Les seuils d'accès aux concours des écoles supérieures publiques ont atteint un record cette année. Retour sur les possibles causes de cette augmentation atypique. Sur les 210 000 candidats ayant décroché le bac cette année, 70 189 l'ont eu avec mention, soit plus de 33 %. Un taux qui a directement impacté la détermination des seuils d'accès aux écoles et instituts supérieurs publics L'impact des seuils élevés d'entrée aux concours des écoles supérieures publiques se fera sentir sur l'affluence aux universités publiques. Déjà l'université Ibn Zohr d'Agadir avait annoncé un surplus d'étudiants inscrits pour la prochaine rentrée. Et pour cause, beaucoup de bacheliers n'ont pas pu concourir pour des écoles supérieures, bien qu'ils aient réussi leur bac avec mention « Bien », voire « Très Bien ». L'offre et la demande Le calcul des seuils suit une logique de l'offre et de la demande. Les deux facteurs pris en compte par les écoles et instituts supérieurs sont, d'un côté, les résultats du baccalauréat, et de l'autre, le nombre de places disponibles. S'il y a bien une volonté d'améliorer les résultats du bac depuis quelques années, il ne semble pourtant pas y avoir de mesures visant au renforcement des infrastructures. Pour comprendre en partie la hausse des seuils de cette année, il faut donc revenir aux résultats du baccalauréat. D'abord, le pourcentage de réussite de cette année a été de 57,31% contre 55,31% en 2011. Il est à noter que le taux de réussite a été en constante augmentation depuis 2009, année où il était à peine à 37 %. Y a-t-il donc une focalisation sur l'augmentation du taux de réussite au bac, coûte que coûte ? Un communiqué du ministère de l'Education Nationale annonçant le taux de réussite pour l'année scolaire 2011-2012 indique que « ces résultats démontrent une amélioration importante du nombre de candidats admis et des taux de réussite et donc une amélioration du rendement ». Un tiers des bacheliers avec mention Non seulement le pourcentage a augmenté mais les moyennes également ont connu une hausse importante cette année. L'impact est d'autant plus important puisque les moyennes jouent un rôle majeur dans la détermination des seuils. De plus, parmi les 210 000 candidats qui ont décroché le bac, 70 189 l'ont eu avec mention, soit plus de 33 %. Miloud Belati, inspecteur de l'enseignement secondaire à l'AREF (Académie Régionale pour l'Education et la Formation) d'Oujda affirme : « Il y a eu incontestablement une évolution dans le nombre des mentions. » Et d'ajouter : « Quand on voit le nombre de bacheliers ayant obtenu une moyenne avoisinant 17 et plus, on est en droit de se poser des questions sur cette course folle vers des moyennes incroyables qui ne reflètent pas toujours le niveau réel du bachelier ». La faute au plan d'urgence ? « Concernant le plan d'urgence, on ne peut pas dire qu'il a échoué, déclare Miloud Belati. Cela dépend des 26 projets qui le constituent, certains ont atteint leurs objectifs (le soutien social, par exemple), d'autres moins… C'est plutôt le contraire qu'il faut dire : l'augmentation du nombre de bacheliers est bien une preuve que le plan d'urgence n'a pas échoué ». Mais une amélioration quantitative signifie-t-elle forcément une amélioration de la qualité de l'enseignement ? « L'augmentation du nombre de bacheliers ne signifie pas une amélioration de la qualité du système éducatif ; il faudrait pour cela faire des études sur le terrain pour en tirer des conclusions justes. Mais ce que l'on peut dire pour le moment, c'est que le système éducatif marocain, comme d'ailleurs beaucoup de systèmes éducatifs dans le monde et surtout au niveau du cycle qualifiant et de l'université, dans beaucoup des cas, ne font que préparer à l'examen. Or cela peut constituer le risque d'une dérive, car le rôle principal de l'école et de l'université est avant tout l'éducation de l'individu et la formation du citoyen et l'examen n'est qu'une étape ». Les revendications de l'UECSE Dans le cadre de son action pour la réforme de l'enseignement, l'UECSE (Union des Etudiants pour le Changement du Système Educatif) a lancé un appel pour participer à l'élaboration d'une liste de revendications. Tout citoyen peut y contribuer, le but étant d'ouvrir le débat et de proposer des solutions viables. Quelques conditions pourtant s'imposent : de proposer uniquement « des solutions raisonnables et réalisables », de « ne pas supprimer les revendications des autres » mais d' « insérer un commentaire » en cas de désaccord avec une proposition. La liste des revendications comprend également une section pour les revendications des enseignants et des professeurs. Parmi les revendications déjà proposées, augmenter le nombre de places dans les écoles supérieures et les facultés, augmenter le nombre de professeurs, et diminuer le nombre d'étudiants par classe. Autre proposition : celle d'établir de nouveaux critères de sélection pour les écoles supérieures, notamment une sélection sur dossier. Ce qui pourrait servir d'alternative à la sélection basée sur les seuils. * Tweet * *