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Vers un nouveau pacte social
Publié dans L'observateur du Maroc le 25 - 02 - 2011

L'exception marocaine c'est que des réformes politiques et socio-économiques ont été entreprises depuis plus d'une décennie. Les libertés fondamentales sont assurées, les espaces d'expression existent et le jeu politique est ouvert. Cela a permis l'émergence de deux différences notoires avec ce qui s'est passé en Egypte, en Tunisie ou dernièrement en Libye.
Les manifestations ont été pacifiques, et les dérapages constatés sont le fait de casseurs qui, de l'avis même des autorités, n'ont aucun lien avec les manifestants. Les autorités n'ont aucunement gêné la tenue de ces manifestations. Par ailleurs les slogans ne revendiquent pas une chute du régime dont ils ne contestent pas la légitimité. Ils réclament un approfondissement des réformes.
L'exigence d'une réforme constitutionnelle se fixant l'objectif d'une monarchie qui évolue comme système politique et comme perspective historique; la résolution politique de la question amazighe; la transparence économique et la satisfaction des revendications des cadres les plus démunis, tels ont été les slogans les plus unificateurs.
La première remarque est que ces revendications sont celles des élites et de certains acteurs politiques depuis longtemps.
La seconde remarque est qu'elles recueillent une large adhésion parce qu'elles ne mettent pas en équation la légitimité monarchique, car l'aura du Roi est réellement très forte, justement à cause des ruptures qu'il a opérées depuis son accession au trône. Si le contexte actuel avait prévalu dans les années 80, il en aurait peut-être été autrement.
Est-ce à dire qu'il ne s'agit que d'un effet de mimétisme ? C'est une erreur de le penser et aucun des acteurs politiques ne le pense. Le Maroc a entamé sa transition depuis plus d'une décennie. Tout le monde a salué la tenue d'élections transparentes, la justice transitionnelle par le biais de l'Instance équité et réconciliation et les espaces de liberté élargis. Seulement ce qui a été réalisé ne peut pas être la finalité de la transition. Le rythme est lent et c'est un constat largement partagé.
Ce qui est à l'ordre du jour au Maroc, c'est l'approfondissement des réformes pour atteindre un pan plus avancé dans une transition dont le cap final est une démocratie réelle et que cette finalité ne soit pas renvoyée aux calendes grecques.
Ce qui est en jeu aujourd'hui, c'est un nouveau consensus, un nouveau contrat social avancé, avec le Roi. Cela constituerait un acquis historique s'inscrivant dans la tradition marocaine, celle des équilibres successifs évitant les cassures.
20 février Les doléances en marche
mouna izddine
Fiers et inquiets à la fois
La marche du 20 février a bien eu lieu, et elle s'est déroulée dans un pacifisme exemplaire, en dehors d'échauffourées sporadiques et d'actes de vandalisme à El Hoceima, Marrakech et Fès. Pas de scénario à la tunisienne ou à l'égyptienne, pas grand-chose à se mettre sous la dent pour les caméras étrangères. «Il ne s'est rien passé», pouvait-on entendre ici et là, dans un soupir de soulagement, avant de reprendre une vie normale. Si, il s'est passé des choses et prétendre que ce dimanche n'aura ni suite ni conséquences est un jeu d'autruche, insensé et dangereux. Il n'y a pas eu d'effusion de sang certes et tant mieux, mais la voix de la rue, ignorée depuis douze ans par des partis politiques et des syndicats suffisants et sclérosés, s'est faite entendre et ne compte pas se taire de sitôt. La parole des jeunes marcheurs a remué quelque chose en chaque Marocain, quel que soit son âge ou sa condition sociale. Un sentiment d'inquiétude sourde mêlé à une fierté patriotique émouvante. Angoisse disproportionnée de voir ce pays qu'on aime tant basculer dans la violence et l'incertitude, nous qui nous sentons et sommes réellement à 1000 lieues des turpitudes voisines. Mais fierté d'avoir osé lever le voile de la peur. Une crainte que l'on a sentie soudainement démesurée et anachronique. Celle du «makhzen», de la dénonciation publique des abus des profiteurs du système, et des iniquités sociales. Comme si le citoyen lambda découvrait avec stupeur qu'il lui est possible de critiquer ses gouvernants et de réclamer son dû sans risquer sa liberté et sa vie. Le Marocain lambda mais aussi l'opinion publique et associative de l'autre rive de la Méditerranée, notamment espagnole et européenne. Mais que veulent au juste les marcheurs du 20 février?
