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«En Egypte, il n'y a pas eu révolution»
Publié dans Le Soir Echos le 25 - 07 - 2011

Jean-Noël Ferrié est directeur de recherche au CNRS, actuellement affecté au Centre Jacques Berque à Rabat. Spécialiste de l'Egypte, il analyse pour Le Soir échos la portée du remaniement gouvernemental et l'avenir politique du pays.
Suite au remaniement, une quinzaine de nouveaux ministres sont arrivés au gouvernement. Qu'est-ce que ce remaniement va changer ?
Probablement pas grand -chose. Le but du remaniement est d'accorder une satisfaction aux protestataires de la place Tahrir. Ce n'est pas un changement de politique. La politique de l'armée que le gouvernement applique est de sortir de la situation de crise, de faire des élections rapidement pour amener une majorité conservatrice où les Frères musulmans seraient représentés.
Le nouveau gouvernement n'est donc pas plus apte que le précédent à porter les revendications des manifestants de la place Tahrir ?
Non, absolument pas. Les manifestants de la place Tahrir sont des libéraux, tandis que les gens au pouvoir sont des conservateurs. Les agendas sont différents.
Le Premier ministre Essam Charaf affirme que « les objectifs de la révolution » sont sa priorité, mais les manifestants reprochent au gouvernement la lenteur de la justice à l'égard de Moubarak et des autres responsables du régime. Est-ce que le procès de Moubarak s'ouvrira un jour?
Les militaires aimeraient que Moubarak meurt avant le procès. Cela éviterait la mise en cause de nombreux responsables. 70% des personnes du régime de Moubarak sont toujours en poste. La volonté du gouvernement n'est pas d'aller vite, mais d'éviter l'extension des procès. Pour les militaires et les gens qui gouvernent, une purge reviendrait à couper la branche sur laquelle ils sont assis. Par exemple, si on commence à faire des procès, le maréchal Tantaoui devrait passer aussi devant la justice. Il a une carrière similaire à celle de Moubarak. Du côté des libéraux, il y a une contradiction. Ils exigent un procès sommaire et rapide, mais cela va à l'encontre de la démocratie et de la liberté qu'ils veulent voir arriver.
Les élections législatives, initialement prévues en septembre, ont été repoussées de deux mois. Ce report était-il réellement nécessaire pour les partis ? Mais, surtout, sera-t-il suffisant ?
Il était nécessaire pour les partis mais il ne sera pas suffisant. Les partis libéraux ne sont pas prêts pour les législatives, et deux mois de plus ou de moins ne les rendra pas plus aptes. En face d'eux, la machine des Frères musulmans et celle des notables sont infiniment plus rodées.
« Les militaires aimeraient que Moubarak meurt avant le procès. Cela éviterait la mise en cause de nombreux responsables ».
Selon les modalités du scrutin révélées mercredi dernier, 50 % des sièges sont réservés aux agriculteurs et aux ouvriers, tandis que le quota des femmes est abrogé. Comment interprétez-vous cette politique de quotas ?
Nous ne sommes pas dans une conception libérale des choses. L'abrogation du quota des femmes est le souhait d'une classe politique qui n'est composée que d'hommes. Quant au quota d'agriculteurs et paysans, cela remonte à la période de Nasser, qui avait obligé la présence d'agriculteurs et d'ouvriers pour démocratiser le Parlement. Mais ces postes sont devenus des niches habitées par les notables qui ont corrompu leur appartenance au monde des paysans et des ouvriers pour prendre et conserver ces sièges. Ils sont tout sauf des ouvriers et des paysans. Le changement à l'intérieur du Parlement sera donc restreint.
Vous n'êtes pas donc optimiste pour la suite…
Il n'y a pas de raison de l'être. Il n'y a pas eu de révolution. Il y a eu certes un mouvement populaire avec de fortes revendications qui ont obligé le chef de l'Etat à partir, mais tous les autres militaires sont restés et un maréchal en a remplacé un autre.
Cela n'a été que le moyen pour un coup d'Etat militaire et non pour une révolution.


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