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Oued Eddahab, l'autre côté des choses !
Publié dans Le Soir Echos le 13 - 08 - 2013

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Ce qu'on appelait pendant la colonisation espagnole et jusqu'en 1975 le Rio de Oro, Oued Eddahab, avait été annexé par la Mauritanie en vertu de l'accord tripartite signé à Madrid par le Maroc, l'Espagne et la Mauritanie le 14 novembre 1975 et par lequel l'Espagne restituait les provinces du Sahara à ses ayants-droit, autrement dit le Maroc et la Mauritanie... Quatre années s'étaient passées, entre 1975 et 1979, marquées d'un côté par l'hostilité affichée et proclamée de l'Algérie de Houari Boumediène qui n'en démordait pas de dénoncer l'accord dûment signé à Madrid et entériné par l'Assemblée générale de l'ONU et, de l'autre par une fragilité persistante et endémique de la Mauritanie coincée sous la double emprise de l'Algérie et du polisario.
Redistribution des cartes
L'analyse du contexte géopolitique, inscrit déjà dans l'âpre rivalité historique maroco-algérienne, obéissait à ce qu'on appelle le « processus cataclysmique » régional. Onze mois avant le retour de Oued Eddahab au Maroc, le 10 juillet 1978, un coup d'Etat militaire avait renversé à Nouakchott le président élu, Mokhtar Ould Daddah. Trois mois seulement après ce pronunciamiento que la communauté internationale avait condamné, décédait après une longue maladie le président Houari Boumediène auquel succédait pendant quarante-cinq jours Rabah Bitat, ensuite, en février 1979, Chadli Bendjedid, général de son état et représentant de l'armée également. Autant dire que la région vivait sous le signe d'une redistribution des cartes, exposée tour à tour à des coups d'Etat – le Maroc ayant vécu deux tentatives en 1971 et 1972 – et l'émergence inexorable d'une nouvelle géopolitique régionale. Les provinces de l'extrême Sud du Sahara étaient donc le collimateur du jeu algérien, avant de constituer l'enjeu avec la Mauritanie. Pendant les préparatifs de la Marche verte, menés dans le secret total par le roi Hassan II, alors que la Cour internationale de Justice (CIJ) confirmait les « liens historiques et juridiques d'allégeance entre le Maroc et les populations sahraouies » et que l'ONU, dirigée par Kurt Waldheim s'apprêtait à en prendre acte, survenait un incident dont les observateurs se souviendront, qui avait valeur de symbole et dont on pouvait d'ores et déjà craindre les pires suites : l'entrevue de Houari Boumediène en Mokhtar Ould Daddah à Béchar, en juin 1975...
Cette entrevue qualifiée « d'orageuse » était simplement un pièce de théâtre où, d'une pression « fraternelle » à une menace directe, l'ancien président algérien tenta de mettre en garde Ould Daddah contre un rapprochement éventuel avec le Maroc. Des témoignages ont été par la suite rapportés, à commencer par celui du président mauritanien lui-même, pour décrire le ton de vulgarité et d'animosité auquel était arrivé Houari Boumediene qui voyait dans ce qui se passait côté marocain et mauritanien comme l'échec de ses ambitions personnelles. Il intima ni plus, ni moins l'ordre à Ould Daddah de choisir entre lui et le roi du Maroc... Le faisceau des événements de cette époque était enchevêtré, entre les déclarations officielles des dirigeants algériens, notamment au Sommet arabe de 1974 de Rabat, et les agissements en sous-main qui participaient ni plus, ni moins de la culture du complot contre le Maroc... Car, peu à peu, à mesure que se dénouait la crise entre le Maroc et la Mauritanie d'un côté et l'Espagne de l'autre, aussitôt que celle-ci accepta de restituer le Sahara par le moyen de négociations directes et par l'accord tripartite du 14 novembre 1975, l'Algérie tomba le masque... Elle afficha alors son hostilité déclarée ! Dans une interview accordée quelques années plus tard au magazine « Jeune Afrique », le roi Hassan II éclairera le mystère : « Le gouvernement algérien , avait-il souligné, devait se sortir de la contradiction où il s'était mis. Il avait affirmé qu'il n'avait pas de prétention sur le Sahara, qu'il ne faisait que réclamer l'application du principe d'autodétermination. Lorsque le Maroc a proclamé son accord sur l'autodétermination, les Algériens se sont retrouvés en porte-à-faux, piégés par la réalité. Qu'ils laissent faire le référendum et l'affaire est perdue pour eux. Qu'ils le refusent et les voilà en contradiction avec eux-mêmes ». C'est la même duplicité qui constituera la doctrine du pouvoir algérien dans l'affaire du Sahara. Mais on peut en effet affirmer que le fil conducteur sera une volonté proclamer d'empêcher le Maroc de parachever son intégrité territoriale et de réaliser son unité nationale. Aussi, le retour de la province de Oued Eddahab le 14 août 1979 participa de cette complexité qui , quand bien même Houari Boumediène, serait mort et enterré, constituera la marque des relations entre le Maroc et l'Algérie ! On comprendra plus tard que l'affaire du Sahara et tout ce qui lui est afférent est gérée jusqu'à nos jours par les généraux et les officiers hostiles au Maroc, dont notamment le général Mohamed Tawfik Mediane, patron des Renseignements, ensuite des civils irréductibles de Abdellkader Messahel qui supervise et dicte officiellement la conduite à suivre sur ce dossier.