100 slogans pour un Maroc en ébullition
Moult slogans ont été portés ou scandés par les manifestants à travers les grandes villes du royaume, prêtant parfois même à sourire tant quelques-uns semblaient des copies conformes de ceux clamés durant la révolution de jasmin ou du Nil. Néanmoins, les principales revendications des marcheurs se résument et se focalisent en une dizaine de points. En l'occurrence une réforme constitutionnelle qui garantisse davantage de prérogatives au Premier ministre, au gouvernement et au parlement. En second lieu, condition sine qua non à toute démocratie véritable, une séparation stricte des pouvoirs, impliquant nécessairement une justice indépendante et transparente. De cette justice, les marcheurs du 20 février attendent notamment qu'elle libère les détenus politiques et d'opinion, juge et sanctionne les auteurs d'abus de pouvoir, de dilapidation des deniers publics et de mainmise sur les richesses nationales. La reconnaissance du tamazight comme langue officielle aux côtés de la langue arabe constitue une des autres requêtes phares de cette plateforme revendicative. A côté de ces aspirations politiques, les membres du jeune mouvement réclament l'intégration de tous les diplômés chômeurs dans la fonction publique, l'accès égalitaire de tous les citoyens aux services sociaux de base et l'augmentation du salaire minimum.
Les journées de la dignité… et de la paix
Et c'est surtout dans ces dernières revendications de base que se sont reconnus la plupart des manifestants, de 7 à 77 ans, venus rejoindre par milliers les jeunes initiateurs du mouvement du 20 février, souvent sans la moindre idée de ce que peuvent bien signifier «monarchie parlementaire» ou «économie de rente». En effet, il ne sert à rien de se voiler la face. Plus de 30% des Marocains sont analphabètes, 9% vivent en-dessous du seuil de pauvreté, et seuls 20% des travailleurs du secteur privé disposent d'une couverture retraite. Elles sont des milliers de familles nombreuses à s'entasser encore dans des bidonvilles ou dans des cités dortoirs à la périphérie des villes, survivant bien en deçà du dérisoire SMIG de 2.110 dirhams pour tout un foyer. Parmi les 20% de jeunes de 25 à 34 ans «officiellement» au chômage, en dehors d'une fange politisée, l'écrasante majorité ne demande qu'à trouver un emploi stable et décent qui lui permettre de se nourrir, se loger, se vêtir, se soigner, et fonder un modeste foyer. A l'instar du tragiquement célèbre Mohamed Bouazizi, les autres se débrouillent comme ils peuvent, et ressentent comme un terrible mépris, la fameuse «hogra», la privation par les autorités de leur unique source de revenu dans cet informel qui représente 14% du PIB national et fait vivre 2 millions de Marocains. Des citoyens comme les autres, qui aspirent uniquement à une vie décente et à un avenir digne pour leurs enfants, des besoins légitimes et dénués de bellicisme. C'était cela le Maroc qui est descendu dans la rue ce dimanche. Pourtant, les semaines précédant la marche du 20 février, les jeunes membres du mouvement se sont vu affublés de toutes les tares : traîtres, apostats, «ouakaline ramdan» (déjeuneurs), agents des services algériens ou encore séparatistes. Des accusations lancées sur les mêmes réseaux sociaux sur lesquels a été lancé l'appel à la marche du dimanche. Des groupes ont ainsi vu le jour sur Facebook dans le dessein de contrer ce que d'aucuns considéraient comme une fourbe tentative de profiter des révoltes dans le monde arabe pour déstabiliser le Maroc. Mais les images des différentes marches et les déclarations des participants, retransmises et recueillies sur les chaînes étrangères mais aussi sur les chaînes publiques marocaines, ont rassuré nombre de Marocains sur les objectifs pacifiques des marcheurs.
Jamais contre mon Roi
Des manifestants qui ont fièrement arboré emblème national et portraits du Souverain, les yeux emplis d'émotion et d'espoir, scandant haut et fort leur amour du Maroc et de «leur Roi». Blessés dans leur orgueil patriotique, beaucoup ont très mal vécu les accusations de trahison lancées à leur encontre. Non, la jeunesse marocaine ne veut pas renverser la monarchie. Jeunes et moins jeunes, hommes et femmes, citadins et ruraux, base populaire et élite socio-intellectuelle, aucun des marcheurs présents ce jour-là ne conteste la légitimité de cette institution. Tous ont grandi dans l'amour inconditionnel de leur patrie et savent que la monarchie est le ciment unificateur de tous les Marocains du Nord jusqu'au Sahara, la clé de voûte de la stabilité politico-religieuse et de la quiétude sociale qui fait l'exception de notre pays dans le Maghreb et le monde arabe de tous les aléas. Feu Hassan II n'avait-il pas prédit, en 1996 : «Il viendra un jour où l'instabilité politique du Maghreb créera des révoltes populaires. J'ai reformé ma constitution pour avoir la stabilité populaire, politique, économique et sociale. Je mène ma barque pour que le Prince Héritier puisse la diriger facilement contre vents et marées. Mes sujets resteront toujours attachés à la monarchie». Et c'est justement à ce jeune Roi que se sont adressés les jeunes marcheurs : «Mohammed VI, tu es notre Roi, et voici nos demandes», pouvait-t-on lire sur les affiches des sit-in.
