La nomination de nouveaux ambassadeurs par le roi Mohammed VI est attendue depuis quelques semaines et, pour certains esprits impatients, elle serait imminente. Des ambassadeurs prêtant serment devant le souverain lors d'une précédente cérémonie. A l'aune des derniers développements de l'actualité où le royaume du Maroc s'est trouvé directement ou indirectement impliqué, il en ressort un sentiment qui n'est pas seulement intuitif : notre pays entend tenir son rang, celui qu'il a assumé de tous temps. Et ce rang l'incline à une réadaptation continuelle en termes diplomatiques. Depuis toujours, il s'est inscrit dans l'esprit d'ouverture et les femmes et les hommes qui ont été ou sont désignés pour représenter et défendre notre diplomatie, sont en principe imprégnés de telles valeurs. Comme c'est de coutume la rumeur sur les noms et les choix des hommes alimente la chronique des salons et des couloirs. Importe-t-il à ce point de savoir qui sera nommé à Paris, à Abidjan ou à Tachkent dès lors que le nom, fût-il le plus familier, ne signifie pas plus que la fonction et la responsabilité. Dès lors aussi que le roi, et lui seul, reste souverain de la décision de celui qui sera digne de le représenter. Dès lors aussi que le roi demeure l'initiateur de la nouvelle politique étrangère.Or, la nouvelle politique étrangère du Maroc – car il faut bien ainsi la nommer – puise ses justifications dans la finalité économique. La récente tournée royale dans les pays du Golfe ( Arabie saoudite, Qatar, Emirats Arabes Unis, Etat de Koweït) et en Jordanie, a tracé les nouvelles lignes de force de la diplomatie marocaine, le roi Mohammed VI inaugurant un style inédit et assumant le rôle du « meilleur RP » du Maroc. Mais, au-delà de cette tournée au cours de laquelle le Maroc a recueilli le montant de soutien financier sans précédent de plus de 5 milliards de dollars de soutien direct, il y a la signature d'une série de contrats significatifs. Les champs d'intervention de la politique étrangère sont nombreux et divers. Ils ne se ressemblent point, toutefois ils ont une finalité commune : la cohérence pour ce qui est des options du Maroc en matière de relations, privilégiéesorganiquement , renforcées circonstanciellement, au fur et à mesure, selon périodes. Le roi, dans son dernier discours prononcé le 6 novembre dernier à l'occasion du 37ème anniversaire de la Marche verte, outre le Sahara qui en a constitué le sujet principal, a souligné sa volonté d'élargir et d'approfondir la coopération avec les pays africains. En témoigne de nouveau l'appel du pied lancé à l'Algérie pour l'ouverture des frontières terrestres. Es-il possible que pendant cinquante ans de coexistence , la frontière entre le Maroc et l'Algérie n'a été ouverte que pendant dix ans en tout ?Cette volonté n'en démord pas , car l'Afrique n'a jamais cessé de constituer l'un des champs d'action privilégiés du roi Mohammed VI. Depuis son accession au Trône en juillet 1999, il s'y est rendu plus de cinq fois, renforçant ainsi les liens ancestraux avec les peuples du continent, innovant en matière de coopération et surtout en termes de relations à tous les niveaux. Le Maroc propose aux pays d'Afrique son savoir-faire et ses technologies dans des domaines où il possède à la fois l'expertise et la maîtrise. L'Afrique est le prolongement naturel , géographique et historique, du Maroc. Le roi Mohammed VI est arrivé au pouvoir alors que le Maroc ne faisait plus partie de l'Organisation de l'unité africaine dont il avait été le cofondateur en 1963, devenue l'UA (Union africaine). Il a su tisser des relations directes, en dehors de ce cadre, avec ses homologues du continent, il a donné à la relation Maroc-Afrique une nouvelle dimension, enracinée dans le respect mutuel et surtout solidaire. Dans la dimension africaine de la politique étrangère marocaine, le Sahara a constitué parfois une pomme de discorde, parce que l'aveuglement l'a emporté sur la raison. Aujourd'hui, la sagesse diplomatique et le discernement qui en est le ressort a produit ce qu'on appelle un « renversement d'alliances » ! La diplomatie directe, d'Etat à Etat à la mise en œuvre de laquelle s'est employé le roi Mohammed VI, ne manque pas de porter ses fruits. Faite d'audace prospective et de pragmatisme – qui n'exclut jamais le cœur – , elle permet au Maroc d'affirmer son identité marocaine et, ce faisant, de réadapter sa diplomatie en s'inscrivant dans le renouvellement du partenariat stratégique mis en place par le roi. En témoigne, dans ce sens, la présence de groupes marocains en Afrique comme Maroc Telecom, OCP group, les banques BMCE, Attijari Wafabank, la Banque populaire, d'autres groupes privés, etc... Avec l'Union européenne, le Maroc développe des relations privilégiées, depuis notamment qu'un « Statut avancé » lui a été accordé, notamment en 2008, grâce au soutien de la France. Laquelle, d'ailleurs, ne ménage aucun effort au Conseil de sécurité pour soutenir l'initiative d'autonomie au Sahara que notre pays lui a soumis en avril 2007. La France est le premier partenaire économique du Maroc et celui-ci en est le premier partenaire au Maghreb et dans le monde arabe. La Commission mixte maroco-française se réunira à Casablanca, sous la présidence de Abdelilah Benkirane et Jean-Marc Ayrault, le jour même où le roi inaugurera en principe le nouveau tramway de Casablanca... Cette coopération constitue, en quelque sorte, la plate-forme pour les exportations marocaines envers l'Europe. Il convient de rappeler, dans ces conditions, qu'en dehors d'une amitié traditionnelle, il existe aussi des intérêts stratégiques qu'incarnent la coopération maroco-française ou maroco-européenne . Le projet d'accord de la libre-échange que le Maroc et la France signeront bientôt, renforcera cette vocation. Comment ne pas évoquer, dans le même esprit, le renforcement de la coopération que le Maroc et les Etats-Unis d'Amérique viennent de mettre en place , en en renouvelant systématiquement les outils et les mécanismes. On évoque de part et d'autre de l'Atlantique un « partenariat stratégique », et de fait, le modèle de relation entre les deux pays relève de l'originalité. Le Maroc n'a jamais cessé d'incarner l'allié stratégique pour les Etats-Unis, d'autant plus qu'il reste l'ami historique, traditionnel et le point d'appui du libéralisme et des valeurs qui fondent la politique étrangère des Etats-Unis. Le Maghreb, le monde arabe, l'Afrique, le monde arabe, notamment le Golfe, et les Etats-Unis ! Ces sphères constituent à vrai dire le nouveau champ privilégié de la diplomatie marocaine. Ils sont à la diplomatie marocaine ce que la profondeur stratégique est à un pays, comme le nôtre, soucieux d'efficacité et de succès. * Tweet * *