trois objectifs majeurs : renforcer la résilience des entreprises face aux chocs économiques, améliorer leur capacité à se projeter sur des marchés porteurs (nationaux et internationaux) et stimuler leur ancrage territorial pour un développement économique inclusif et équitable. Pour atteindre ces objectifs, ORBIT 2030 s'appuie sur trois leviers stratégiques. Le premier est la compétitivité, qui vise à moderniser les outils de production, à accélérer la digitalisation, à améliorer la qualité et à renforcer les compétences managériales. Maroc PME prévoit une ingénierie d'appui modulable, capable de s'adapter aux profils variés des entreprises, qu'elles soient industrielles, artisanales, agricoles ou de services. Le second levier est la croissance. Il s'articule autour de l'accompagnement des projets d'investissement, de l'amélioration de l'accès au financement et de l'ouverture à de nouveaux marchés, y compris à l'international. Pour bénéficier du soutien public, le chiffre d'affaires de l'entreprise doit se situer entre un million et 200 millions de dirhams (MDH), et le montant de l'investissement entre un million et 50 MDH. Une refonte des dispositifs d'appui est aussi prévue, dans une logique de parcours entrepreneurial structuré, depuis l'idée jusqu'à la phase de développement. Le troisième levier est l'emploi. Il cible les entreprises à fort potentiel de recrutement, notamment dans les territoires à faible densité économique, afin de créer un effet d'entraînement local. Cette perspective passera par l'émergence de pôles de compétitivité régionaux et une meilleure articulation avec les autres dispositifs publics. Trois leviers de mise en œuvre Sur le plan opérationnel, ORBIT 2030 introduit trois leviers transversaux. Le premier est la territorialisation de l'action, qui vise à rapprocher les services de l'Agence des entreprises et des territoires pour un accompagnement de proximité. Le deuxième est la simplification de l'accès aux services, à travers la digitalisation et la fluidification des démarches administratives. Le troisième est la communication sur l'impact, pour valoriser les résultats obtenus et partager les bonnes pratiques. L'une des innovations majeures d'ORBIT 2030 est l'introduction d'un pilotage fondé sur la mesure d'impact, la transparence et la redevabilité. Maroc PME annonce la mise en place d'indicateurs de performance clairs, avec un suivi régulier des résultats obtenus par les entreprises bénéficiaires. Cette approche doit permettre d'ajuster les dispositifs en fonction des retours terrain et des évolutions conjoncturelles. Le plan mise également sur une gouvernance ouverte associant les partenaires publics, les collectivités territoriales, les acteurs de l'écosystème entrepreneurial et les opérateurs privés. Ainsi, le PACTE TPME est la première concrétisation visible d'ORBIT 2030. Une sorte de test grandeur nature. Si le plan tient ses promesses, il pourrait constituer un modèle de politique industrielle pour d'autres secteurs et raviver l'optimisme des entrepreneurs face à des dispositifs publics perçus comme trop complexes ou trop éloignés des réalités du terrain. Mais le chemin est long. Les chiffres de l'OMTPME le rappellent : 380.000 entreprises, mais une longévité fragile, un accès au financement toujours inégal, des femmes dirigeantes trop peu nombreuses et des territoires déséquilibrés. Le PACTE TPME n'effacera pas d'un coup de baguette magique toutes ces fragilités structurelles. Pour autant, le message envoyé par ce lancement solennel, avec la signature de conventions de partenariat, est sans équivoque : les TPME ne sont plus l'arrière-cour de l'économie marocaine. Hatim Khelladi / Les Inspirations ECO