Movida marocaine…et Maroc des privilèges
Une preuve de leur attachement à l'institution monarchique, qu'ils considèrent comme leur unique interlocuteur. Et une gifle implicite à tous les partis politiques et centrales syndicales, avec lesquels cette jeunesse marocaine refuse de dialoguer, réclamant même le démantèlement du gouvernement et du parlement. Il faut savoir en effet que si certains parmi les fondateurs du mouvement 20 février sont des militants d'extrême-gauche ou d'associations altermondialistes, beaucoup sont sans aucune appartenance politique, et n'ont tenu leurs réunions dans les sièges de certains partis ou associations qu'à défaut de local propre à eux. Profondément déçus par les formations partisanes, perçues comme des coquilles creuses servant les intérêts personnels de leurs adhérents, refusant tout autant de céder aux sirènes trompeuses de l'islamisme radical, ces jeunes se tournent vers les seuls espaces d'expression restants, à savoir le tissu associatif, Internet… et la rue. La jeunesse marocaine actuelle n'a certainement pas le profil militant de ses prédécesseurs, nourris à la littérature idéologique particulière de l'époque, mais elle est toute aussi avide de changement et rêve d'un autre Maroc.
Qui a arrêté le train de la réforme?
Ce Maroc nouveau, havre de justice, de méritocratie et modèle de démocratie régionale, elle y a cru. Dès l'orée du nouveau règne, des signaux forts et encourageants ont été lancés par le Souverain : libération ou retour d'exil des détenus politiques, mise en place de la formidable catharsis collective qu'est l'Instance Equité et Réconciliation (IER) et son corollaire, l'indemnisation des victimes des exactions des années de plomb et la création du Conseil Consultatif des Droits de l'Homme (CCDH). Refonte révolutionnaire du Code de la Famille, intégration des islamistes dans l'arène politique, projet de refonte du Code de la presse, libéralisation du paysage audiovisuel, lancement de l'Initiative Nationale de Développement Humain (INDH), remodelage de l'école et de l'université, établissement de l'Assurance Maladie Obligatoire (AMO). Sans compter les multiples projets socio-économiques comme l'éradication des bidonvilles, la construction d'hôpitaux flambants neufs, d'autoroutes et de ports. Mais aujourd'hui, nombre de ces grandes réformes politiques et de ces chantiers socio-économiques qui ont fait la fierté des Marocains et rehaussé l'image du Royaume comme processus démocratique exemplaire, semblent s'être arrêtés ou du moins avoir été mal accompagnés sur le terrain. Si les raisons de ces défaillances apparentes doivent être étudiées de près et corrigées, une chose est sûre. Le Maroc d'aujourd'hui est miné dans sa marche vers le progrès et le développement par des maux connus de tous : une corruption endémique, structurelle et multisectorielle, un clientélisme et une économie de rente entravant le jeu de la concurrence loyale, un chômage tentaculaire, un système éducatif et sanitaire à deux vitesses et un exode rural hémorragique accompagné d'un urbanisme anarchique et d'une gouvernance locale hasardeuse. Sans oublier les procès-fleuve contre les journalistes et les amendes invraisemblables à l'encontre des publications indépendantes. Une liste loin d'être exhaustive, mais qui montre à quel point le train des réformes doit être relancé et consolidé. En commençant déjà par le dialogue avec les manifestants. Dans le calme et la sérénité, sans effusion de sang. Le Maroc de 2011 n'est pas le Maroc de 1965, de 1981 ni même celui de 1990. Renouer avec les tristes années de plomb en faisant goûter cette jeunesse au terrible duo du «brodequin et du gourdin» n'est pas la solution. Reste le dialogue. L'occasion pour les partis politiques et les syndicats de se réconcilier avec les citoyens et de faire parvenir la voix des Marocains, tous les Marocains, à la coupole. A condition que ces derniers, les jeunes en tête, reprennent le chemin des urnes pour désigner ceux qu'ils estiment être leurs représentants, ou sanctionner ceux qui ont failli à leurs engagements. N'est-ce pas là les droits et les rôles originels octroyés à chacun d'eux? N'est-ce pas là la base de toute démocratie véritable?
marche de rabat De 7 à 77 ans
noura mounib
Neuf heures. Sous un ciel gris, les sirènes assourdissantes des fourgons des forces de sécurité réveillent la ville. Cafés, magasins et supermarchés sont fermés. D'El Fath à l'Agdal en passant par Hay Riad, tous les quartiers de Rabat sombrent dans un silence inquiétant. A la place Bab El Had, où commencera la marche à l'appel du mouvement du 20 février pour des réformes politiques, économiques et sociales, les premiers manifestants commencent à se rassembler, malgré le temps pluvieux de ce dimanche. Pancartes à la main, slogans bien notés et revendications écrites sous toutes les coutures, les participants ne lésinent pas sur les moyens pour faire entendre leurs voix. Les débuts de la manifestation annoncent la couleur : le 20 février 2011 au Maroc est à marquer d'une pierre blanche.
