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L'autorité du cheikh et le pouvoir du calife face à la puissance du peuple | Le Soir-echos
Publié dans Le Soir Echos le 06 - 08 - 2012

Face à la libération mentale et à l'auto-émancipation sociale sans précédent des peuples du monde arabe, il y a besoin d'une réflexion prospective à même d'éclairer le temps présent par une analyse qui soit également rétrospective et introspective.
Youssef Belal.
Le livre du politologue marocain Youssef Belal (Le cheikh et le calife, sociologie religieuse de l'Islam politique au Maroc, Casablanca, Tarik Editions, 336 pages, 2012) est de cette teneur-là, prémonitoire et prospective ; fruit d'une enquête de terrain menée il y a quelques années, cet ouvrage récemment paru prend un relief tout particulier suite aux développements sociopolitiques que le Maroc a vécus depuis le 20 février 2011. Sa lecture permet de mieux comprendre les fondements sociologiques, l'arrière-plan religieux mais aussi les ressorts psychologiques du pouvoir et de sa représentation derrière la réforme constitutionnelle de juillet 2011 et surtout les élections législatives du 25 novembre 2011 et l'accession au gouvernement d'un parti islamiste; le Parti de la justice et du développement (PJD).
Une triangulation du champ politico-religieux marocain
Cet ouvrage pertinent, documenté et équilibré, arpente le paysage politico-religieux du Maroc en lui restituant sa profondeur logique autant qu'historique. L'étude se concentre sur les trois principales forces religieuses et politiques que sont premièrement le Roi et la Monarchie, deuxièmement le leader Abdessalam Yassine et son mouvement Justice et Bienfaisance,et vient en dernier lieu le Mouvement pour l'unicité et la réforme (MUR) et son expression politique légale au travers du PJD. L'auteur montre – et c'est là où ce travail se distingue – que les antagonismes entre monarchie théocratique, sectes mystico-politiques et autres « communautés émotionnelles » sont des phénomènes transitoires et qu'en réalité une restructuration profonde du religieux est en cours dans un temps long qui prend ses premiers repères dans les années 1930 au sein du mouvement de réforme théologico-politique porté par Allal el Fassi et ses compagnons nationalistes. L'auteur montre, au-delà des différences, une mise à niveau de ces trois forces avec tout ce qu'elles régissent en commun. L'ouvrage de Youssef Belal est d'emblée animé d'un positionnement épistémologique qui vise à se démarquer notablement des « spécialistes de l'Islam » qui ont fait florès dans les médias et l'édition francophones ces vingt dernières années. Dans son étude du théologico-politique marocain, Youssef Belal renouvelle ici un éclairage théorique déployé depuis une quinzaine d'années par des chercheurs maghrébins mais en se démarquant nettement de leurs « sciences po » appliquées. En variant sa focale selon les perspectives d'une histoire sociale, d'une anthropologie politique et d'une sociologie religieuse, l'auteur développe sa propre trousse à outils conceptuelle qui a pour base empirique son observation participante entreprise au plus près des militants de la mouvance islamiste.
Légitimité, rationalité et réformisme au sein de la société profonde
L'approche théorique de l'auteur recourt au vocabulaire sociologique de Max Weber. Là, tout un chacun discerne en quoi consiste la triangulation de l'islam marocain par un jeu de détails quand, d'entrée de jeu, l'auteur affirme que les notions classiques « d'entrepreneurs en biens de salut », de « rénovateur de religions » ou de « prédicateur » ont une valeur heuristique très supérieure à « islamiste, catégorie de peu de secours lorsqu'il s'agit de trouver le religieux. » L'objectif visé par Youssef Belal est moins de montrer des rapports de force et de domination (des plus fluctuants ces dernières décennies dans le cas marocain) que la subtilité, la fluidité et l'étoffe des relations entre le politique et le religieux au sein d'un Etat non-européen comme le Maroc. Dans son livre, le politologue cherche plus l'intelligibilité de la situation marocaine que le regard critique sur cette dernière ; il n'a pas à ce stade – et c'est parfaitement justifié méthodologiquement parlant – repensé les diverses légitimités politico-religieuses en présence qu'il place dans un même continuum idéologique – c'est selon nous la principale valeur ajoutée de cette recherche. Youssef Belal ne froisse donc personne avec ce livre, mais il entraîne ses lecteurs dans un processus de discernement en présentant la rationalité des trois acteurs du champ politico-religieux ; il les laisse libres de se forger leur propre opinion critique sur la monarchie théocratique, le messianisme politique d'Abdessalam Yacine ou la démarche entrepreneuriale des activistes du PJD. Néanmoins Youssef Belal montre que l'aspect théocratique du pouvoir monarchique est plus contingent que véritablement transcendant quand il fait remarquer que la relation des citoyens à la Monarchie a oscillé selon les événements historiques pour les trois rois Mohammed V, Hassan II et Mohammed VI. Ainsi l'auteur rappelle comment Mohammed V fut à ses débuts en 1927 contraint à un rôle de figuration au profit de l'administration coloniale avant de symboliser l'esprit d'indépendance à partir du discours de Tanger de 1947. Ce n'est qu'après avoir subi le rejet de l'élite politique et échappé à deux tentatives de coup d'Etat en 1971 et 1972 que le roi Hassan II a donné une interprétation et une orientation religieuses à son règne. Mohammed V et son fils Hassan II commencèrent leurs règnes dans une relative méfiance populaire qui allait progressivement se transformer en adhésion massive (la lutte nationaliste durant le protectorat et la Marche verte de 1975). A l'inverse, le roi actuel Mohammed VI a bénéficié d'une franche popularité et d'un capital de sympathie au moment de son accession au trône cette relation de confiance s'étant vite traduite par une phase de libéralisation du système politique. « Un livre vaut à mes yeux par le nombre et la nouveauté des problèmes qu'il crée, anime ou ranime dans ma pensée…» disait Paul Valéry. Le livre de Youssef Belal a ce potentiel fécond de poser des questions, d'énoncer des problèmes à partir d'une observation de la société profonde marocaine. «Le cheikh et le calife» apporte un éclairage opportun dans cette phase critique de l'histoire sociale marocaine. Cet ouvrage annonce avec d'autres travaux prometteurs de jeunes chercheurs qu'un renouvellement de génération est en cours.
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