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Souk Namoudaji carrefour de commerçants et artisans subsahariens
Publié dans L'opinion le 05 - 10 - 2013

Souk Namoudaji (marché type) de Bab Marrakech, angle boulevard des FAR rue Tahar Alaoui, Casablanca fait partie de ces nombreux marchés créés par les communes en vue de fixer les marchands ambulants et les organiser. L'expérience a montré que bien de ces marchés ont été des projets mort-nés. Il en est qui sont restés fermés des années à ce jour. Les exemples ne manquent pas à Bernoussi, Derb Ghallef, Lissasfa et autres quartiers périphériques. Le marché témoin de l'Arrondissement Sidi Belyout a certes vécu la même espèce de malédiction. Pendant longtemps les boutiques restèrent fermées. Ces toutes dernières années un mouvement inattendu a bourgeonné dans ce microcosme. Peu à peu la vie s'en empare et l'on se rendit compte que des ressortissants de pays de l'Afrique de l'Ouest avaient commencé à sous-louer à leurs locataires ces boutiques délaissées pour y entretenir une activité de commerce de produits d'origine de l'Afrique subsaharienne mais aussi des articles vestimentaires, des tableaux de peinture. Il y eut quelques rares artisans aussi et des gargotiers pour préparer, dans un espace de 6 mètres carrés, quelques repas typiquement subsahariens très épicés à base de riz, poulet et poisson séché. Ces activités sont en passe de changer totalement le lieu qui deviendra bientôt un point de rencontre de l'Afrique subsaharienne avec tout ce qu'il pourrait y avoir comme univers d'exotisme et d'échange civilisationnel. Le souk est approvisionné par des transporteurs qui traversent quatre mille kilomètres de route de Dakar à Casablanca de cinq jours. Dans ce lieu, on peut parfois faire des rencontres insolites comme cette présence de Haj Mamadou Guindo qui demeure à Oulfa. Sur sa carte de visite est indiqué « marabout malien de race Dogon » et propose « consultation sur coquillage, consultation sur sable, Istikhara de nuit et Khate Zunati ».
Il est vrai que derrière cette réalité faussement sereine, il y a aussi quelques nuages traduits dans cette réalité de tension parfois violente d'un locataire qui n'apprécierait pas l'installation des commerçants sénégalais, guinéens, maliens ce qui avait entrainé des relations de mauvais voisinage.
Fatou Adya fait partie des commerçantes du marché témoin de Bab Marrakech. Elle tient une boutique de produits divers importés du Sénégal produits alimentaires servant dans la préparation de plats de cuisine, produits cosmétiques etc.
« Je suis venue au Maroc en 2004 avec l'intention de partir en Europe, j'ai laissé à Dakar mon mari et mes deux enfants, et j'ai fait abandon de poste pour mon travail d'enseignante dans une école privée. Mon projet de passer le Détroit n'a pas abouti. J'ai travaillé au début avec un Marocain qui s'appelle Haj qui vendait des articles vestimentaires, il m'avait promis qu'on allait s'associer mais malheureusement la promesse n'a pas été tenue. Je me suis mise à mon compte. Je participe aux foires du Ramadan chaque année à la foire de Casablanca près de la mosquée Hassan II, et à d'autres foires aussi à El Jadida, Marrakech, je vends des produits sénégalais cosmétiques, cheveux naturels, miel pur, beurre de karité et d'autres produits ».
Comme d'autres, Fatou se plaint des prix de loyer des boutiques et y voit comme une conspiration contre l'installation des subsahariens.
« On est fatigué ici, dès qu'ils ont vu qu'il y a des travaux de réfection du marché, les propriétaires des magasins ont augmenté les prix, au début c'était pas cher, c'était mille deux cents dirhams et même moins, actuellement il y a des gens qui paient deux milles et jusqu'à deux mille huit cents même pour une toute petite boutique, d'un seul coup, comme ils ont vu que les ressortissants des pays de l'Afrique de l'Ouest sont venus s'installer dans le marché, les prix ont flambé, mais on ne gagne rien, parce que nous vendons pratiquement les mêmes produits, le marché est saturé, nous avons aussi du loyer à payer pour habiter, il faut manger et aussi amasser quelque chose pour envoyer à la famille.. »
Fatou dit être dans ce souk depuis bientôt trois ans.
« Je suis venue la première dans ce marché. Quand j'entends aujourd'hui certains dire qu'ils sont les premiers à avoir débarqué dans ce souk je rigole seulement, oui parfaitement, je le dis à haute voix ! A ma venue je vendais des vêtements, il n'y avait pas beaucoup de monde, ça a commencé à devenir nombreux depuis 2012 et 2013, les sénégalais sont plus nombreux ».