Dix heures. La célèbre place de la capitale est pleine à craquer. Pas moins de 5000 personnes, selon les premières estimations des organisateurs, en quête de liberté, de démocratie et de changement se joignent aux voix des jeunes du mouvement. «Game Over», «Pour une justice honnête», «Le peuple exige une nouvelle constitution», «Pour une monarchie parlementaire», «Pas de sacralités à part la dignité», «Majesté, sauvez-nous», «Changez le gouvernement», «Rendez-nous la chaîne d'Al Jazeera», «Pour vivre sur terre, la liberté est nécessaire» ou encore «Halte aux partis administratifs», les manifestants expriment ouvertement leurs revendications sans pour autant attaquer la monarchie ou le régime. En guise d'hommage aux révolutions tunisienne et égyptienne, plusieurs groupes de participants brandissent les drapeaux des deux pays arabes en scandant des slogans célébrant leurs victoires. Dans un élan de solidarité et de soutien, une dizaine de femmes lance des youyous lorsqu'un vieux Tunisien installé au Maroc se joint à la marche en portant le drapeau de son pays.
10h45. Les manifestants se déplacent en masse vers l'avenue Mohammed V. Si la chaussée est entièrement occupée, des centaines de personnes préfèrent suivre de loin le déroulement de la marche, sans pour autant y participer. «Curiosité, angoisse, appréhension… Je suis partagé entre ces trois sentiments» nous confie Saâd. Ce jeune ingénieur n'adhère pas aux idées du mouvement du 20 février mais désirait assister à la manifestation. «Ô citoyens, vous êtes tous concernés !» scandent les participants en direction des curieux, venus seulement assister à une première marche de revendications en son genre au Maroc. «Plusieurs personnes appréhendent les conséquences du 20 février. Elles se joindront éventuellement à la manifestation lorsqu'elles s'assureront qu'elle est vraiment pacifique» souligne Younes Benghazi, étudiant dans une école de cinéma et membre du mouvement des jeunes du 20 février. Le jeune homme dit vrai. 45 minutes après le début de la marche, les trottoirs sont combles, mais ce sont les manifestants qui les ont investis. «Ils avaient certainement peur de la matraque», ajoute Younes.
11h30. La marche de la capitale se déroule dans un climat pacifique et civilisé. Bien que la présence policière soit discrète, les manifestants font preuve d'une excellente organisation. Ce qui n'est pas sans déplaire aux jeunes organisateurs qui font tout leur possible pour que la marche se déroule dans de bonnes conditions. Des militants d'associations de défense de droits de l'homme, d'autres de la cause berbère ou encore des membres de partis de l'opposition apparaissent au fur et à mesure que la marche avance. Sous un soleil de plomb, les 8000 manifestants (toujours selon les estimations des organisateurs) longent la célèbre avenue de la capitale pour revendiquer d'une seule voix le droit à l'emploi, à l'habitat, à un meilleur enseignement et à une meilleure qualité du système de santé. Tandis que les voix des manifestants ne font plus qu'une, les membres du mouvement organisent des petites réunions à la-va-vite pour faire le point. Les filles sont en charge de scander les slogans dans les mégaphones tandis que les garçons s'occupent activement et de façon permanente de la gestion et de l'ordre général de la manifestation.
12h30. C'est le pic de la journée. La marche bat son plein. Les médias étrangers, particulièrement espagnols, venus couvrir l'événement, n'en reviennent pas. Organisation parfaite, gestion irréprochable, couverture sécuritaire exemplaire, la manifestation de Rabat est un succès. «On est à 12.000 participants» estime fièrement Younes Benghazi. Qu'en est-il dans les autres villes ? Les appels téléphoniques fusent de partout. Entre deux slogans scandés, les participants passent leurs coups de fil et s'assurent du bon déroulement des autres manifestations. Face au parlement, les manifestants s'engagent de plus belle. Malgré une inhabituelle chaleur estivale, la marche ne s'essouffle pas. Les forces de sécurité ont même prévu des robinets d'eau à disposition des participants de tout âge. Devant la gare de Rabat-Ville, une trentaine de personnes se regroupent de leur côté pour scander le nom du Roi et louer les progrès réalisés durant les dix dernières années. Les jeunes du mouvement apprennent que les marches effectuées dans les autres villes ont connu une participation importante.
13h45. «Maintenant, ce n'est pas le succès de la manifestation qui compte. C'est plutôt celui de faire entendre notre voix et nos revendications» souligne Salma Maârouf, étudiante en biologie et membre du mouvement du 20 février. Des milliers de manifestants défilent toujours en face du parlement. Lorsque la fatigue commence à se faire sentir, certains manifestants s'allongent sur la pelouse de l'avenue Mohamed V et profitent du spectacle de la marche. D'autres préfèrent quitter les lieux mais cela est à peine perceptible. Les sons des mégaphones enveloppent davantage le centre-ville de la capitale et les voix des manifestants, toujours aussi déterminés, s'entendent de loin.
