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Le Maroc réactive les séquences juives dans son ADN
Publié dans L'opinion le 31 - 12 - 2020

Celui qui croyait que le deal obtenu le 10 décembre dernier, à coup de Génie Royal, n'était qu'un succès politique historique, en aura pour son compte. Au-delà de tout le retentissement local, régional et international, l'événement a vite bousculé, volé même la vedette à sa stricte dimension politique, pour s'ériger en grand événement social et médiatique.

Réseaux sociaux, chaînes de radios et de télévisions, organes de presse, artistes, cinéastes, opérateurs économiques, religieux...etc, sont en pleine effervescence, ici et ailleurs, mettant le focus, à l'occasion du nouveau rapprochement avec Israël, sur la dimension juive dans le social et le culturel marocains à travers les siècles.

Il était temps, tellement les départs massifs et successifs des juifs Marocains sous d'autres cieux, depuis près d'un demi siècle maintenant, a réduit la composante juive à un effectif suffisamment rare, pour faire naître de nouvelles générations de moins en moins au fait du véritable ADN socio-culturel de leur pays.

Les juifs Marocains à travers les siècles, n'ont jamais été une communauté renfermée et cantonnée dans une ville ou région précise de notre pays. Ils sont nés ici tout au long des temps et des siècles, parmi les musulmans arabes et amazighs.

Ils ont hébergé dans pratiquement toutes les villes du Royaume et exercé leurs cultes et leurs traditions, de la même façon que nous autres arabes et amazighs. Ils parlaient aussi bien l'hébreu, l'arabe que l'amazigh et avaient même l'accent distinctif de la ville ou de la région de leur hébergement.

La plus grande particularité du Maroc, qui a fait toute sa richesse distinctive à travers les temps, c'est cet art et cette manière séculaires du vivre ensemble dans un brassage et une fécondité culturelle exceptionnels. C'est cette diversité dans la fusion unitaire, c'est ce sentiment fortement ancré et partagé, d'appartenance à un seul et même pays, une seule et même société.

Qui parmi nous de ces générations nées avant les années soixante dix, n'avait pas un voisin juif ou un ami juif ou un client juif ou un fournisseur juif ou un transitaire juif ou un boucher juif ou un tailleur juif ou un médecin juif ou un pharmacien juif ou un bijoutier juif ou un collègue de travail juif, aussi bien dans l'administration que dans le privé ?

Qui parmi nous de ces générations, n'avait pas préparé des plats juifs, ou n'a pas mangé "S'khina" et "R'qaqa" chez une famille juive, ou n'a pas organisé ou souhaité organiser une fête avec un orchestre ou un chanteur juif?

À commencer par moi-même, pour être concret et direct, la première fille qui m'a attiré à l'âge de douze ans, était une très jolie juive que je croisait en ville nouvelle tous les dimanches matins, le lendemain du Shabbat, habillée en princesse, sans jamais avoir osé lui parler. Mon père avait des clients juifs. Les plus délicieuses saucisses de foie et rates fourrées au foie, persil, poivre et ails, à peine sorties du four bien grillées, que je mangeait à souhait, étaient de chez un boucher juif. Mon premier cadeau que j'ai offert à ma fiancée, était de chez Sarfati, un bijoutier juif. Ma plus Grande Ecole sur le plan professionnel, qui a imprimée ma carrière, était en tant que collaborateur direct de Albert Sasson, un juif très grand manager, très compétent, très droit, très intègre, très grand patriote. Et enfin, mon fils cadet a fait son collège et son lycée chez Assouline et Cohen au lycée Maïmonide, une institution juive de grande renommée, très selective et très peu coûteuse.

Tous ces évènements et toutes ces rencontres avec des marocains juifs, n'ont évidemment été le résultat ni de circonstances exceptionnelles ni d'un choix délibéré ni encore moins, de l'influence d'une quelconque personne de mon entourage. C'est le témoignage concret de la présence forte de la composante juive marocaine dans la société et la vie quotidienne marocaines.

