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Karim Bennani... œuvres depuis 1950 : Une existence dans la fécondité
Publié dans L'opinion le 28 - 06 - 2013

L'un des piliers de la peinture marocaine, Karim Bennani initie actuellement une grande exposition itinérante qui traverse, outre son itinéraire artistique, plusieurs villes du Royaume, Rabat, Bab Rouah, Fès, galerie Mohammed Kacimi (février 2014 ), Marrakech, Musée d'Art contemporaine de la palmeraie et la galerie Rê (avril 2014) et Tanger, galerie d'Art d'Art (juin 2014).
Nous publions ici le texte que lui a consacré Tahar Benjelloun.
Il faut toute une vie pour acheminer une idée, une passion puisant ses sources dans l'inutile, dans la célébration de ce qui obsède l'œil et l'esprit scrutateurs. C'est passionnant de regarder le travail de Karim depuis ses premières toiles figuratives peintes au début des années cinquante jusqu'à ces acryliques sur papier marouflé où les formes sont des échappées à la turbulence des couleurs.
Toute une vie est à lire, à deviner, à regarder dans ces toiles où la recherche de la voie n'est jamais terminée, jamais acquise. La souplesse des formes, mouvantes, changeantes, jamais définitives rappelle que l'artiste tient à faire oublier ses années d'apprentissage, ses années d'études et de découvertes. Il fallait trouver son lieu, son espace, sa voix. Alors Karim abandonne le figuré pour entamer une longue marche à travers des styles différents. Dans les années où Karim a débuté dans la peinture, rares étaient les artistes engagés dans un mouvement d'affirmation de la présence des arts plastiques au Maroc. Quelques critiques et spécialistes européens jetèrent un œil discret ou même hautain sur les premiers peintres marocains qui faisaient ce qu'on appelait à l'époque de« la peinture naïve ».
Exécrable expression. Pour les peintres européens qui faisaient du « naïf», on disait « l'art brut».
Enfin, ce n'est que beaucoup plus tard que les artistes de l'Ecole des Beaux Arts de Casablanca et de Tétouan décidèrent de prendre leur destin en main et s'imposèrent par leur travail allant jusqu'à exposer leurs œuvres sur la Place Jamaâ el Fna et dans les Cours de certains lycées.
Cette épreuve de la visibilité allait ouvrir le champ à des initiatives et à de jeunes créateurs qui avaient besoin de communiquer leur travail sans complexes et sans protectorat.
Karim, plutôt solitaire, continue son chemin, intervenant aussi bien sur la toile que dans des espaces, passant de la peinture à la sculpture et sans perdre de vue la nécessité d'évoluer, d'explorer de nouvelles techniques, de tenter de nouvelles aventures picturales.
Il ne s'est jamais « installé », avec la certitude de celui qui sait. Non, Karim n'a jamais cessé de maîtriser, mais toujours là, une belle curiosité, les innombrables possibilités de la lumière.
Il est devenu l'artisan de ces méandres, de ces ouvertures multiples et étonnantes que réserve la clarté non visible à l'œil de celui qui la traque depuis plus de quarante ans.
La traversée de l'œuvre de Karim Bennani est faite de mouvements, c'est-à-dire de ce qui vit, ce qui charge, ce qui garde des secrets et qui ne se livre jamais entièrement. C'est en cela qu'elle est l'autre visage d'un pays et d'une culture.


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