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Automobile : Ryad Mezzour appuie sur l'accélérateur pour plus de valeur ajoutée
Publié dans L'opinion le 08 - 11 - 2021

Le Plan d'Accélération Industrielle (PAI) a permis de faire de l'automobile le premier secteur exportateur de l'économie marocaine, et de créer plus de 180.000 emplois en 7 ans. Pour le nouveau ministre de l'Industrie et du Commerce, Ryad Mezzour, il faut accélérer la cadence pour renforcer la valeur ajoutée et le taux d'intégration.
« Grâce à la vision et à la sollicitude de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, le Royaume est devenu le leader continental et une base automobile mondiale ». Ce constat est du nouveau ministre de l'Industrie et du Commerce, Ryad Mezzour, en visite jeudi 4 novembre chez l'Association Marocaine pour l'Industrie et le Commerce Automobile (AMICA). Pour le ministre istiqlalien, il est toutefois hors de question de lever le pied de l'accélérateur.
Au contraire, c'est le moment de passer à la vitesse supérieure. Et pour donner de l'élan et plus de puissance au secteur, Ryad Mezzour propose une stratégie basée sur trois grands axes : l'intégration locale en profondeur, la décarbonation de la production et l'intégration du capital marocain.
Cette stratégie, déclinée en concertation avec les industriels, vise à localiser de nouvelles commodités dans le secteur automobile, à alimenter les usines en énergies renouvelables et à faire émerger des champions nationaux dans l'automobile. Côté emploi, le ministre table sur la création de 80.000 postes en 4 ans.
Valeur ajoutée
Des objectifs qui rejoignent les attentes des opérateurs sur plusieurs plans. Car chez l'AMICA, un leitmotiv rythme le quotidien des industriels de l'automobile : combiner hausse du taux d'intégration et valeur ajoutée. « A vrai dire, ce qui nous intéresse, c'est la valeur ajoutée, beaucoup plus que le taux d'intégration », affirme Youssef Hedda, 2ème vice-président de l'AMICA.
En 2020, le secteur de l'automobile a réussi à réaliser un chiffre d'affaires de plus de 72 MMDH, dans un contexte de crise sans précédent. Loin des objectifs chiffrés, le véritable défi pour le Maroc est de renforcer son savoir-faire dans la chaîne de production.
Actuellement, le taux d'intégration dépasse les 60%. Le défi est de le porter à 80%, à l'instar de l'Inde et de la Chine. « Mais il reste encore du chemin à faire », fait-on savoir auprès de l'AMICA, même si, depuis l'installation de Renault en 2013, le Royaume est devenu un constructeur et fabricant de composants, qui exporte vers 74 pays à travers le monde, alors qu'il achetait à l'étranger 90% de ses besoins dans le secteur automobile.
Gagner en technologie
Plus techniquement, le cap est désormais mis sur trois niveaux de technologie. Tout d'abord, la maîtrise de la matière première, à savoir la disponibilité de produits comme le plastique technique, la formulation de la peinture métallique ou encore de l'aluminium.
Le deuxième savoir-faire à acquérir est lié à la fabrication de l'électronique embarqué. Là, il est question de pouvoir produire au Maroc des outils tels que l'ABS, les capteurs électroniques et autres gadgets technologiques qui améliorent le confort et la convivialité des véhicules. Enfin, le troisième aspect est lié à la décoration et à la sécurité du véhicule. « En un mot, nous avons encore besoin de technologie », résume-t-on à l'AMICA.
Ces objectifs ne sont pas hors de portée et doivent absolument être réalisés, car il y va même de la bonne santé de ce secteur, actuellement très impacté par la rareté de la puce électronique en provenance d'Asie.
Augmenter la masse
Toutefois, pour y arriver, il faut sensiblement renforcer la taille de la demande. « Nous avons commencé à accomplir des pas dans l'intégration technologique. Le ministère et les professionnels travaillent dans ce sens, mais il nous faut avoir de la masse critique pour les fabriquer », explique Youssef Hedda.
Il faut au minimum atteindre un million de véhicules pour pouvoir satisfaire un bon fonctionnement de la chaîne de production de certains de ces composants. C'est par exemple le cas des pneus. Il faut au bas mot pouvoir produire 4 millions de pneus par an pour lancer une usine de véhicules, soit un million de véhicules.
Or, actuellement, la capacité installée au Maroc est de 700.000 véhicules par an. Ce qui est très encourageant, mais demeure encore insuffisant. Dans ce cas, le salut pour les professionnels réside dans l'export.
Abdellah MOUTAWAKIL
Repères
Export : fructueux mais problématique !
Il est vrai que l'automobile est le premier poste exportateur de l'économie marocaine. L'export est d'ailleurs vu comme une roue de secours par les industriels, face aux capacités de production de véhicules encore limitées. Mais, l'export est en même temps jugé « problématique ». Surtout dans ce contexte de flambée des tarifs du fret maritime au niveau mondial. D'ailleurs, c'est toute la production automobile mondiale qui est sérieusement impactée par plusieurs pénuries, notamment de semi-conducteurs.