Ceci dit, oui les annales de l'histoire culturelle de notre pays, nous révèlent que des étiquettes existaient bien dans le langage commun qui taxait le juif de juif, pour signifier soit qu'il n'est pas musulman soit qu'il est rusé.

Mais, ces mêmes annales nous apprennent que cette manie n'était pas à l'égard exclusif des juifs. On taxait bien les fassis de multiples qualificatifs, de même que les doukkalis ou les soussis ou les rifains ou les marrakchis ou les tangérois ou les sahraouis ou les oujdis ou les berkanais ...etc, selon une grille codée, de qualificatifs sociaux, établie par une conscience collective foisonnante depuis des lustres, à laquelle personne n'échappe, ne déroge.

À chaque ville, région ou famille même, ses étiquettes pour taquiner, plaisanter, insulter, ironiser. Ça faisait, ça fait encore et ça fera toujours, partie du culturel de ce peuple méditerranéen bon vivant, qui adore pour moult raisons, la blague, le rire, l'amusement, et qui a la capacité inouïe d'en créer les outils toutes les minutes, pour ce faire.

Le 10 décembre dernier a véritablement remué, secoué même, la mémoire collective des marocains musulmans et juifs, aussi bien au Maroc que dans ĺes différents pays du monde. Toutes les nostalgies ont subitement ressurgi à la surface de tous les cœurs, de toutes les langues, de tous les moyens d'expression et de communication, dont le présent article, pour réactiver des séquences dormantes de l'ADN d'un peuple fier de sa grande diversité séculaire.

Ce formidable exercice de mémoire, est incontestablement un moment fort pour renseigner nos jeunes générations sur leur véritable histoire, sur leur véritable culture, sur leur véritable société, dans leur riche, féconde et ancestrale diversité.

Ce formidable moment historique de retrouvailles, est également l'occasion rêvée, inespérée, pour que tous les atouts collectifs de ce grand peuple marocain, résidant au Maroc, en Israël et à travers le monde, dans toutes ses composantes confessionnelles, culturelles et sociales, soient investis et mis à forte contribution, sous l'Egide de notre Monarque Visionnaire, Rassembleur, Charismatique, pour l'atteinte de deux objectifs majeurs et pressants :

le développement économique et social, et le rayonnement international d'un Maroc conforté dans toute son intégrité territoriale du Nord, à l'Est et au Sud ;

la contribution décisive et sans intermédiaires mal intentionnés, au juste règlement d'un différend israelo-palestinien qui n'a que trop duré.

Le peuple palestinien a légitimement, étiquemment et humainement droit à son Etat indépendant et souverain avec Al Qods comme capitale.

Après le temps de plusieurs décennies de gâchis, de guerres fratricides et d'intermédiations partiales, négatives et contre-productives, ou de soutiens verbaux à distance, à des îlots de terres d'un peuple palestinien meurtri et disloqué sur des territoires qui se rétrécissent chaque jour davantage, le 10 décembre a sonné le temps d'une véritable chance pour une paix juste et durable au Proche-Orient. Le Maroc pluriel peut en être pour beaucoup.

Les générations aussi bien arabes que israéliennes, qui se sont succédé depuis les années cinquante du siècle dernier, sont fatiguées, épuisées, lassées de vivre dans un "passé permanent", jonché de haines, de menaces récurrentes et de préjugés. Elles aspirent et revendiquent leur droit à un "futur proche" porteur d'espérances, d'équité pour les palestiniens, de paix et de prospérité collective pour l'ensemble des peuples et des Etats de la région.

Il n'y a pas que les verbes que l'on peut conjuguer, les efforts aussi. La fatalité aveuglante et le fanatisme de tous bords, sont l'œuvre malveillante de médiocres incapables de perspectives, qui se complaisent dans la reproduction systématique d'une haine devenue leur fond de commerce, qui ne leur confère aucun droit de nous en faire les otages permanents.

Najib Mikou
Expert en Prospective et Etudes Stratégiques


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