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Egypte Un président en sursis
Publié dans L'observateur du Maroc le 04 - 02 - 2011

Mercredi soudain, la révolution de velours à l'égyptienne a tourné court. La veille au soir, le Raïs, octogénaire obstiné, méprisant le million de manifestants rassemblés sur la place el-Tahrir au centre du Caire pour demander son départ, leur a concédé qu'il ne briguerait pas, en septembre, un nouveau mandat. Le sixième en trente ans de pouvoir pour le président égyptien.
Hosni Moubarak n'est pas Ben Ali, l'ex-président tunisien, qui, le 13 janvier déclarait à la télévision qu'il ne se représenterait pas aux élections de 2014, et qui le lendemain prenait l'avion pour un exil sans retour en Arabie Saoudite. Le Raïs, en militaire compétent et courageux, mais aujourd'hui imbu de lui-même, s'accroche. Quitte à plonger son pays dans le chaos dont on ne sait comment il sortira. Le 2 février, des contre-manifestants, payés par le pouvoir mêlés à des prisonniers de droit commun auxquels on a ouvert les portes des prisons et des moukhabarats demi-soldes à la solde de l'ancien ministre de l'Intérieur, ont cerné la place Tahrir et attaqué la foule. Il y avait là des jeunes, nombre de femmes et d'enfants tant cette révolution se faisait dans le calme. En quelques heures, il y a plusieurs morts et plus de 500 blessés.
Hosni Moubarak espère-t-il ramener le calme en mâtant la révolte de tout un peuple qui demande simplement la démocratie et la liberté ? Insensé. Va-t-il prendre le risque d'entrer dans l'Histoire comme un Ceaucescu arabe ou les Chinois responsable du massacre de Tien An Men pour gagner quelques mois de règne ?
Une seule question ce 2 février : que va faire l'armée ? Jusqu'alors, elle est restée l'arme au pied. On a même vu des soldats fraterniser avec les manifestants. C'est à la demande des Américains, que Moubarak a dû nommer le général Omar Souleiman, chef des services de renseignements, au poste de vice-président et le général à la retraite Ahmed Chafik, ex-commandant de l'Armée de l'air, comme Premier ministre. Tous deux ont d'excellentes relations à Washington. En particulier Souleiman, l'homme des missions secrètes au Proche-Orient (pourparlers inter palestiniens et négociations israélo-arabes).
Pour les Américains, il ne peut être question que le pion égyptien s'effondre et ouvre la porte à un régime islamiste. L'Egypte à laquelle ils donnent 1, 3 milliard de dollars d'aide militaire annuellement est le pivot de leur stratégie au Proche-Orient. C'est Washington qui a œuvré, pendant de longues années, pour aboutir au traité de paix égypto-israélien de 1979. Pas question que cet acquis diplomatique soit jeté aux orties par un nouveau pouvoir égyptien qui remettrait en cause le traité de paix. La nomination d'Omar Souleiman devait donc permettre d'assurer la continuité.
Dans un premier temps, la Maison Blanche a demandé à Hosni Moubarak d'assurer une «transition dans l'ordre», en fait jusqu'aux élections de septembre. Le 2 février, après les violences de la place Tahrir, ils lui ont demandé de favoriser une «transition pacifique et immédiate». En clair, Moubarak doit partir car il est devenu celui qui met en danger l'existence même du régime égyptien actuel. Reste à savoir ce que voudra entendre le Pharaon.


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