Les enquêteurs canadiens se sont tournés vers ChatGPT dans le cadre de l'enquête sur la fusillade de Tumbler Ridge, en Colombie-Britannique, après avoir établi que l'auteure de l'attaque avait échangé avec le chatbot d'OpenAI avant de passer à l'acte. Cette piste, confirmée à la suite de vérifications techniques, place l'intelligence artificielle au centre des interrogations sans pour autant établir de lien de causalité direct. Le drame, survenu le 10 février, a profondément bouleversé le pays. Âgée de 18 ans, la jeune femme a d'abord tué sa mère et son demi-frère, avant de se rendre dans une école secondaire où elle a abattu cinq élèves et une aide-enseignante, puis de se donner la mort. Selon la police, l'auteure de ces crimes présentait des antécédents de troubles de santé mentale. Dans un pays où les fusillades scolaires restent extrêmement rares, l'émotion est vive. Les autorités ont révélé que le compte de la tireuse avait été suspendu par OpenAI en juin 2025, après des signalements liés à des contenus jugés préoccupants, comprenant notamment des scénarios de violence armée. À l'époque, l'entreprise avait estimé que ces échanges ne remplissaient pas les critères justifiant un signalement aux forces de l'ordre. Convoqués à Ottawa, des représentants d'OpenAI ont rencontré le ministre canadien chargé de l'Intelligence artificielle, Evan Solomon. Dans une lettre officielle, l'entreprise a annoncé des « mesures immédiates » : renforcement des protocoles de sécurité, amélioration de la coopération avec les autorités fédérales et provinciales, et consolidation des dispositifs de détection des comportements à risque. OpenAI affirme également avoir noué des partenariats avec des experts en santé mentale et en sciences comportementales afin d'affiner ses critères d'évaluation des conversations susceptibles de constituer « un risque imminent et crédible ». L'entreprise dit vouloir mieux distinguer les propos relevant de la fiction ou de l'expression émotionnelle de ceux pouvant signaler une menace réelle. La réponse du groupe intervient toutefois dans un climat de critiques. Plusieurs responsables politiques canadiens ont exprimé leur déception face au manque initial de mesures concrètes présentées lors de la réunion d'Ottawa. La fusillade de Tumbler Ridge, deuxième attaque scolaire la plus meurtrière de l'histoire du Canada après celle de l'Ecole polytechnique de Montréal en 1989, relance ainsi le débat sur la responsabilité des plateformes technologiques face aux signaux faibles de violence et sur les limites des outils d'intelligence artificielle.