À Washington, la question du « polisario » s'invite désormais au cœur du débat sécuritaire américain, où des sénateurs alertent sur ses liens présumés avec des réseaux iraniens et sur ses implications dans l'instabilité du Sahel. Les déclarations du Sénateur américain, Ted Cruz, sur le statut du groupe séparatiste « polisario » ont pris une nouvelle ampleur à Washington après une audition officielle consacrée à la lutte antiterroriste en Afrique du Nord, tenue le mardi 3 février devant la sous-Commission du Sénat pour le Proche-Orient et la lutte contre le terrorisme, en présence de plusieurs sénateurs influents et de hauts responsables du Département d'Etat. À cette occasion, il a affirmé que « les activités terroristes au Sahel sont le fait du polisario, ce qui constitue une lacune importante dans notre stratégie antiterroriste ». Cette prise de position a été renforcée le lendemain dans son podcast « Verdict with Ted Cruz » publié mercredi 4 février 2026, dans lequel il est revenu longuement sur cette audition en expliquant comment cette question, selon lui, demeure largement méconnue du grand public américain alors qu'elle revêt une importance stratégique majeure pour la sécurité régionale et les intérêts des Etats-Unis. « Le front polisario est un groupe militant séparatiste fondé en 1973, soutenu par l'Algérie, opérant depuis les camps de Tindouf, et engagé dans une dynamique insurgée contre le Maroc », a-t-il rappelé, avant d'insister sur « la dynamique critique » qu'il attribue à l'implication de l'Iran. Dans ce podcast, Ted Cruz a affirmé que « l'Iran a commencé à déverser des ressources dans ce groupe » et cherche à « transformer le polisario en une sorte de Houthis d'Afrique de l'Ouest, une force proxy capable de mener une guerre pour menacer la stabilité régionale et faire pression sur les partenaires des Etats-Unis ». Il a ajouté que « chaque fois que l'Iran souhaite exercer une influence, le polisario collabore avec des groupes terroristes iraniens ». Le Sénat américain met à nu le « polisario » Le Sénateur a également rappelé qu'un projet de loi avait été introduit en 2025 par le membre du Congrès Joe Wilson visant à désigner le polisario comme organisation terroriste étrangère et que lui, de son côté « mène le combat au Sénat pour désigner le polisario comme un groupe terroriste ». Ajoutant : « Je pense que le polisario devrait être désigné comme un groupe terroriste, et j'ai préparé un projet de loi à cet effet », a-t-il martelé. Lire aussi : Le Sénat américain tire la sonnette d'alarme sur le caractère terroriste du « polisario » Lors de l'audition au Sénat, Ted Cruz a confronté deux hauts responsables de carrière du Département d'Etat sur des passages de leur témoignage écrit où ils qualifiaient l'Algérie de « pilier essentiel de la stabilité dans la région » et évoquaient la nécessité pour les pays d'Afrique du Nord d'empêcher « l'activité terroriste au Sahel de se propager ». Il leur a demandé explicitement si cette référence visait le polisario, affirmant que « l'Iran tente de transformer le polisario en Houthis d'Afrique de l'Ouest » et que le groupe « reçoit des drones du CGRI (corps des gardiens de la révolution islamique), déplace des armes dans la région y compris vers des djihadistes ». Face à ces interpellations, les responsables américains ont rappelé que la politique des Etats-Unis demeure axée sur « la recherche d'une résolution durable du conflit au Sahara » et que toute éventuelle désignation suit « un processus fondé sur les preuves, le droit et l'évaluation des menaces pour le territoire américain ». L'un d'eux a souligné que « si nous parvenons à une résolution, ce sera notre meilleure chance d'avancer vers la paix et la sécurité qui empêcheront une nouvelle activité terroriste ». Le masque tombe... Cette audition s'est tenue dans un contexte plus large où la question algérienne a également été évoquée par les sénateurs. La sénatrice Jeanne Shaheen a interrogé les responsables du Département d'Etat sur des informations faisant état de l'acquisition par le gouvernement algérien d'avions de combat russes et sur des discussions en cours pour en acquérir davantage. Robert Palladino, haut responsable du Bureau des affaires du Proche-Orient au Département d'Etat, a qualifié ces informations « d'inquiétantes » et a averti que « ce genre de transactions peut déclencher des régimes de sanctions américaines ». « Le gouvernement américain reste engagé à lutter contre les adversaires des Etats-Unis par le biais de régimes de sanctions » a-t-il déclaré, en précisant que ces développements « seront surveillés de près ». L'ensemble de ces échanges met en lumière une convergence de préoccupations exprimées au sein du Sénat américain concernant à la fois la dynamique sécuritaire au Sahel, les liens allégués entre le polisario et des réseaux liés à l'Iran, ainsi que les choix militaires de l'Algérie qui, selon les responsables américains, pourraient avoir des implications directes dans le cadre des mécanismes de sanctions prévus par la législation des Etats-Unis.