La Mauritanie déstabilisée
Oued Eddahab, incluse dans le territoire mauritanien en novembre 1975, constituait un défi, à la fois pour le gouvernement de Mauritanie et pour le Maroc qui veillait sur l'application de l'accord de Madrid, avec l'objectif de protéger la province et d'empêcher les incursions du polisario en territoire marocain. Or, en cette époque, existait une collusion manifeste entre le pouvoir algérien et celui de Kadhafi qui avait mis en place un système de soutien et d'équipements en armes au polisario, accomplissant la tâche que ne pouvait remplir le gouvernement algérien. Il avait crée la « piste Kadhafi » qui traversait le Sud tunisien et parvenait directement au Sahara et en Mauritanie, via le Sud algérien. Les incursions en territoire mauritanien par le polisario, financé et armé par la Libye, devenaient monnaie courante et constituaient une menace plus que persistante contre la Mauritanie, rendue fragile et agressée de plus en plus... Il n'est pas jusqu'à certains analystes, rompus au catastrophisme ambiant, qui n'aient cru nécessaire de soutenir en cette période trouble que le Rio de Oro allait d'un jour à l'autre tomber dans l'escarcelle du polisario et donc de l'Algérie... Les agressions contre le Maroc, quand elles n'étaient pas menées directement par l'armée algérienne, celle-ci les supervisait, comme ce fut la cas à Amgalla en 1976 ! C'est un climat d'inquiétude qui confine à une panique déstabilisation de cette région qui a imposé aux dirigeants – marocains, algériens, mauritaniens du polisario et de Libye – de réviser leur stratégie. L'Algérie n'en démordait pas d'avoir son accès à l'Océan atlantique, et faute d'avoir obtenu le Sahara occidental tout entier, elle n'était pas loin de se contenter de cette partie nommée le Rio de Oro... C'était sans compter avec le patriotisme des populations de cette province, composée en majorité de tribus dont la fidélité aux monarchies marocaines ne s'est jamais démentie tout au long de l'histoire.
Ce sont les populations de Oued Eddahab qui ont court-circuité la manœuvre. Oued Eddahab restait une province du Sahara rétrocédée. Ses populations ne s'étaient jamais départies de leur marocanité, régulièrement exprimée et manifestée à chaque fois que l'occasion le leur permettait. Oued Eddahab illustra surtout de manière éclatante ce que les historiens n'ont jamais cessé d'invoquer, à savoir « l'enracinement historique et organique de la plupart des dynasties marocaines, en particulier des Alaouites, dans le Sahara ». Sans doute en effet, faudrait-il souligner que les populations de l'extrême Sud du Sahara refusaient encore plus irrémédiablement que les autres leur isolement imposé par l'occupation coloniale du royaume du Maroc. C'est peu dire que le retour de Oued Eddahab, et comme l'a montré la cérémonie organisée à cet effet au Palais Royal de Rabat le 14 août 1979, sur fond d'une émotion aux couleurs du Maroc saharien, a constitué une sorte de référendum… Elles se sont exprimées et du coup, dirigeants algériens et du polisario, se sont trouvés mis au pied du mur...
Or, depuis plusieurs années, les gouvernements algériens successifs, hormis ceux de Chadli Bendjedid et du président Zéroual, s'étaient passés le mot : soutenir le séparatisme au Maroc, entretenir une "affaire" en remuant chaque fois le couteau dans la plaie. Or, également, le Maroc ne se départit jamais pour autant de sa vigilance contre les tentatives de déstabilisation et passe outre ce "voisinage obligé" dont le trait essentiel est de détourner les problèmes internes sur les frontières du Maroc. "L'affaire du Sahara", invention de ce qu'on appelle le machiavélisme algérien, a obéi à une logique de déstabilisation propre aux " services", en l'occurrence algériens. Et l'épisode de Oued Eddahab en a illustré la triste réalité.


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