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Libye L'introuvable zone d'exclusion aérienne
Publié dans L'observateur du Maroc le 11 - 03 - 2011

Combien faudra-t-il de morts libyens - on en compte déjà au moins 6000 - et de réfugiés -190.000 selon l'ONU – pour que la communauté internationale se décide à prendre des mesures capables d'arrêter la folie sanguinaire du colonel Kadhafi? Alors que le pays sombre dans la guerre civile avec la contre offensive lancée par le dictateur pour reprendre les villes de l'Est et de l'Ouest tenues par l'opposition, les insurgés n'ont obtenu jusqu'ici aucune aide concrète de l'extérieur. Leur demande est pourtant sans équivoque. Ils refusent catégoriquement «toute présence étrangère», c'est-à-dire toute intervention terrestre occidentale dans leur pays, mais réclament avec insistance une zone d'exclusion aérienne. Ce serait la seule manière d'empêcher les avions de Kadhafi de bombarder les zones «libérées».
Guerre civile
Si la question d'une intervention se pose avec autant d'acuité, c'est que le leader libyen et ses fils font plus que s'accrocher au pouvoir depuis trois semaines. En dépit des rumeurs non confirmées diffusées par la chaîne satellitaire Al Jazeera concernant une tentative de Kadhafi de négocier son départ, ni lui ni son fils Seïf El Islam, n'ont cessé de menacer de faire couler des fleuves de sang pour venir à bout de l'insurrection. Et il ne s'agit pas de menaces en l'air. En témoignent les tirs à la mitrailleuse lourde contre la population, l'utilisation de mercenaires, les chasses à l'homme, les tirs de chars - y compris contre les habitations - pour reconquérir Zawiyah à l'ouest, les bombardements aériens quotidiens depuis le 8 mars des zones tenues par l'opposition, notamment Ras Lanouf à l'est ou le refoulement par des forces de Kadhafi lourdement armées des Libyens qui tentent de fuir par la frontière tunisienne …
Ni cette répression massive du clan Kadhafi pour se maintenir coûte que coûte au pouvoir, ni les risques d'une guerre civile longue et déstabilisante pour toute la région n'ont jusqu'ici suffi à accélérer la mise en place de cette fameuse zone d'exclusion. Ce serait pourtant le moins, vu le faible impact des sanctions internationales sur le leader libyen.
On pourra bien sûr dire que leur adoption à l'unanimité par le Conseil de Sécurité est une première d'autant plus prometteuse que ni la Russie ni la Chine n'ont osé s'y opposer alors que ces pays rejettent habituellement toute «ingérence» de peur d'y être eux-mêmes confrontés un jour.
Reconnaissance du Conseil national libyen
En ce sens, l'ouverture par la Cour pénale internationale (CPI) d'une enquête pour «crimes contre l'humanité» à l'encontre de «Mouammar Kadhafi et de son cercle rapproché, dont certains de ses fils» apparaît aussi comme un tournant. Surtout que le procureur de la CPI a aussi menacé de poursuites pénales plusieurs hauts responsables libyens dans l'espoir de susciter d'autres défections dans l'entourage proche du «guide». Autre avancée diplomatique majeure: pour la première fois le 6 mars, le «Conseil national libyen», l'instance formée par l'opposition à Benghazi, a été reconnu comme la seule autorité politique légitime par un grand pays européen, la France. Paris - qui entend faire oublier par cet activisme sa lenteur à saluer les révoltes arabes – parviendra-t-il à faire endosser cette reconnaissance par l'Union Européenne lors de son sommet extraordinaire sur la Libye prévu le 11 mars à Bruxelles? On l'espère. En attendant, le Conseil a été reçu le 8 mars à Bruxelles…
Le problème, c'est que ces mesures qui visent à isoler de plus en plus Kadhafi - y compris le gel des avoirs du Fonds Libyen d'investissement (LIA) qui gère les revenus du pétrole - n'empêchent pas le dictateur de Tripoli de jouer son va tout et de continuer à massacrer. On comprend mal dès lors pourquoi la communauté internationale tarde tant à répondre à la demande a minima des insurgés.
En réalité, ces atermoiements ne cachent qu'une chose: il n'existe aucun consensus ni aux Etats-Unis, ni à l'Otan, ni parmi les Européens sur le sujet.
Divisions et réticences politiques
Globalement, on fait donc valoir qu'une zone d'exclusion aérienne au-dessus de la Libye (dispositif adopté en Irak en 1991, en Bosnie en 1992 et au Kosovo en 1999) est difficile à instaurer. Cela suppose d'une part des moyens considérables en avions et systèmes de détection; la Chine, la Russie (ainsi que l'Afrique du Sud) s'y opposeront sans doute d'autre part; cela implique enfin de détruire les défenses aériennes de Kadhafi, ce qui est en soi un acte de guerre.
Mais au-delà de ces problèmes techniques – le ministre américain de la Défense, Robert Gates, met par exemple en avant la nécessité de dégarnir le front afghan en ravitailleurs en vol -, les réticences des Etats-Unis sont éminemment politiques. Même si ils répètent inlassablement «préparer plusieurs options militaires» et si le sénateur républicain John Mc Cain réclame une interdiction de survol. Barack Obama redoute en fait que l'implication de Washington dans un nouveau conflit visant un pays musulman après l'Irak et l'Afghanistan, alimente l'antiaméricanisme dans la région. Il refuse du coup que les Américains soient seuls à «gérer» cette interdiction de survol et s'emploie surtout à favoriser des divisions au sein du régime (selon le Los Angeles Times, un général Khalid Shahmah aurait rejoint les insurgés). «Il revient aux collaborateurs du colonel Kadhafi de choisir comment ils vont agir. Ils devront rendre des comptes», a averti le président américain.
Immobilisme ou complicité ?
Les Européens sont aussi divisés, Malte et l'Italie étant peu enclins – intérêts libyens obligent - à trop insulter l'avenir. Britanniques et Français, qui ont à la fois le plus œuvré à la réhabilitation du Guide libyen en 2007 et réclament avec le plus d'insistance son départ aujourd'hui, préparent un projet de résolution sur cette fameuse zone d'exclusion aérienne et cherchent donc à élargir le cercle de ses soutiens. Jusqu'ici, l'Organisation de la conférence islamique et le Conseil de coopération du Golfe y seraient favorables, tandis que la Ligue Arabe devrait trancher au cours d'une réunion le 12 mars. Mais ces interminables conciliabules diplomatiques – les Occidentaux se concertent les 10 et 11 mars au sein de l'UE et de l'OTAN - alors que sur le terrain le temps presse laissent un goût amer. Comme si ils consacraient le peu de prix de la vie humaine face à la souveraineté des Etats. Surtout quand parallèlement rien ne semble fait pour armer les insurgés. De là à se demander si face à l'urgence de protéger des populations sans défense, l'immobilisme relatif de la communauté internationale n'est pas proche d'une forme de complicité, il n'y a qu'un pas. On voudrait ne pas le franchir.


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