Une autre commerçante sénégalaise Aicha Sarr dit être venue au Maroc en 2007, qu'elle a travaillé d'abord dans le tourisme. « Par la suite je me suis dit il y a un marché là bas pourquoi ne pas y aller ? C'était un marché des arts avant avec des tableaux, des instruments de musique. Il y avait un Sénégalais qui s'appelait Mostafa, il travaillait avec un Marocain pour la couture, après il y a une dame qui est venue, elle s'appelait Mambinta qui vendait des cheveux naturels et des produits cosmétiques. Après il y eu Amina Tafal, il y a eu Maryem et après moi je suis venue, moi je m'appelle Mme Sarr née Aicha Touré, quand je suis venue, les boutiques étaient à mille dirhams le loyer et à cause des jalousies et concurrences, ils ont dit tout net c'est mille cinq cents. J'ai dit d'accord, je veux être en règle moi et travailler correctement. Les prix ont augmenté depuis jusqu'à trois mille dirhams aujourd'hui pour une petite boutique ! De huit cent dirhams à trois mille dirhams maintenant c'est trop. Quand j'ai dit à mes sœurs je veux ouvrir une boutique ici elles m'ont dit ah ! on préfère pas parce qu'il y a trop de conflits entre les Marocains et les Sénégalais. Certains racontent qu'on est venu prendre le travail des Marocains, c'est pas vrai. Il y a des Sénégalais à Casablanca comme il y a des Marocains à Dakar... ».
Aicha pense qu'il faut que les commerçants et artisans sénégalais s'organisent en étant bien représentés au sein de l'Association des ressortissants sénégalais. Une réunion était prévue pour renverser l'ancien bureau jugé pas représentatif.
A côté des boutiques de coiffeuses l'un des artisans qui attire l'attention est un tailleur arcbouté à sa machine à coudre avec, exposées, de nombreuse tenues vestimentaires féminines typiquement sénégalaises. C'est Mohamed Diongue de Dakar.
« J'avais l'intention de partir en Europe, mais ça n'a pas marché. C'est mon frère qui a loué cette boutique, il m'y a laissé pour revenir à Dakar. J'ai des clients guinéens, burkinabés ».
L'un des aspects de communication civilisationnel c'est l'art culinaire. Les restaurants sénégalais ne sont pas légion. Dans le souk, il y a plusieurs gargotes pour servir des plats bon marché destinés aux commerçants et leurs aides. Dans la médina intra muros, un petit restaurant sénégalais vient d'ouvrir depuis deux mois à peine, rue Naciria, géré par une femme sénégalaise Moussou Sarr originaire de Mouroisie région de Dakar. Des plats de riz au poisson et riz au poulet, soupe kangui sauce au gombo sont proposé à un tarif unique pour chaque plat 35 DH.
L'un des rares restaurants qui répondent aux normes avec pignon sur rue, est La Teranga Sénégalaise Chez Doudou. Il existe depuis cinq ans boulevard des FAR à proximité de l'hôtel Farah. Nogaye Sene, jeune sénégalaise tient ce restaurant avec sa famille. Elle avait effectué toutes ses études depuis le primaire avec les Marocains ce qui fait que quand elle parle en darija on la prend pour une Marocaine, pas l'ombre de doute. Impossible de deviner qu'elle est sénégalaise, qu'elle parle le wolof et le pulaar en plus du français et l'arabe.
« En plus de la communauté sénégalaise nous avons beaucoup de clients marocains qui reviennent parce qu'ils apprécient la cuisine sénégalaise, ils nous demandent les recettes pour préparer chez eux des plats sénégalais, après ils reviennent et disent ne pas être parvenu à des résultats de même goût ! » (Rires).
A Ain Sebaa, près de Marjane, Gorgui Ndoyé sa femme vivent dans un appartement loué à 1.800 Dh. Sur la porte une feuille blanche est accrochée avec inscription en forme de menu d'un restaurant indiquant les plats du jour. Le couple vit de l'activité de cuisine adressée à la communauté subsaharienne du quartier en préparant des plats de cuisine sénégalaise pour de nombreux clients.
« Nous travaillons dans l'informel en attendant de trouver les moyens d'avoir un petit local ».
Selon A.D. ancien étudiant sénégalais, travaillant dans le privé et résidant depuis près de vingt ans au Maroc, insiste sur la particularité des relations ente le Maroc et le Sénégal.
« Entre le Maroc et le Sénégal il n'y a jamais eu de visa, un marché comme Souk Namoudaji s'explique par le fait que depuis quelques années le nombre des ressortissants sénégalais a été multiplié par dix au moins. Du coup l'importante communauté sénégalaise a besoin de s'approvisionner en produits en provenance du Sénégal par exemple pour préparer des plats de cuisines de chez soi ce qui est exactement mon cas. Avant, le voyage par avion du Sénégal au Maroc était plus pratique, mais le billet d'avion est devenu trop cher entre 6 mille et 7 mille dirhams, assez dissuasif pour les déplacements. Par la suite un corridor routier s'est ouvert reliant le Sénégal au Maroc en passant par la Mauritanie, c'est la fameuse transsaharienne, plus de 4 mille kilomètres à traverser en cinq jours. Les gens ont compris qu'ils pouvaient emprunter cette route pour faire le commerce entre le Maroc et le Sénégal, pour voyager au lieu de payer 7 mille dirhams pour le billet d'avion on paye au plus 1500 Dh, le flux migratoire en provenance du Sénégal a commencé à exploser, ainsi les commerçants sont venus, la communauté s'est élargie, on était une communauté d'environ 5 mille personnes il y a une quinzaine d'années, actuellement on parle d'une communauté sénégalaise de cinquante mille personnes, ça été multiplié par dix au moins...»


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