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La francophonie sera économique ou ne sera pas
Publié dans L'opinion le 30 - 11 - 2014

Les 29 et 30 novembre 2014 se tiendra à Dakar - Sénégal , le XVe sommet de la Francophonie. Il aura pour thème : « Femmes et Jeunes en Francophonie : vecteurs de paix, acteurs de développement ».
L'Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) compte 77 États et gouvernements, membres ou observateurs, répartis sur les cinq continents, soit le tiers des pays du monde, regroupant plus de 890 millions de personnes, et un peu moins de 13% de la population du globe. En outre, selon les statistiques officielles:
-l'ensemble francophone représente, aujourd'hui, 20% du commerce mondial;
-les échanges commerciaux entre les pays francophones totalisent le quart de leur commerce mondial total;
-les investissements effectués par les pays francophones représentent le quart des investissements mondiaux.
Il s'agit donc d'un ensemble doté d'un poids majeur dans l'économie mondiale, riche de sa diversité géographique et culturelle, et partageant une langue commune.
Mettre en valeur l'apport culturel francophone dans l'ensemble mondial est indiscutablement une haute priorité pour l'OIF, en raison de la richesse du patrimoine francophone, aujourd'hui menacé par la progression fulgurante de l'anglais, en particulier dans les inforoutes, et dont la disparition serait une perte pour la culture mondiale qui doit converger vers une civilisation de l'universel, chère à Senghor, riche de sa diversité, où chaque sensibilité culturelle apporterait dans la calebasse ce qu'elle a de meilleur.
L'objectif de construire un espace économique francophone intégré doit-il recevoir la même priorité ? Le monde ne réduirait-il pas globalement son potentiel de croissance et de bien-être si, au lieu de s'ouvrir pleinement, chaque espace linguistique chercherait d'abord et avant tout à s'unir économiquement ? Tous les pays ayant rejoint l'OIF accepteraient-ils unanimement d'accélérer la marche vers l'intégration économique ?
Car l'OIF est d'abord et avant tout une organisation politique qui œuvre en faveur de la paix, de la démocratie et des droits de l'Homme dans le monde. Mais, elle a également pour mission, en vertu de la Charte adoptée en 2005, de contribuer au « renforcement de la solidarité entre les pays membres, par des actions de coopération multilatérale, en vue de favoriser l'essor de leurs économies ».
Cette solidarité entre pays membres est un principe fondateur de la communauté francophone, en raison de la diversité des situations de ses membres. Elle s'impose d'autant plus que les populations dont la langue maternelle n'est pas le français, et qui proviennent de presque tous les pays membres de l'OIF autres que la France, le Canada, la Belgique et la Suisse, n'ont a priori aucune raison de faire de la défense de la langue française un impératif de long terme. La promotion de leur propre langue et de leur propre culture nationale étant, en principe, leur priorité absolue.
Pour que les populations africaines, asiatiques ou de l'Europe centrale et orientale s'identifient, sans contrainte et de manière enthousiaste, à l'espace francophone, il y faut donc plus que la promotion du patrimoine culturel et linguistique francophone, en faisant de celui-ci un levier de croissance économique et de développement durable et solidaire. Très clairement donc la francophonie économique possède un fondement légal et légitime à la fois. C'est ce qui a fait dire au Secrétaire général de la Francophonie, le président Abdou Diouf, que «la Francophonie est dans son rôle lorsqu'elle s'occupe de l'économie».
Mais, tout en étant juridiquement et politiquement fondée, la francophonie économique en serait-elle pour autant justifiée du point de vue de l'efficacité économique. Plusieurs considérations permettent de répondre par l'affirmative.
D'abord, la diversité géographique des pays membres de l'OIF est un facteur de compétitivité internationale dans le nouvel environnement de la mondialisation. Car elle développe la curiosité et pousse à rechercher une meilleure connaissance des marchés régionaux qui sont en train de se constituer dans toutes les sphères du globe.
Ensuite, un pays francophone donné, exploitant opportunément les affinités dérivées du partage d'une langue et de l'appartenance à une organisation internationale commune, possède, à priori, dans un autre pays francophone, toutes choses égales par ailleurs, un avantage compétitif par rapport à un pays tiers non francophone, dans la concurrence pour l'accès au commerce et à l'investissement.
Au surplus, l'augmentation des possibilités de commerce et d'investissement que génère potentiellement l'appartenance à l'ensemble francophone, améliore le bien-être des pays du Sud comme des pays du Nord, membres de la Francophonie.