15 heures. Heure de la prière. Une cinquantaine de participants exigent le silence et convertissent l'avenue en grande mosquée à ciel ouvert. A la fin de la prière d'Al Asr, menée par un vieil imam qui participait à la marche, micro à la main, les manifestants s'engagent dans un chapelet d'oraisons et de supplications pour que leurs revendications soient entendues. L'opération aura duré en tout vingt minutes avant qu'ils ne reprennent leurs pancartes et leurs slogans. Quelques heures plus tard, l'avenue Mohamed V compte encore quelques centaines de personnes, regroupées devant le Parlement.
19 heures. La manifestation touche à sa fin. La capitale se souviendra longtemps de cette marche pacifique où associations, partis et organisateurs ont joint leurs voix pour «la dignité du Maroc» comme ont scandé les milliers de participants en soutien au mouvement des jeunes du 20 février.
Marche de Casablanca Les coulisses
Salaheddine Lemaizi
Dix heures à Casablanca. Un temps brumeux domine la place Mohammed V. Quelques centaines de citoyens ont fait le déplacement pour participer à «la marche pour le changement» initiée par des jeunes marocains à travers plusieurs groupes sur Facebook. La participation semble pâtir de l'annonce de l'annulation de cette action par un des groupes organisateurs. La médiatisation de cette information par les médias officiels a créé la zizanie dans les rangs des organisateurs. Mais ces derniers tiennent mordicus à maintenir leur action, fruit d'une semaine d'intenses préparations.
Coulisses
Flash back. Vendredi 18 février, 20heures, local du Parti socialiste unifié (PSU), sis rue Agadir. Un air frais souffle sur le local sans charme. La grande salle du siège du PSU est prise d'assaut par le comité local du «mouvement du 20 février». À l'opposé du style rigide des militants, qui tiennent habituellement leur réunion dans ce lieu, le ton de ces jeunes est libre et décalé. La Darija et les phrases incisives remplacent l'arabe châtié et les discours fleuves de leurs aînés. Ce comité se compose de 40 jeunes d'horizons différents. Gauchistes, altermondialistes, amazighs, islamistes, militants associatifs et des citoyens neutres politiquement prennent part à cette troisième réunion de coordination.
Le «20» se prépare. Rien n'est laissé au hasard. La distribution de tracts, la logistique, les slogans, la sono et la sécurité, les derniers ajustements sont en cours pour le jour J. «Malgré les intimidations et les arrestations qu'ont subies six membres du mouvement, nous maintenons notre action pour le dimanche», nous dit Fatah, cet enseignant d'anglais âgé de 28 ans, un des coordinateurs du mouvement. La réunion du vendredi soir s'allonge jusqu'aux premières heures du samedi. Le J-1 est consacré à la confection des banderoles et des pancartes. «Nous disposons d'un budget de 3000 DH, ça nous a permis d'imprimer 50 000 copies de l'appel du 20 et d'acheter tout le matériel pour dimanche», nous explique Youssef, responsable de la logistique.
Samedi soir, une bonne partie des membres du comité passe la nuit au local du PSU. C'est le grand soir ! Chants, blagues et anxiété rythment cette nuit. Le groupe de jeunes s'impatiente pour donner naissance à ce mouvement jusque-là virtuel. Le jour J arrive enfin. Dimanche 20 février à 9h, ces jeunes se dirigent vers la place en scandant leurs slogans. Les choses sérieuses commencent…
Foire politique
Retour à la place Mohammed V. Les rangs des manifestants grossissent lentement. Vers 11h, les participants ont dépassé le nombre de 2000. Peu affectés par la faible présence des Casablancais, notamment découragés par la pluie, les organisateurs tentent de réchauffer la foule par des slogans unificateurs. La dénonciation de l'autoritarisme, de la corruption, du clientélisme, de la confusion entre le pouvoir et l'argent ou la domination d'une famille ou d'un parti politique sont parmi les messages que scandait cette foule. Des protestations que les forces de l'ordre gèrent avec intelligence. Elles sont absentes de tout le périmètre de la place. Les forces anti-émeute (sureté nationale et forces auxiliaires), venues en masse, ont préféré stationner leurs véhicules aux alentours de l'ambassade de France et du côté du parc de la Ligue arabe.
Au milieu de la journée, le temps maussade cède la place à un soleil de plomb. L'esplanade se transforme en une agora politique, sociale et culturelle. Politiquement, les revendications sont de nature nationale mais aussi locale. «Je proteste contre la gestion de la ville de Casablanca», annonce Saïd. Brahim, qui habite dans le bidonville Rhamna à Sidi Moumen est venu pour exprimer sa colère «contre le plan de recasement que nous propose l'Etat». Selon cet habitant, «les autorités locales ont demandé aux citoyens des bidonvilles de ne pas sortir de chez eux car il y a un recensement en vue d'un prochain programme de relogement. C'est de la manipulation», lance-t-il. Le désir du «changement» s'exprime cette matinée de diverses manières. Un groupe de rap est venu faire du slam (joute oratoire sous forme de poésie), «je veux vivre dignement, je ne veux plus voir les jeunes de mon pays traverser le détroit pour retrouver un semblant de dignité matérielle», lance un des trois jeunes rappeurs. La prestation de ce groupe fait mouche, une grande foule se rassemble autour pour écouter et applaudir la performance et les propos de ces slameurs.
