Les pays riches et émergents du G20 devraient demander aux banques, accusées d'une prise de risque excessive, de constituer des réserves plus confortables, une exigence aux conséquences lourdes pour le secteur et l'économie mondiale. Le sommet de Pittsburgh qui s'est ouvert jeudi aura à son ordre du jour l'harmonisation des règles dictant ce que doivent avoir les banques dans leurs coffres par rapport aux montants qu'elles engagent. Les discussions, inconcevables avant la crise financière mondiale, des chefs d'Etat et de gouvernement sur ces sujets techniques montre leur importance pour l'économie en général. “Nous venons de vivre un immense effondrement financier parce que les banques n'avaient pas de coussin de sécurité en capital”, souligne Simon Johnston, ancien économiste en chef du Fonds monétaire international et professeur au Massachusetts Institute of Technology. Selon lui, il faudrait que les nouvelles règles triplent les normes de capital de réserve obligatoire pour les banques. M. Johnston et d'autres espèrent que de telles règles pourront empêcher la répétition d'une crise comme l'actuelle, due au fait que les banques avaient des capitaux propres nettement insuffisants pour faire face à la valeur de leurs actifs. Les perturbations qui s'en sont suivies ont provoqué la faillite de la banque d'affaires Lehman Brothers et raréfié le crédit dans le monde entier, retardant des projets d'infrastructures, étouffant des entreprises et exigeant l'injection de milliers de milliards de dollars dans le système économique par les gouvernements et les banques centrales. Mais les opposants au renforcement des normes soulignent qu'un excès inverse pourrait faire avorter la reprise économique. Il amputerait les bénéfices des quatre plus grandes banques américaines de pas moins de 30%, selon une analyse récente du Wall Street Journal.La profondeur de la crise a cependant imposé l'idée que les gouvernements devaient durcir les règles. En avril, le Conseil de stabilité financière (FSB), chargé par le G20 de réfléchir à l'harmonisation des réglementations financières, avait affirmé que les banques devaient constituer plus de réserves lors des périodes favorables.Il avait recommandé que les pays modifient leurs règles pour que “la qualité et le niveau de capital dans le système bancaire augmentent lors des périodes de conjoncture favorables et puissent être abaissés durant les périodes de tensions économiques et financières”.Le sommet de Pittsburgh a peu de chances d'édicter des règles détaillées, et la forme de celles sur lesquelles s'accordera le G20 est un sujet d'incertitude. Les pays européens appellent à la mise en oeuvre de l'accord de Bâle II, signé en 2004, déjà en vigueur dans l'Union européenne mais qui ne devrait pas l'être avant 2011 aux USA. Son principe est de contraindre les banques à détenir des fonds propres équivalant à 8% de leur base d'actifs.Washington a indiqué début septembre qu'il voulait que le G20 aille plus loin, sans avancer de proposition chiffrée.“Il y a une multitude de déclarations et d'intentions concurrentes”, note Nancy Bush, fondatrice de la société de consultants spécialisée dans le secteur financier NAB Research, qui prédit des changements profonds pour le secteur bancaire américain, avec “ces prochaines années, des niveaux historiquement élevés de capital”. Pour Edwin Truman, expert au cercle de réflexion sur l'économieinternationale Peterson Institute à Washington, l'architecture de l'accord importe moins que son exigence, le risque étant de ne pas placer la barre trop haut pour la Chine ou les économies émergentes. Etat d'alerte maximum Vitrines obstruées, écoles en congé, magasins fermés: c'est en état d'alerte maximum que le centre de Pittsburgh reçoit les dirigeants des pays du G20 alors que des protestataires de tous bords veulent faire entendre leur voix.“On est tous nerveux à cause de ces vélléités de manifestations. Tout le monde en parle depuis un mois et quand vendredi sera passé, on poussera un ouf de soulagement”, affirme Jane Moravec, une militante écologiste de 86 ans membre du Sierra Club, tandis que des policiers patrouillent à cheval devant le Centre de conférence où se tient la réunion.“Notre objectif est de ne pas être violent mais le G20 est une institution violente, anti-démocratique, qui prend ses décisions derrière des portes closes”, ajoute Noah Williams, jeune porte-parole de l'organisation Pittsburgh G20 Resistance Project (PGRP). Ce groupe a appelé jeudi à une manifestation non-autorisée vers le Centre de conférence. Alors que plusieurs dizaines d'organisations écologistes (Greenpeace, Three Rivers Climate Convergence), pacifistes (Ligue Internationale des Femmes pour la Paix et la Liberté, Code Pink) et altermondialistes ont engagé un bras de fer avec la municipalité ou la justice pour obtenir des permis de manifester, le petit groupe G20 Resistance Project a préféré se passer d'autorisation. ”On n'a pas besoin de demander l'autorisation des gens au pouvoir pour manifester. On ne va pas mendier auprès de ceux qui ont le pouvoir. On se fabrique notre propre pouvoir”, assure Noah Williams, qui, dans un quartier populaire de la ville, garde farouchement la presse à l'écart d'un atelier de formation où une trentaine d'anti-G20 se préparent au défilé. Vendredi, une grande manifestation autorisée est prévue.La veille du sommet, la police a arrêté 14 militants de Greenpeace qui avaient déployé d'immenses banderoles sur des ponts appelant à des mesures contre le changement climatique.Ils ont été inculpés de trouble à l'ordre public, conspiration, obstruction et possession d'objets en vue de commettre un délit, référence aux harnais utilisés par les grimpeurs pour déployer leurs banderoles.Le jeune maire de la ville, Luke Ravenstahl, 29 ans, qui brigue sa réélection en novembre, a appelé 4.000 policiers en renfort.