De surcroit, la présence, au sein de l'OIF, de pays très avancés ou à revenu intermédiaire joue un rôle d'ancrage et exerce un effet positif sur l'amélioration de la gouvernance économique des pays moins développés qui, bon gré malgré, sont influencés par la diffusion des expériences et pratiques en vigueur chez les premiers.
Enfin, la diversité des pays membres de l'OIF prépare les citoyens de ces pays à mieux tenir compte des relations inter-culturelles lorsqu'ils font des affaires avec le reste du monde. De ce fait, elle favorise, à travers les échanges économiques, une meilleure compréhension et un meilleur respect entre les peuples du monde, ainsi qu'un meilleur humanisme.
Au total donc, l'appartenance à la Francophonie confère un certain avantage, dans le contexte de la mondialisation. C'est ainsi qu'il faut comprendre l'attractivité qu'exerce l'OIF auprès des nombreux pays qui veulent la rejoindre.
Reste à savoir comment exploiter et optimiser cet avantage potentiel de l'espace économique francophone.
D'abord un constat. Aujourd'hui, beaucoup parmi les pays membres de l'OIF continuent d'être comptés parmi les pays pauvres. Relever ce défi de la pauvreté et du sous-développement est devenu une nécessité, pour permettre aux pays membres de la Francophonie de bénéficier des opportunités nouvelles qu'offre la mondialisation.
L'OIF doit non seulement travailler à comprendre les causes profondes de la pauvreté, mais aussi apporter son appui pour leur prise en charge effective. Le document de Cadre stratégique de l'OIF a bien pris en compte cet impératif en insistant toutefois sur le rôle propre des États. Pour sa part, la Francophonie peut et doit agir à plusieurs niveaux :
- Promouvoir la bonne gouvernance et les bonnes pratiques;
- Soutenir les partenariats d'affaires et l'insertion des pays pauvres dans l'économie mondiale;
- Appuyer le financement d'initiatives de développement;
- Contribuer au développement de l'entreprenariat au sein de la Francophonie.
La mise en œuvre effective des idées ainsi formulées exige que le futur Secrétaire général de l'OIF en soit le champion qui saura favoriser une synergie entre les dimensions culturelle et politique, qui ont, jusqu'ici, été mises en avant au sein de la Francophonie, et la dimension économique devenue incontournable pour préserver l'idée francophone dans le futur. Aucun des candidats déclarés d'ailleurs ne nie ce fait. Tout l'enjeu consiste donc pour celui qui succèdera à Abdou Diouf, à pouvoir articuler ces multiples dimensions;. Ce qui requiert une personne d'expérience.
Aussi l'OIF, doit passer à la 2ème vitesse et développer une vraie société des droits humains. Cela commence par le rapprochement avec l'Education et l'Enseignement pour favoriser l'apprentissage des bases juridiques à l'Ecole pour asseoir une culture effective, mettant l'Homme au cœur du développement humain.
La Crise que connait le Monde, n'est pas la cause des maux de l'Afrique, elle en est la conséquence.
En effet la maladie de l'Afrique, s'appelle l'inadaptation de ses économies à un monde en train de basculer vers d'autres cultures, qui font fi de l'Homme et de ses besoins culturels.
Les francophones et à leur tête les Français, n'ont plus le monopole de l'Intelligence dans son sens le plus large. Des pays notamment d'Asie et d'Amérique, ont émergé entre temps. Ils constituent désormais de véritables concurrents pour les pays francophones.
Ensuite la France, d'un côté est beaucoup plus rattachée à l'Europe de la monnaie partagée, l'Euro, à 18 ou plus, devant un grand marché à 28 ou plus, le nouveau Commonwealth avec le Royaume -Uni et aussi un jour, sans doute la Turquie .
C'est pourquoi, l'Afrique, qui est le creuset des champions sportifs notamment, peut constituer la nouvelle frontière de la francophonie et offrir une grande opportunité économique, doublée également d'une exigence géopolitique.
La France, qui s'est investie dernièrement avec ses enfants -soldats, dans des combats douloureux, mais nécessaires pour protéger les valeurs de Paix, de stabilité est en train de reprendre sa place africaine à la Chine. Peut-on rêver d'une grande initiative de développement humain africain partagée ? En Commençant par l'élection de l'Africain M. Henri Lopes, le candidat de l'Afrique centrale, qui dispose à coup sûr des atouts lui permettant de réussir, harmonieusement, l'OIF aura entamé cette transformation.
*Avocat, Président de l'Union Mondiale Francophone du Cyclisme
**Ancien Directeur de Cabinet adjoint du Président de la République du Sénégal


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