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Un point de vue de France... sur «l'affaire Saâd Lamjarred »
Publié dans L'opinion le 31 - 10 - 2016

Le véritable séisme qui secoue le Maroc avec l'arrestation, la mise en examen et la mise en détention provisoire de la star de la chanson a provoqué une émotion et des réactions qui, si elles sont compréhensibles, ne doivent pas se transformer en une hystérie où l'on affirme tout et n'importe quoi.
Nous ne sommes pas dans un match de foot où chacun supporte son équipe en souhaitant la victoire de l'une sur l'autre. Nous ne sommes pas au stade, et encore moins au cirque ou dans une arène où on hurle et vocifère. Du calme donc.
C'est sérieux, très sérieux. Essayons de comprendre.
La justice est saisie, laissons-là faire son travail. Et rappelons quelques règles simples.
Saâd Lamjarred, à ce stade de la procédure, est présumé innocent. Jusqu'à ce qu'un verdict soit rendu, personne ne peut dire qu'il est coupable de faits pour lesquels il est «mis en examen», même s'il est actuellement en détention provisoire. D'abord, la détention provisoire n'est pas une exception française. Elle est en usage aussi au Maroc. Il existe aussi (dans les 2 pays) l'interdiction de quitter le territoire, avec contrôle judiciaire. Mais alors, pourquoi est-il en détention ?
Dans l'affaire dont nous parlons, la police (contrôlée par le Parquet, c'est-à-dire le procureur de la République) a interrogé SL dont la «garde à vue» (le temps où il ne peut sortir des locaux de la police) a été prolongée à 48 heures afin de permettre des investigations et des vérifications. Comme tout mis en cause, SL a bénéficié de l'assistance d'un avocat et il n'a fait l'objet d'aucune violence de la part de la police. Ses déclarations ont été enregistrées sur procès-verbal et il a pu s'expliquer. La police a aussi entendu la plaignante, des témoins, en prenant soin de noter tous les détails qui pouvaient confirmer ou, au contraire, infirmer les faits. Contrairement à ce que l'on peut penser, une enquête de police est faite à charge et à décharge. Bref, tous ces éléments ont été transmis au procureur et ont fait l'objet d'un rapport de synthèse. Le procureur a estimé qu'il y avait assez de charges pour mettre en cause SL et le présenter à un juge d'instruction, qui, comme son nom l'indique, va «instruire» (c'est-à-dire «apprendre»). C'est lui qui va pouvoir ordonner des actes judiciaires comme par exemple la saisie de bandes vidéos, l'exploitation de téléphones mobiles, la confrontation entre plaignant et mis en cause, des expertises, perquisitions, recevoir et examiner toutes les demandes des avocats, etc, etc... A la fin de son instruction, le juge rédigera une ordonnance (en fait il détaille sa décision) qui renverra le mis en cause devant un tribunal qui le jugera, où il prononcera un «non-lieu» (il estimera qu'il n'y a pas de motif à faire passer le mis en cause devant un tribunal). Et là encore, une instruction se fait «à charge et à décharge», c'est-à-dire que le juge recueille tous les éléments, qu'ils soient en faveur ou non de l'accusé (le «mis en cause»). Il est donc possible que SL soit mis hors de cause à l'issue de l'instruction. Possible mais pas certain. Ajoutons qu'il existe une «chambre d'instruction», composée de 3 juges, qui peut être saisie par les avocats si ils contestent le travail du juge d'instruction. Les droits de la défense sont donc bien réels et garantis.
SL a donc été présenté à un juge d'instruction qui lui a expliqué qu'il ouvrait une «instruction» au sujet de faits. Ensuite, le procureur ayant demandé, au nom de l'Etat, la détention de SL, il a été entendu avec ses avocats par un autre juge, le juge de la détention et des libertés. Il a longuement écouté les trois avocats. On parle de 4 à 5 heures, ce qui est exceptionnel. Le juge a ensuite ordonné la détention provisoire du mis en cause. Il a sans doute estimé ne pas avoir de garantie que SL (ressortissant marocain) ne quitterait pas la France si il était soumis à un contrôle judiciaire. Le fait que SL, relâché sous caution aux USA, avait fui le pays pour ne pas comparaître devant un tribunal n'a sans doute pas plaidé en sa faveur...
Résumons : garde-à-vue par la police, sous contrôle du procureur. Assistance d'avocats. Inculpation pour «viol aggravé» et «violences aggravées» (l'alcool et la drogue sont des circonstances aggravantes). Ouverture d'une instruction par un juge. Demande de détention provisoire du procureur. Acceptation par le juge de la détention et des libertés de la demande de détention provisoire. Le maximum de la peine encourue pour «viol aggravé» : 20 ans (au lieu de 15 pour un viol «simple»). Il ne s'agit pas d'un délit mais d'un crime qui relève de la Cour d'assises. Présomption d'innocence jusqu'au jugement définitif (un condamné qui fait appel est présumé innocent jusqu'au jugement en appel mais peut être maintenu en prison). La détention provisoire ne pourra pas dépasser 2 ans. (A priori, il sera jugé dans quelques mois, cela dépendra des actes judiciaires demandés par le juge et des demandes formulées par les avocats de SL et de la plaignante).
Et maintenant ? Une instruction est en cours. Tout le monde sera entendu. Tout sera examiné.
Actuellement, seuls SL, la plaignante et Dieu savent la vérité. Ni vous, ni moi ni personne n'est capable d'en dire plus. Il est donc urgent de laisser la justice faire son travail. Ce qu'on peut lire sur le net (pour ou contre SL) est affligeant de bêtise et de haine. Certains par exemple dans la course au buzz ont annoncé sa libération jeudi soir avec des photo-montages ! Se sont-ils demandé ce que sa famille ou ses proches avaient pu ressentir comme espoir et comme déception ensuite ? Les «interventions», les manifestations, les pétitions, les disques de soutien, les hurlements, les blablas, ne servent à rien, sinon à compliquer la situation. Les juges -heureusement- sont indépendants et ne reçoivent pas d'ordres. Ils sont là pour que la vérité puisse se manifester. Et cette vérité (coupable ou pas) sera de toute façon dure à accepter pour les uns ou les autres. Et pourtant, il le faudra bien. Dans les deux cas, des gens seront déçus, amers, referont l'histoire, réinventeront l'enquête, imagineront le scénario qui les arrangera ou leur permettra d'avoir raison malgré tout. Tout le danger est là, hélas. Des familles sont dans l'épreuve. Elles attendent, plus que quiconque, la vérité. Respectons-les !
Dans quel monde vivons-nous ? Beaucoup veulent profiter de l'évènement pour se montrer, ont l'impression d'exister enfin, de gagner en notoriété ou même en argent (course à l'audimat, organisation d'évènements payants «au profit de», etc...). L'être humain n'est-il plus capable de sang-froid, de réflexion, d'intelligence, de remise en question, en un mot : d'honnêteté ? Ne devons-nous agir que sous le coup de l'émotion, du buzz, de l'actualité, des images, du web, sans nous soucier de l'autre et de nous poser les questions de fond ? Sommes-nous à ce point manipulables ? En attendant, on ne parle plus guère de la pauvreté, des migrants, de la montée des extrêmes, des martyrs d'Alep...
Et si c'était ça, le vrai complot ?
*(Lecteur de «L'Opinion » et plus largement de la presse marocaine)


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