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1811-2011, bicentenaire oublié…
Publié dans Le Soir Echos le 26 - 09 - 2011

Le 3 juin 1811, Mehmet-Ali, gouverneur ottoman de l'Egypte, invita les Mamelouks, la caste militaire égyptienne, à un festin dans la Citadelle du Caire. Il fit fermer les portes de l'allée centrale et massacra les guerriers. Rares s'en échappèrent.
De tels banquets étaient courants dans l'ancien monde. C'est ainsi, par exemple, que les Abbassides se débarrassèrent des derniers Omeyyades d'Orient. En somme, cela correspondait à une dissolution biologique d'assemblée, avec moins de complication et un effet immédiat. Pourtant, le massacre de 1811 fit date. Mehmet-Ali s'attaqua et déracina un système millénaire, ouvrant une nouvelle page dans l'histoire institutionnelle du monde oriental.
Très tôt dans son histoire, l'Etat musulman eut à se confronter à un problème central : gouvernant des populations massivement tribales, il ne pouvait fidéliser une caste de fonctionnaires et de militaires à la seule raison d'Etat. Derrière chaque soldat, chaque conseiller, chaque fonctionnaire, étaient tapis la famille, le clan, la communauté régionale ou religieuse. Le prince se savait à la merci de ces fidélités parasites. Le calife abbasside Al-Mu‘tassim (833-847) inventa une solution, ou, plutôt, il améliora et fit systématiser une pratique qui émergea avant lui et qu'on retrouvait également chez les Byzantins : il établit une armée d'esclaves, des jeunes Turcs importés d'Asie centrale et formés à la guerre et au pouvoir. Arraché aux siens, le Mamelouk vouait à son maître et à la raison d'Etat qu'il incarne la fidélité du chien à son maître. Le problème public central sembla résolu. L'efficacité, la rationalité, la fidélité des Mamelouks à la chose publique étaient indéniables.
Cette « solution » se répandit dans tout le monde musulman. L'Iran eut ses Ghilman géorgiens ; l'Empire ottoman, ses Janissaires balkaniques ; le Maroc, ses ‘Abid el-Bokhari. On aboutit à ce suprême paradoxe : une communauté de croyants libres gérée par des Etats de serfs, à l'inverse des sociétés européennes, composées de serfs gérés par des aristocrates libres.
Le système avait cependant des défauts. Caste autonome, l'armée finit par se comporter comme une colonie étrangère : elle ne partageait avec la société ni langue commune, ni ethnie d'origine, ni culture ni mœurs. Seule la religion cimentait l'Etat et son armée à sa société.
Le massacre de 1811 n'avait pas de ressorts idéologiques. Mehmet-Ali cherchait l'efficacité et crut la trouver dans l'armée des citoyens, plutôt que dans celle des mamelouks. L'armée nationale devint le pilier de l'Etat arabe moderne. Au cours du XXe siècle, ce sont ces armées, tour à tour « nationales », « populaires », « démocratiques », qui firent la révolution et la politique. Au cours des années 1970, il devint évident pour tous que de libératrices, elles devinrent prédatrices. Des observateurs n'hésitèrent pas à appeler les élites alaouites en Syrie et la nomenklatura militaire en Egypte, des « nouveaux mamelouks »…
Ironiquement, c'est dans les pays où l'ancien système subsista, quasi inchangé, que l'armée fut la moins prédatrice, la plus « nationale » en somme : au Maroc, où l'armée est « royale » avant d'être « nationale », et où elle resta longtemps constituée de montagnards imperméables à la politisation venue des villes ; en Jordanie où elle est tribale, dans les pays du Golfe, où elle est constituée de tribus et de recrues étrangères…
Que le Printemps arabe de 2011 renverse le résultat monstrueux et inattendu de la transformation de 1811 nous interroge sur le futur des armées arabes. Institutionnellement, 2011 risque d'être aussi décisive que 1811 : la chute du colonel Kadhafi et du général Ben Ali, le procès du général Moubarak… proclament la fin de l'armée nationale comme pilier central de l'Etat arabe moderne. Dès les années 1970, beaucoup pensèrent remplacer l'armée par la mobilisation religieuse comme fondement de l'espace public. Les développements en cours dans le monde arabe, malgré des apparences trompeuses, laissent penser que c'est plutôt aux institutions civiles qu'on demandera désormais, plutôt qu'à la caserne ou à la mosquée, le fondement du vivre-ensemble.
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