Crise des semi-conducteurs : la genèse
En parlant de semi-conducteurs, il faut savoir que la principale cause réside dans ce qui suit : lorsque les usines automobiles ont fermé en raison du Covid-19, les constructeurs ont annulé leurs commandes, histoire d'éviter de gonfler leurs stocks. Par la suite, la demande est repartie à la hausse en septembre 2020 beaucoup plus fort que prévu, notamment en raison de la demande en voiture électrique. Entre-temps, d'autres secteurs comme l'informatique (5G, PC et téléphones portables, etc.) en avaient profité pour augmenter leur demande. Conséquence : l'automobile s'est retrouvée dépassée
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Industrie
Développement express

C'est avec l'installation de Renault à Tanger en 2013 que le Maroc a commencé à être repérable sur la carte automobile mondiale. Cette arrivée n'était pas sans défi. « Il s'agissait du lancement d'un nouveau modèle, dans un nouveau pays et d'une nouvelle usine », rappelle-t-on auprès des professionnels.
Ces défis ont été rapidement surmontés, et un véritable écosystème industriel a émergé dans le pays en moins d'une décennie, et est devenu aujourd'hui le premier secteur exportateur de l'économie nationale. D'autres grands acteurs européens et asiatiques sont par la suite venus s'installer dans le royaume, à l'instar de Groupe PSA à Kénitra, qui a commencé ses exportations en 2019.
Aujourd'hui, on parle de l'arrivée probable de l'allemand Opel, pour y rejoindre la société Stellantis. Le groupe aurait menacé de délocaliser des tâches pour raisons de coût, selon le confrère allemand Hessenschau.

Production automobile
Cap sur l'électrique et le renouvelable

Le ministère du Commerce et de l'Industrie accorde une importance capitale aux énergies renouvelables dans les nouveaux standards de production automobile au Maroc. C'est ainsi que l'on parle désormais de la décarbonation de la production. L'objectif consiste à alimenter les usines en énergies renouvelables, pour ainsi optimiser le coût d'énergie. « Le Maroc dispose d'énergies renouvelables des plus compétitives au monde. Une partie sera mise à la disposition des opérateurs avec qui nous travaillons en étroite collaboration et en coordination avec les partenaires publics, pour établir une offre d'énergie verte compétitive », indique Ryad Mezzour.
Produire avec du renouvelable, mais aussi produire des voitures à l'énergie propre. Pour le ministre, « le Maroc s'est mis dans l'air du temps et a pris le virage de la mobilité durable et électrique qu'il compte développer davantage tout comme l'ensemble de ses nombreux acquis dans le secteur ».
Ryad Mezzour promet ainsi de « capitaliser sur tous ces acquis, sur les compétences de nos jeunes, des femmes et des hommes qui travaillent dans le secteur, ainsi que sur la confiance des plus grands leaders dont jouit notre pays pour faire du Maroc le hub le plus compétitif au monde ». En tout cas, le virage sur le renouvelable et l'électrique semble inévitable, au regard des enjeux actuels et, surtout, pour des besoins de souveraineté dans ce secteur si vital.

3 questions à Youssef Hedda, 2ème vice-président de l'AMICA
« Il faut produire un million de véhicules par an »

Pour Yousef Hedda, 2ème vice-président de l'AMICA, l'industrie automobile est crédible sur le plan mondial. Mais elle doit augmenter ses capacités de production afin de mieux servir de levier à son écosystème.
- Quelles sont vos attentes par rapport au nouveau gouvernement ?
- L'automobile est un secteur stratégique pour le Maroc. Il est porté par la volonté royale, ce qui fait que chaque gouvernement fait de son mieux pour concrétiser cette vision. L'automobile est une locomotive de l'économie nationale. Notre objectif est de réussir à produire un million de véhicules par an et de renforcer sensiblement le taux d'intégration qui se situe aujourd'hui à 65%. Nous avons besoin d'accompagnement et, à ce propos, nous travaillons avec le nouveau gouvernement sur de nombreux projets.
- Le Maroc est compétitif, mais comment l'être encore plus face à la concurrence ?
- Le Maroc est sur la carte mondiale de l'automobile. Les investisseurs dans ce secteur regardent le Maroc avec intérêt. En plus d'être un constructeur, le Maroc est un fournisseur qui fabrique l'ensemble des pièces dont on a le plus besoin au niveau mondial. Le Royaume est un acteur crédible dans la construction et la fabrication de composants, et qui exporte presque partout à travers le monde, notamment vers l'Europe et le marché américain.
- Cela dit, est-ce que vous, professionnels, vous vous en sortez ?
- Je peux dire que ça va, mais nous avons besoin d'augmenter les capacités de notre marché. Pour amortir les coûts de production, nous avons aussi besoin d'exporter. Dans notre secteur, les capacités de production sont gourmandes. L'automobile est une industrie basée sur le volume, alors que les marges sont serrées.
Recueillis par A. M.


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