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Chronique : La première pandémie du XXI ème siècle
Publié dans L'observateur du Maroc le 13 - 04 - 2020

Gen (ret) Dominique Trinquand a fait partie du groupe des conseillers du Président français Emmanuel Macron lors de la campagne présidentielle.
En 1957 une grippe asiatique frappe le monde, elle vient de Chine puis s'étend à Singapour pour atteindre Hong Kong avec 250 000 malades en peu de temps. Elle touche rapidement les Etats-Unis provoquant entre 70 000 décès et 116 000 décès dans ce pays. Le virus suit les routes terrestres et maritimes et gagne la totalité du monde en six mois. Les estimations de décès par cette pandémie dans le monde entier varient selon la source entre 1,1 million de personnes mortes et 2 millions. En France, selon les évaluations de l'époque, elle aurait causé environ 15 000 morts. Plus récemment, certains médias évoquent des évaluations beaucoup plus élevées, allant jusqu'à un chiffre de 100 000 morts.
En 1957 les transports s'effectuent encore essentiellement par voie terrestre ou maritime, les media sont limités à des journaux et des télévisions d'Etat et les crises politiques voire les guerres prolifèrent (guerres d'indépendances en particulier). La France était dans la période des « trente glorieuses », se relevait de la deuxième guerre mondiale et après l'Indochine, affrontait les indépendances au Maghreb et en particulier la guerre d'Algérie. Tous ces facteurs et événements peuvent expliquer le peu de souvenir que nous avons d'une pandémie assez similaire à celle que nous vivons aujourd'hui et qui elle semble faire basculer le monde.
Alors que la médecine a fait des progrès considérables depuis 60 ans au point que certains rêvent au transhumanisme, pourquoi la pandémie du COVID 19 met-elle un frein brutal à ces progrès et remet en cause dramatiquement l'élan de ces dernières années ? La contraction du temps et de l'espace sont probablement des facteurs de ce bouleversement même si elle n'apporte qu'une explication et pas encore une réponse immédiate à la crise actuelle.
L'espace s'est en effet contracté en transformant la planète en un grand village grâce au développement exponentiel des moyens de transport, singulièrement du transport aérien. Avec une durée d'incubation de deux semaines, le virus transporté par l'homme peut parcourir la planète et se répandre avant que de quelconques mesures barrières puissent être mises en place. Le temps lui aussi s'est contracté avec l'existence des réseaux sociaux et des chaînes d'information en continu. En un instant, l'événement local devient mondial et nul ne peut échapper aux nouvelles qui heure par heure décrivent le drame qui se déroule dans les grandes villes du monde. Ce village mondial présenté plus haut qui est en fait à l'image de la « société développée ». Tout le monde oublie les nuages de criquets qui dévastent les récoltes de l'Est africain et feront certainement plus de morts que la pandémie. Les conflits sont oubliés et les cameras ayant brutalement fini de voyager montrent en permanence la mort à nos portes. Ce matraquage obscurcit la vision rationnelle des événements. Un regard objectif sur les chiffres n'est plus possible, seule l'émotion franchit le petit écran. Depuis longtemps la mort est devenue insupportable à nos contemporains. Derrière cette description de l'état de notre société et de sa passivité devant les événements, comment réfléchir aux leçons à tirer de cette crise ?
Le village mondial est là, les avions revoleront, les réseaux sociaux et les media ne s'arrêteront pas. L'Homme est celui par qui le virus est transmis, c'est en lui que doivent être trouvées les ressources pour limiter la crise et diminuer ses effets. En première ligne, bien sûr, le corps médical, admirable dans la lutte pour guérir voir prévenir, mais il soigne le corps, nous devons toucher l'esprit, retrouver la verticalité et la profondeur. La période actuelle de confinement peut permettre cette réflexion qui conduit à la résilience. Ainsi la première pandémie du XXIème siècle pourrait contribuer à renforcer notre société en remettant l'Homme au centre.
Gen (ret) Dominique Trinquand


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