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Référendum : Ma première fois dans l'isoloir
Publié dans Le Soir Echos le 30 - 06 - 2011

A l'approche du référendum, un million dix mille citoyens ont décidé de s'inscrire sur les listes électorales pour pouvoir exercer leur droit de vote ce vendredi. 66% d'entre eux sont des jeunes de moins de 35 ans.
Demain, ce sera une grande première pour eux. Ils glisseront leur premier bulletin de vote dans les urnes. Pour la grande majorité, s'ils ont décidé cette fois d'exercer leur droit de vote, c'est qu'ils ont eu l'impression que quelque chose avait changé. «A l'approche du référendum, j'ai senti qu'il était temps pour moi de devenir citoyen. C'est un moment important dans l'histoire du Maroc, ce n'est pas tous les ans qu'on a l'occasion de voter pour une nouvelle Constitution», estime Youssef. Comme ce jeune entrepreneur de 32 ans, ils sont 1 million dix mille, dont deux-tiers de jeunes de moins de 35 ans, à avoir décidé de s'inscrire sur les listes électorales à l'approche du référendum sur la Constitution. S'ils se sont inscrits, c'est parce qu'ils ont souhaité mettre leur grain de sel dans ce vent de changement qui soufflait sur le pays. «Après les manifestations, il y a eu beaucoup de débats. Les gens s'intéressaient, cela m'a intrigué», avoue Saïd, jeune cadre bancaire de 25 ans. Ce nouvel intérêt pour la participation politique est apparue avec les derniers évènements qui ont agité le Maroc, mais aussi le monde arabe.
«En parallèle du mouvement du 20 février, il y a eu un silence assourdissant des autres jeunes».
Mohamed Wazif docteur en sciences politiques
«Avec tout ce qui s'est passé, les révolutions arabes et les manifestations ici, on a eu l'impression que quelque chose allait se passer, notamment pour nous les jeunes. Je n'ai pas voulu rater cela, je me suis inscrite pour participer au changement», nous explique Ilham, chômeuse de 23 ans.
En cette période de bouillonnement politique, politologues et médias ont braqué les projecteurs sur les jeunes. Se sentant mis en avant dans le discours ambiant, les nouveaux inscrits ont eu envie de donner leur avis. Une occasion de mettre en évidence que plutôt qu'une jeunesse homogène, ce sont des jeunesses qui existent aujourd'hui. «Je ne me reconnaissais pas dans les revendications du mouvement des jeunes du 20 février qui disaient parler au nom de tous les jeunes. Je ne voulais pas que quelqu'un d'autre parle ou prenne les décisions à ma place alors j'ai décidé de prendre les choses en main et d'aller m'inscrire sur les listes pour pouvoir voter», nous confie Meriem, chargée de communication de 27 ans. Et pour cause, si certains jeunes ont décidé d'investir la rue, d'autres n'ont pas eu la parole pendant ce temps.
Combien sommes-nous d'électeurs ? Le Haut Commissariat au Plan a avancé le chiffre de 21 millions de personnes en âge de voter pour l'année de 2011. Mais sur les listes électorales le 6 juin 2011, ils sont 13.106.948 électeurs, selon le ministère de l'Intérieur. Soit un trou conséquent d'environ 8 millions d'électeurs, sans explication officielle.
«En parallèle du Mouvement du 20 février, il y a eu un silence assourdissant des autres jeunes. Même la nouvelle scène marocaine était absente, sauf quelques exceptions», constate Mohamed Wazif, docteur en sciences politiques, associé au Centre Marocain des Sciences Sociales.
Pourquoi ces nouveaux électeurs ne votaient-ils pas auparavant ? Une première raison réside dans le fait que comme 92% des jeunes de 18 à 30 ans*, ils ne se reconnaissaient pas dans les partis. «J'avais toujours l'impression que si je votais pour un parti ou pour un autre, cela ne changerait rien», explique Youssef. Pas facile pour les jeunes de se sentir représentés par des partis, aux figures de proue majoritairement âgées, et dont les discours ne reflètent guère leurs préoccupations. «Les partis ont toujours fait de la politique pour leur intérêt, pour profiter financièrement et jamais pour le peuple», critique Saïd.
