La suprématie du cinéma dans les pays démocratiques est bien cela : les cinéastes traitent de tous les problèmes politiques et sociaux sans afficher de réserves. Plus un pays met des tabous et des lignes rouges aux faiseurs de films, plus le système est taxé de totalitarisme voire de dictature. En Amérique comme en Europe, traiter de la vie privée et politique des chefs d'Etat, renforce la liberté d'expression dans ces parties du monde moderne. Que l'on se rappelle les nombreux films, américains et français, sur Kennedy, Lincoln, Nixon, De Gaulle, Mitterrand et bien d'autres présidents, objets de films généralement à grand succès. Le dernier titre qui rentre dans cette catégorie de films est « La Conquête », réalisé par Xavier Duminger et dont le sujet n'est autre que le président français Nicolas Sarkozy. C'est le deuxième long-métrage que consacre le cinéma français à son président après le film documentaire « Starko », écrit, et réalisé par Karl Zero et Daniel Derrata. Déjà dans « Starko », tout et dit, sur Nicolas Sarkozy, son parcours politique et ses aventures conjugales mais tout dans un ton de comédie. Le film est documentaire par l'image mais de fiction par le son ; dialogues et bruits compris. On reprend les vraies images du président, et on les commente à la manière, des guignols, ironisant sur le sort du président. Parfois on le saisit en flagrante contradiction de délit, tout en plaisir du spectateur riant du président. C'est la première fois que le cinéma français s'intéresse à un président de son vivant sachant que ce genre de films sont réalisés après la disparition des concernés. C'est ce qui s'est passé par exemple pour le général Charles De Gaules et le président François Mitterrand. Pour Nicolas Sarkozy, président d'une toute autre personnalité et d'un tempérament bizarre, selon les dires mêmes de Ségolène Royal, sa concurrente aux présidentielles, il méritait un traitement à chaud, à la mesure du personnage, énergique et mobile. Evidemment, « Starko », n'a pas suffi pour cerner ce personnage brillant à plus d'un égard, savourant les goûts de la politique comme ceux de la vie. Les documents du réel avaient leurs limites expressives. Sarkozy méritait mieux qu'un « vulgaire » film documentaire. Si sa femme fait du cinéma, c'est que le mari est déjà dedans. On ne pouvait trouver meilleur acteur, il suffit d'amplifier le personnage. C'est ce qui fut fait avec « La Conquête ». Le projet de base pour les producteurs de « La Conquête » consistait en un film totalement, différent. Ils ont imaginé une sorte d'uchromie débutant le jour de l'élection présidentielle de Sarkozy. Ce jour-là, il meurt dans un accident de voiture, la suite du film présente tout ce qui se passe en France durant les 40 jours qui suivent la mort de l'ex-futur président. L'idée fut vite abandonnée. Pour s'attaquer à la conquête du pouvoir de Nicolas Sarkozy, l'équipe, de production du film a décidé, dès le départ, de conserver les noms des personnages impliqués. Mais cela a suscité des difficultés liées à la légalité de ce choix, lequel a pu être maintenu. Au moment de l'écriture de « La Conquête », producteurs et scénaristes se sont mis d'accord pour contenir le récit en une journée, celle du second tour des élections présidentielles de 2007 les cinq années précédentes sont présentées sous forme de flash-back. Affaire à suivre.