Malgré plusieurs tentatives des organisateurs, quelques représentants d'associations amazighes choisissent de faire bande à part et de tenir leur propre sit-in. «C'est dommage qu'on n'arrive pas toujours à s'unir, pourtant c'est l'objectif de cette journée», regrette un des organisateurs. À quelques mètres des Amazighs, se tient un autre sit-in, celui des anti-20 février. Environ 30 personnes déroulent un grand drapeau du Maroc et portent à bout de bras des portraits du roi Mohammed VI, le tout sous la surveillance de policiers en civil. Les trois camps poursuivront leur action, sans heurts. L'ambiance détendue du sit-in attire le regard des passants. Amina, la quarantaine bien entamée, s'arrête pour lire les banderoles des manifestants, elle est accompagnée de ses deux enfants. Tout aussi curieux qu'elle, ils assistent à ce spectacle. «Je soutiens ces jeunes, je suis contre la hogra et contre la cherté de la vie», témoigne Amina, avant de s'en aller. À 15h45, les organisateurs mettent fin au sit-in : «on donne rendez-vous aux Casablancais pour de prochaines actions dans les semaines à venir». Une annonce contestée par une bonne partie des participants qui se dirigent directement vers la place des Nations-Unies. Une marche de 5000 personnes traverse les rues du centre-ville pendant plusieurs heures en scandant : «le peuple veut faire chuter le népotisme» ou «Abbas dégage». Ce mouvement de foule se termine à 22h, les services de l'ordre peuvent enfin souffler, en attendant d'éventuelles actions…
L'après marche Qui sont les casseurs ?
S. L.
Tout le monde s'est accordé à saluer le caractère pacifique des marches et sit-in du 20 février 2011. Sauf qu'après que ces actions sereines ont pris fin, des villes marocaines ont connu des dérapages.
5 morts et bien des dégâts
«Après la fin des manifestations, les villes de Tanger, Tétouan, Larache, Al Hoceima, Séfrou, Marrakech et Guelmim ont connu des actes de sabotage auxquels se sont livrés des fauteurs de troubles, dont des mineurs et des repris de justice», explique Taieb Cherkaoui, ministre de l'Intérieur. «Ces agissements ont été suivis d'actes de pillage et de cambriolage qui ont visé des biens d'autrui», ajoute-t-il. Bilan de ces actes: 5 morts à Al Hoceima. «Les corps calcinés de cinq personnes ont été retrouvés à l'intérieur de l'une des agences bancaires incendiées par les fauteurs de troubles», explique le ministre. 33 établissements et édifices publics, 24 agences bancaires, 50 commerces et édifices privés, 66 véhicules et deux vélomoteurs ont été saccagés.
À Larache, des fauteurs de troubles ont investi un immeuble relevant de l'Administration des douanes où ils se sont emparés d'importantes quantités de drogues et de boissons alcoolisées, saisies par cette administration. «Pour mettre fin à ces actes criminels, les forces de l'ordre, composées des éléments de la Sûreté nationale, de la Gendarmerie Royale et des Forces Auxiliaires, ont procédé, conformément à la loi, à la dispersion des fauteurs de troubles et à l'arrestation de certaines personnes présumées impliquées dans ces actes», précise le ministre de l'Intérieur. Bilan des arrestations selon le ministère : 120 personnes ont été interpellées et seront déférées devant la justice. Pour leur part, les mineurs arrêtés sur les lieux des événements ont été remis à leurs tuteurs. Il est à signaler que «128 personnes ont été blessées, dont 115 éléments des forces de l'ordre, lors de ces agissements et actes de vandalisme», toujours selon Taieb Cherkaoui.
Les responsabilités
«Certains de ces actes étaient commandités par des mercenaires payés par certains milieux politiques ou sécuritaires pour semer le désordre», accuse Zouheir du Mouvement du 20 février, à Marrakech. Selon lui, la responsabilité du vandalisme qu'a connu la ville rouge incombe «à des baltaguiya (hommes de main) à la solde de certaines personnes qui voulaient gâcher cette marche pacifique. Ces mercenaires se trouvaient à la fin de la marche et dès que nous sommes arrivés au niveau des magasins, ils ont commencé leurs actes stupides», dénonce ce militant. Suite à cela, la cité ocre vivra de véritables frayeurs. Des affrontements se déclenchent entre des jeunes et les forces de l'ordre. Le tout prend fin vers 21h. «Pour nous, de grandes questions se posent sur l'identité des manipulateurs qui voulaient détruire notre jeune mouvement», se demande Zouheir.