Une fois la carte d'électeur en main, l'heure du choix approche. Comment décider de son vote de demain ? Si pour certains, la décision a été prise rapidement, dans le sillage du discours du roi, d'autres hésitent encore. La majorité des jeunes inscrits ont pris leur rôle de nouvel électeur au sérieux, s'attelant pour la plupart à lire la Constitution ou à s'informer via les médias ou les amis. Meriem penche pour le « oui » même si elle trouve qu'elle a manqué de temps pour pleinement s'informer. Quant à Youssef, il envisage une stratégie. « Dans le fond, j'ai envie de dire oui, la seule chose qui me ferait voter non ce serait pour la crédibilité du scrutin. Si on a plus de 90% de Oui, cela ferait un peu scrutin de Ben Ali. Une partie du monde va scruter le Maroc et quoi qu'il arrive, c'est le Oui qui va passer alors ce serait bien d'avoir quand même 20% de Non, pour faire plus crédible ». D'autres restent bredouilles. Ainsi, malgré sa récente inscription, Ilham a quant à elle décidé finalement de bouder les urnes. « Ce n'est pas le vrai changement que j'attendais » nous explique-t-elle, manifestement déçue, avant d'ajouter « je n'irai pas voter, car qu'est-ce qui va changer avec ce texte ? Pas grand chose ! ».
Sur ce point, il rejoint la perception négative de la classe politique partagée par 65 % des jeunes de 18 à 30 ans*, qui pensent que les politiciens ne servent que leurs propres intérêts et ne comprennent pas leurs préoccupations. Et ce constat va au delà des jeunes. «La politique est perçue par la société comme un domaine d'arrivistes. C'est dû en partie à l'action de l'Etat qui a noyauté la vie politique avec des partis d'administration et la répression des partis de masse», analyse Mohamed Wazif.
Si les jeunes rejettent les partis, ils ne sont pas apolitiques pour autant. «Il faut dissocier l'engagement partisan et les idées politiques», souligne le chercheur Mohamed Wazif. S'ils s'éloignent des partis, certains jeunes choisissent de faire de la politique autrement : la nouvelle scène musicale, avec notamment le mouvement Nayda, ou encore le sport… «Le grand parti politique des jeunes c'est le Derby. Aucun parti ne peut mobiliser autant de jeunes que le foot», déclare en souriant Mohamed Wazif. Sur les terrains de foot, des échos et des reformulations d'idées politiques apparaissent, et au détour d'un match, un drapeau palestinien ou amazigh prend place dans les gradins. Des signes qui montrent que si les jeunes ne s'inscrivent pas dans la participation politique traditionnelle, ils ne sont pas dénués d'opinions pour autant.
Nadia, 25 ans, architecte
«Le vote est un devoir national. Les jeunes doivent se mobiliser pour participer au développement économique et social du pays. Je perçois une prise de conscience des jeunes. Pour ma part, je suis nulle en politique, je ne m'y intéressais pas auparavant, mais cette fois, c'est important de voter».
Mohamed, 20 ans, étudiant
«Les gens parlent beaucoup plus. En famille ou avec les amis, nous discutons de la Constitution et des manifestations. Nous abordons des sujets nouveaux, dont nous ne parlions pas forcément avant. Cela donne envie de s'intéresser de plus près à la politique».
Meriem, 27 ans, chargée de communication
«Je me sens de plus en plus impliquée dans la vie politique, car je me dis que cela impacte ma vie de tous les jours. Les jeunes sont l'avenir du pays et ce sont leur action ou inaction qui feront élire des représentants censés être leur voix et représenter le changement voulu par les jeunes».
Saïd, 25 ans, cadre bancaire
«Ce qui a changé, ce sont les débats qui ont été suscités par les manifestations. Avant, ce n'était que du baratin électoral, les discussions étaient stériles et vides. Aujourd'hui, les gens sont plus attentifs à ce qui se passe. Pour moi, le droit de vote, c'est décider de son avenir et de son devenir».
Par ailleurs, ne pas s'inscrire sur les listes électorales peut être pour certains un choix politique. «Pour moi c'est clair, je ne m'inscris pas tant que je suis sujet et non pas citoyen», déclare Rachid, cuisinier de 29 ans, avant de justifier «Nos voix ne comptent pas, les partis politiques ne reflètent pas ce que veut le peuple marocain. Je m'inscrirai le jour où le Maroc sera une démocratie». Pour d'autres, c'est une incompréhension du jeu politique qui domine. « Ma soeur s'est inscrite pour le référendum, mais moi je ne comprends pas vraiment la politique. Plus tard peut être… » témoigne timidement Asmae, âgée de 22 ans. «Il existe un « analphabétisme politique », qui se traduit par un manque de repères des jeunes dans le champ politique», analyse Mohamed Wazif. Mais pour certains, même si les partis restent éloignés de leur quotidien, l'envie de parler politique est bel et bien là. «Je ne fais pas de réelle différence entre la gauche et la droite, mais cela ne m'empêche pas de comprendre le changement», conclue Ilham.
*Ces chiffres sont issus des résultats de l'enquête du Ministère de la Jeunesse et des sports, révélés lors des Premières Assises de la Jeunesse, à Bouznika, les 23 et 24 mai derniers.


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