Dans un contexte de tensions géopolitiques au Moyen-Orient, le secteur du BTP et des matériaux de construction au Maroc commence à ressentir des répercussions sur ses coûts et ses approvisionnements. Dans cet entretien, David Toledano, président de la Fédération nationale des matériaux de construction (FMC), revient sur l'impact de la hausse des prix de l'énergie et des perturbations logistiques, tout en soulignant la capacité du secteur à s'adapter grâce à la diversification des sources et à la gestion des stocks. Est-il vrai que la guerre au Moyen-Orient commence à avoir un impact sur le secteur du BTP et des matériaux de construction au Maroc ? Oui, nous ressentons cet impact. C'est d'abord au niveau du carburant, avec le gaz. Comme vous le savez, le gaz a connu une très forte hausse. La plupart des acteurs de notre secteur utilisent le gaz pour la cuisson. C'est le cas pour les aciéristes ou encore les céramistes. Les cimentiers essaient d'utiliser d'autres moyens de cuissons, mais nous savons tous que le pétrole aussi coûte cher et continue de flamber depuis le début de cette guerre. Avec les perturbations liées au transport aussi, d'autres produits sont impactés. Mais nous essayons de faire en sorte que l'impact sur les prix ne soit pas majeur. On parle également d'autres intrants comme le bitume ou encore l'aluminium qui sont affectés. C'est surtout le cas pour certains importateurs liés aux Emirats-Arabes-Unis, où des unités opérant dans les activités de production d'aluminium ont été impactées. Mais, globalement, sur ce segment de l'aluminium, nous pouvons dire que le Maroc diversifie ses sources d'approvisionnement. Donc, in fine, à moins d'avoir de grosses incidences dans un avenir proche, ces problèmes sont pour le moment gérables. Est-ce que tout ceci risque d'avoir un impact sur les coûts des chantiers au Maroc ? C'est clair que cela ne manquera pas de se faire ressentir au niveau des chantiers. Il est évident que les engagements qui sont pris entre les entreprises et sociétés de construction et leurs donneurs d'ordres vont en être impactés. Il faudra certainement voir comment trouver des solutions afin que tout le monde puisse s'en sortir. Mais, cela dit, nous sommes encore loin de la situation que nous avons vécu lors de la crise du Covid. Pour le moment, tout le monde essaie d'utiliser les stocks disponibles afin de gérer la situation et d'éviter des pénuries ou des risques majeurs sur nos activités. Abdellah Benahmed / Les Inspirations ECO