Said, habitant de la ville de Guelmim, se pose les mêmes questions concernant les actes de vandalisme qui ont touché la résidence d'Abdelwahab Belfaqi, président du conseil communal issu de l'USFP suite à la manifestation du 20 février dans sa région. «Depuis dimanche, on est presque sûr que ces actes sont commandés par des adversaires à cet homme politique», suppose ce jeune homme.
Le Rif reste la région la plus touchée par ces malheureux événements. Les habitants des villes d'Al Hoceima, Imzourne et Beni Ayach ont connu deux jours (dimanche 20 et lundi 21) d'intenses affrontements avec les forces de l'ordre. En plus des 24 personnes arrêtées et déférées devant la Cour d'appel dimanche 20 à El Hoceima, 14 autres ont connu le même sort à Imzourne lundi 21 février. Le lendemain, deux militants de la région trouvent le même sort, avant d'être libérés vers la fin de la journée du mercredi. Au total, ce sont 38 personnes qui sont arrêtées pour être présentées à la Cour d'appel. Ces affrontements ont poussé à la démission trois hauts élus de la région, il s'agit de Fatéma Saâdi, présidente du conseil communal d'El Hoceima issue du Parti authenticité et modernité (PAM), Mohamed Boudra, président de la région Taza-Hoceima-Taounate , qui occupe également le poste de coordinateur du PAM dans la région. La troisième démission concerne le président de la Chambre du commerce, de l'industrie et des services, issue du même parti politique.
Sefrou, ville au passif émeutier, a connu d'importants débordements. La prison locale, la préfecture, neuf agences bancaires, le siège local de l'ANAPEC, le siège de la commune, la conservation foncière (ANCFCC), des voitures, des cafés, des bars, des réverbères et des téléboutiques ont été vandalisés. Une sorte de remake des émeutes du 23 septembre 2007. Les affrontements ont en effet été violents entre les manifestants et les forces de l'ordre et les pertes matérielles considérables. L'Organisation marocaine des droits de l'homme (OMDH) a à ce propos publié un communiqué sur la marche du 20 février où elle «dénonce les actes de vandalisme, quelles que soient leurs sources. Ces actes touchent à la vie, à l'intégrité physique, aux biens publics et privés. Dans ce cadre, nous avons envoyé une lettre au ministre de la Justice pour ouvrier une enquête et trouver les responsables de ces actes».
Réactions
Abdelouahed Souhail, membre du bureau politique du PPS
J'avoue que l'appel à la manifestation par SMS et via Facebook reflète l'état d'esprit libéré et moderne des jeunes du 20 février. Mais d'une autre part, ils ne mesurent pas l'ampleur du risque qu'ils font courir au pays. Ce genre de décisions n'est pas à prendre à la légère. Ont-ils les moyens et la légitimité d'encadrer de telles manifestations ? Ont-ils le pouvoir d'assurer la sécurité des manifestants ? De toute façon, les dérapages qui ont eu lieu après les marches dans différentes villes n'étonnent pas. La plupart s'y attendaient. En tant qu'organisation politique responsable qui agit selon une certaine charte, on ne pouvait pas participer et joindre nos voix à celles des jeunes du mouvement. S'ils voulaient qu'on prenne part aux manifestations, ils auraient pu au moins prévoir une réunion avec les membres du parti pour discuter de leurs points de vue et de leurs revendications. Malheureusement, le mal est déjà fait. J'espère qu'ils se limiteront là parce que tout ce qui se passe actuellement n'est pas propre au Maroc.
Hassan El Amrani, Wali de Rabat
A travers ces marches pacifiques du 20 février, le Maroc a fait l'exception en prouvant qu'il ne ressemble à aucun autre pays du monde. A Rabat, tout s'est bien déroulé. Les forces de sécurité ont assuré l'ordre durant toute la journée, les manifestants étaient disciplinés et les membres de l'organisation ont bien encadré la marche du début jusqu'à la fin. Toutes les dispositions ont été prises pour contrôler la manifestation malgré le grand nombre de personnes qui ont participé. Il n'y avait pas lieu d'avoir peur.
Taher Chakir, membre du bureau national du PAM
Les jeunes du 20 février doivent savoir que le Maroc n'est pas la Tunisie, l'Egypte ou la Libye. Le mouvement n'a pas de légitimité ni de poids pour décider de l'avenir du pays. On n'arrive toujours pas à savoir d'où vient cette nouvelle vague de protestation. Le parti a décidé de ne pas participer à ces manifestations parce qu'on représente un organisme responsable dans le champ politique. On reflète la voix du peuple qui a voté pour notre parti depuis quelques années et on soutient vivement les jeunes marocains. D'ailleurs, on est prêts à mettre cartes sur table pour discuter de façon responsable de leurs revendications et les défendre ensuite au parlement. Le Maroc a besoin de gens qui optent pour un dialogue responsable et moderne dans le respect des sacralités du pays. Pour tous ceux qui scandaient la démission du PAM lors des manifestations du 20 février, on sait que ces gens n'ont aucun rapport avec la marche de revendications.
