Après plusieurs semaines de repli des cours du pétrole, une baisse des prix des carburants devrait être appliquée dans les prochains jours au Maroc, offrant un léger répit aux consommateurs. Mais cet apaisement pourrait ne pas durer. Les tensions persistantes sur les flux énergétiques, notamment via le détroit d'Ormuz, font planer des incertitudes sur la deuxième quinzaine de mai, alors que les risques de hausse se renforcent sur les marchés des produits raffinés, en particulier le kérosène, maillon sensible pour le transport aérien. La détente aura été de courte durée. Après plusieurs semaines de repli relatif des cours du pétrole, nourri par une accalmie temporaire des tensions au Moyen-Orient, les signaux de reprise des pressions s'accumulent déjà, laissant entrevoir un nouvel épisode de volatilité, aux répercussions directes sur les économies et le quotidien des ménages. «La trêve sur le conflit entre les différentes parties a permis un repli pendant un certain temps, principalement sur les 20 derniers jours. Ce recul a concerné plusieurs indices pétroliers, notamment le Brent, ainsi que les cotations Platts sur les produits raffinés. Une évolution qui, en théorie, devrait se traduire par une baisse des prix à la pompe dans les prochains jours, y compris au Maroc», observe Mostafa Labrak, expert en énergie et directeur général d'Energysium Consulting. Cette perspective constitue une bouffée d'air bienvenue pour les consommateurs, dans un contexte marqué par une forte sensibilité aux fluctuations des carburants. Mais cette légère embellie pourrait être de courte durée. «Pour la deuxième quinzaine de mai, il existe un doute réel quant à la poursuite de cette baisse», prévient l'expert. En cause, les tensions persistantes autour du détroit d'Ormuz, point névralgique du commerce énergétique mondial. En effet, depuis le début du conflit, le trafic dans ce passage stratégique a été fortement perturbé. Selon les estimations avancées, près de 15 millions de barils par jour auraient été affectés, un volume considérable à l'échelle de l'économie mondiale. La situation se complexifie davantage dans un contexte où les blocages se multiplient, de part et d'autre, rendant toute normalisation rapide incertaine. L'aérien dans le brouillard Au-delà du pétrole brut, c'est le marché des produits raffinés qui subit aujourd'hui les tensions les plus vives. Le kérosène, en particulier, apparaît comme le maillon le plus fragile de la chaîne. Utilisé comme carburant pour le transport aérien, il est directement impacté par les perturbations logistiques et les hausses de prix. «Le kérosène pose aujourd'hui un problème majeur», souligne Labrak, évoquant un risque de pénurie si les flux via le détroit d'Ormuz ne sont pas rapidement rétablis. Les conséquences se font déjà sentir dans le secteur aérien. Certaines compagnies ont commencé à ajuster leurs programmes de vols, avec des annulations prévues dès les mois de mai et juin. Une adaptation jugée inévitable par les professionnels du secteur, confrontés à une explosion des coûts. En temps normal, le carburant représente environ 25% des charges d'une compagnie aérienne. Or, depuis le début du conflit, le prix du kérosène a quasiment doublé, portant ce ratio à 40%, voire 45%. Dans ce contexte, les arbitrages deviennent inévitables. Il ne s'agit plus seulement de préserver les marges, mais parfois de garantir la continuité des opérations. Certaines compagnies pourraient être amenées à privilégier les lignes les plus rentables, au détriment d'autres dessertes jugées moins stratégiques. Le Maroc n'échappe pas à cette dynamique, avec un risque d'ajustement de l'offre aérienne en fonction des contraintes d'approvisionnement. L'inquiétude dépasse désormais la seule question des prix. Si les perturbations devaient se prolonger, la disponibilité même du carburant pourrait devenir problématique. «Si la situation dure, la question ne sera plus seulement d'annuler des vols, mais de savoir s'il y a encore suffisamment de kérosène», résument des professionnels du secteur. À l'échelle européenne, les perspectives pour la saison estivale s'assombrissent. Même en cas de désescalade rapide du conflit, les compagnies aériennes et les voyageurs se préparent à un été sous tension. Les tarifs devraient rester élevés, sous l'effet combiné de coûts énergétiques accrus et de contraintes d'approvisionnement persistantes. Les prix sous surveillance Au Maroc, les autorités disent suivre de près l'évolution de la situation. Intervenant lundi devant la Chambre des représentants, la ministre de l'Economie et des Finances, Nadia Fettah, a assuré que le gouvernement aborde la question de la hausse des prix des carburants avec «un sens social et une responsabilité économique et financière». Elle a reconnu les répercussions directes de cette hausse sur les coûts de transport, les chaînes d'approvisionnement et, in fine, sur le pouvoir d'achat des ménages. La ministre a rappelé que cette flambée s'inscrit dans un contexte international exceptionnel, marqué par une hausse de 40% à 65% des prix du pétrole. Face à cette situation, l'Etat a engagé, depuis le 15 mars dernier, un effort financier estimé à 1,6 milliard de dirhams par mois pour amortir le choc. Au-delà de la gestion conjoncturelle, le gouvernement entend maintenir une approche équilibrée, intégrant les impératifs sociaux tout en préservant les équilibres budgétaires. Cette stratégie s'inscrit également dans une perspective de plus long terme, avec l'objectif de réduire la dépendance énergétique à travers l'accélération des investissements dans les énergies renouvelables. Reste que, à court terme, l'évolution des prix du carburant et leurs répercussions dépendront largement de facteurs géopolitiques encore incertains. Toutefois, la question du pouvoir d'achat demeure centrale, d'autant que les dispositifs d'amortissement ne reposent pas sur les mêmes leviers selon les pays. Là où certaines économies ont choisi d'alléger la pression fiscale sur les produits énergétiques pour atténuer l'impact sur les ménages, d'autres, comme le Maroc, privilégient une approche d'accompagnement budgétaire et de soutien indirect. Mostafa Labrak Expert en énergie «La trêve sur le conflit entre les différentes parties a permis un repli pendant un certain temps, principalement sur les 20 derniers jours. Ce recul a concerné plusieurs indices pétroliers, notamment le Brent, ainsi que les cotations Platts sur les produits raffinés. Une évolution qui, en théorie, devrait se traduire par une baisse des prix à la pompe dans les prochains jours, y compris au Maroc» Maryem Ouazzani / Les Inspirations ECO