Le programme d'urgence pour l'éducation nationale, adopté par le gouvernement El Fassi, part d'un constat d'échec alarmant. Malheureusement ce constat est en dessous de la réalité. L'état de délabrement de l'école marocaine est désespérant. D'abord le délabrement matériel, au sens propre du terme. Des écoles sans sanitaires. D'autres aux vitres cassées depuis des lustres, des escaliers en piteux état et bien d'autres avanies. C'est en milieu rural que la situation est la plus dramatique, ce qui explique le phénomène d'abandon. Ensuite le délabrement moral. Le statut social de l'enseignant est brocardé. Il faut dire que le corps enseignant a développé une série de virus, que le corporatisme a empêché de combattre à temps. Le phénomène des heures supplémentaires dans des établissements privés n'est que la partie visible de l'iceberg. Nous sommes face à une véritable démission des éducateurs. Dès lors il ne faut pas s'étonner de l'absence totale de discipline, de respect de l'enseignant, pourtant à la base de tout acte pédagogique. Enfin, et c'est le plus grave, la démission des parents. En majorité, ils ne montrent que peu d'intérêt au cursus scolaire de leurs enfants, ne répondent pas aux convocations quand il y'en a, ne collaborent pas avec l'équipe pédagogique quand ils sont sollicités. On dirait que parce que l'école n'est plus le moteur de l'ascension sociale, tout le monde s'en désintéresse. C'est donc par là qu'il faut commencer. L'école publique doit redevenir le lieu de l'intégration sociale et de l'égalité des chances par excellence. Les discours sur la baisse du niveau généralisée s'attaquent aux effets, pas à la cause. C'est d'abord à la situation de délabrement évoquée plus haut qu'il faut remédier. En particulier celui d'un corps enseignant gangréné, parce qu'il ne s'agit plus d'une vocation, mais d'un simple emploi, parfois d'un pis aller. La formation des formateurs est en cause, la sélection à l'entrée aussi. Ce n'est qu'en revalorisant ce métier, qu'on restaurera la discipline à l'intérieur de nos écoles. En particulier, il faut interdire le cumul public-privé, ou tout au moins l'organiser de manière drastique. L'école étant un enjeu national, elle ne peut que faire l'objet d'un consensus réel. Partis, syndicats, société-civile doivent soutenir la réforme, non seulement sur le plan du financement, mais aussi sur le plan des contenus. L'école doit être un lieu du savoir où toute manipulation idéologique est bannie. Cette réforme là est la plus importante pour le pays. Elle influera sur la compétitivité de l'économie, la cohésion sociale, la construction démocratique, l'avenir du pays dans son ensemble. L'urgence c'est donc la mobilisation générale pour recréer l'école marocaine, car ce qui existe est, au mieux, un ersatz d'école, au pire une caricature.