Mustapha Ramid, ex-membre du secrétariat général du PJD
Il y a une grande différence entre manifester pacifiquement, un droit légitime pour le peuple, et le fait de causer des incidents en marge de ce genre d'événements. Ces fauteurs de troubles ont profité des marches de certaines villes pour semer la zizanie avec leurs actes de barbarie, sans aucun rapport avec les revendications des jeunes du 20 février. Ils sont hors la loi. Il faut reconnaitre aussi que les forces de sécurité étaient quasi-absentes dans certaines villes où ont eu lieu les manifestations. Par ailleurs, je tiens à préciser que je n'ai pas démissionné du parti, mais de son secrétariat. En compagnie de deux autres membres, on a décidé de démissionner pour protester contre la décision de non-participation à la marche du 20 février. La position du parti ne correspond malheureusement pas aux revendications de la jeunesse et des Marocains en général. C'est juste que nous avons des points de vue différents avec le secrétaire général.
Abdelhamid Amine, vice-président de l'AMDH
Les marches du 20 février se sont très bien passées. Selon les estimations de l'AMDH, le nombre des participants dans les 58 villes où ont eu lieu les manifestations a atteint 300.000, contrairement au ministère de l'Intérieur qui parle de 37.000 seulement. Toutes les manifestations se sont déroulées pacifiquement dans une discipline exemplaire et un respect mutuel avec le peuple. Après, nous déplorons tous ces actes de barbarie et tous les incidents qui ont suivi les marches. Ces fauteurs de trouble sont inconscients des objectifs du mouvement des jeunes du 20 février qui revendiquent d'une seule voix le droit à l'emploi, une meilleure qualité de l'enseignement et du système de santé. En tant que réseau démocratique de soutien, nous appuyons tous ces jeunes qui ont le courage et la hargne de dénoncer les maux de notre pays. On soutient le mouvement et on compte participer à toutes les marches prochainement organisées par les jeunes du 20 février.
Mohamed Sebbar, membre du Forum Vérité et Justice
Le mouvement du 20 février a fait preuve de maturité irréprochable à travers la discipline et la bonne organisation des marches dans plusieurs villes du pays. Après les révolutions en Tunisie et en Egypte, le Maroc ne peut pas faire l'exception. Les marches du 20 février ont étonné le monde, les Marocains les plus réticents à l'idée d'exprimer ouvertement leurs revendications en premier. Manifester est un droit légitime pour le peuple. Après tout, c'est normal que des dérapages aient lieu dans ce genre de manifestations. De toute façon, même dans les pays les plus démocratiques, des incidents peuvent facilement arriver. Tous les dérapages ont eu lieu à la fin des marches. Ce qui prouve que les jeunes du 20 février n'ont rien à voir avec ce qui s'est passé. Il faudrait plutôt blâmer l'absence quasi totale des forces de sécurité dans certaines villes. On est fier de notre pays, on soutient les jeunes du 20 février, on les appuie dans toutes les décisions prises et on participera à toutes les marches qui seront organisées.
Oussama Lakhlifi, membre du mouvement du 20 février
Le 20 février était le jour de triomphe et de dignité du peuple marocain. Dans ces premières manifestations, le Maroc confirme à tous les autres pays que c'est un exemple d'unité et de solidarité. Au début, les gens avaient peur du déroulement des marches et des après-manifestations. Quand ils se sont assurés que nous ne sommes pas des ennemis de la patrie et qu'on aime le Roi comme tous les Marocains, ils se sont joints au mouvement et ont exprimé librement leurs revendications. La réaction des forces de sécurité était exemplaire ce 20 février. Elles étaient elles-mêmes étonnées du bon déroulement des manifestations. Le lendemain, on a eu droit à leur «hogra» habituelle. Ils ont utilisé des matraques pour disperser le rassemblement pacifique de Rabat et ont asséné plusieurs coups aux manifestants. On ne s'arrêtera pas en si bon chemin. En plus de sit-in pacifiques, le mouvement du 20 février compte fixer une date pour une journée nationale de manifestations.
Sion Assidon, militant associatif marocain
Je trouve que c'est un bon début pour faire bouger les choses dans notre pays. Les manifestations du 20 février ont rassemblé des gens de tout âge, de toutes couleurs, de toutes origines et de toutes tendances. Les jeunes étaient au rendez-vous pour cette marche pacifique afin d'exprimer leurs revendications les plus légitimes. Si certaines personnes sont venues assister comme de simples spectateurs, plusieurs autres se sont engagées avec rage et motivation pour faire entendre leurs voix au maximum. Durant toute la journée, les participants ont défendu leurs causes et se sont concentrés sur certains problèmes qui tardent à changer, comme le droit à la démocratie et à l'égalité. Ils ont également dénoncé la corruption et exigé que les gens du pouvoir soient redevables de ce qu'ils font. Je trouve que toutes les manifestations se sont déroulées de façon mature et responsable, à l'image des jeunes du 20 février.


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