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Conseil National
La grande messe biannuelle de l'Istiqlal
Publié dans L'opinion le 23 - 04 - 2019

* L'Istiqlal dénonce la démission non-déclarée du gouvernement * Après l'article 103, le Parti appelle El Othmani à appliquer l'article 101imposant un bilan d'étape * Le Conseil National a exprimé son profond regret quant à la lourdeur des condamnations prononcées à l'encontre des détenus des événements d'Al Hoceima
Evénement majeur et très attendu par l'ensemble des militants Istiqlaliens, le congrès du Conseil national qui se réunit deux fois par an, en avril et en octobre, constitue le creuset de la démocratie interne du parti. De par la variété des intervenants qui y prennent part, il reflète cette diversité d'opinions et de points de vue qui fait toute la richesse du débat partisan. Plongée dans le Parlement interne de l'Istiqlal et synthèse des débats auxquels il a donné lieu.
En cette matinée pluvieuse du dimanche 21 avril, la route qui mène de Rabat vers le complexe artisanal El Oulja à Salé est quasi-déserte. Réputés pour leur tempérament casanier, rares sont en effet les Rbatis et les Slaouis qui ont bravé la météo maussade, préférant sans doute rester chez eux, bien au chaud. La circulation est donc des plus fluides, du moins jusqu'au niveau du Complexe artisanal d'El Oulja où un bouchon se profile à l'entrée du parking. Une centaine de véhicules dont les plaques minéralogiques indiquent leurs provenances diverses, de toutes les villes et régions du Royaume, entrent au compte-gouttes dans l'immense aire de stationnement. En quelques minutes, tout le monde trouve place et des petites foules en grappes commencent à se constituer, sous un ciel partiellement nuageux qui charrie de temps à autre de petites ondées.
Personne ne semble en avoir cure. Accolades et embrassades se succèdent marquant les retrouvailles entre les militants de l'Istiqlal visiblement impatients de prendre part aux travaux de la session d'avril. La foule, aussi hétéroclite que massive, composée d'hommes et de femmes, de jeunes et de moins
jeunes, de citadins et de ruraux, se dirige alors vers la grande salle où le Secrétaire Général du parti, M. Nizar Baraka, doit présenter un exposé politique autour des sujets brûlants de l'actualité. Par signe de déférence et de respect, les jeunes, assez nombreux, laissent la priorité aux femmes et aux anciens. La salle de conférence se remplit presque en un clin d'œil, tandis que la liste des questions et des interventions est validée.
Dans cette messe biannuelle du parti, les attentes sont nombreuses et les militants qui ont afflué des quatre coins du pays sont légion à vouloir faire entendre leurs voix et celles de leurs régions. Les jeunes ne sont pas en reste, conscients qu'ils sont du rôle du Conseil National en tant que précieuse tribune à travers laquelle la notoriété et la visibilité au sein du parti se construisent au gré des prises de parole et des discours enflammés.
"Les jeunes doivent être au cœur du développement. Une large proportion de notre société est composée par la jeunesse. Il n'est plus question de l'exclure des politiques publiques", confirme Fayçal Fatih, 36 ans, militant istiqlalien et professeur universitaire originaire d'Oujda." Les jeunes marocains ont le droit d'assumer leur part de responsabilité, que ce soit à l'échelle politique, économique ou sociale. À cet égard, on salue fièrement l'ouverture du Parti de l'Istiqlal sur la jeunesse. Il y a quatre jeunes membres dans le Comité Exécutif. La Jeunesse Istiqlalienne, pour sa part, vise l'adhésion d'un million de membres", ambitionne-t-il. Notre interlocuteur, comme d'ailleurs le reste des occupants de la salle, passe au mode silence, lorsque le Secrétaire Général du parti accompagné des membres du Comité exécutif et de la présidence du Conseil National font leur entrée dans la salle, marquant le début de la session.
Comme à l'accoutumée, celle-ci est inaugurée par une allocution du Secrétaire Général du parti. D'emblée, M. Nizar Baraka annonce la couleur, précisant que le cercle du mécontentement social et la vague des grèves s'élargissent, parallèlement aux revendications croissantes, aux attentes légitimes et au recul des prestations dans le secteur de la santé et de l'enseignement. Les propos de M. Baraka sont ponctués par les applaudissements d'une assistance visiblement acquise à ce constat légitime. D'autant plus que le SG du parti poursuit son exposé en mettant l'index sur des problématiques réelles, affectant l'ensemble des Marocains et principalement la jeunesse. «La détérioration du pouvoir d'achat et l'incapacité d'assurer l'employabilité des lauréats des écoles des ingénieurs et des centres de formation professionnelle dénotent d'une situation alarmante qui tend à s'aggraver du fait de la surdité et de l'insouciance du gouvernement, mettant ainsi à mal le climat de confiance nécessaire à une bonne gouvernance», déplore M. Baraka. Au lieu de remédier à cette situation et de mettre en œuvre rapidement les solutions qui s'imposent, fait-il savoir, «cette majorité gouvernementale qui a l'opportunité d'être la première dont le mandat n'est pas marqué à mi-chemin par des élections, ce qui accentue sa marge de manœuvre et lui permet d'avoir les coudées franches, s'embourbe au lieu de cela dans les guerres de clans et les calculs pré-électoralistes avant terme».
M. Baraka rappelle à ce propos «la loi de finances rectificative élaborée et présentée par l'Istiqlal en juin 2018 en vue justement d'apporter une alternative à la passivité du gouvernement, et résorber, un tant soit peu et de manière anticipative, les tensions sociales qui se sont exacerbées durant les dernières semaines». Malheureusement, cette proposition était restée sans réponse avec le résultat que l'on connaît aujourd'hui. Ce qui conforte le choix du Parti de l'Istiqlal de se positionner en tant que parti d'opposition nationaliste. "Il y a un an, lors du Conseil National, nous avions pris la décision de nous positionner dans le rang d'une opposition responsable et nationaliste qui priorise l'intérêt du pays et promeut les demandes sociales avec une profondeur territoriale. Aujourd'hui, le temps nous a donné raison et nous enregistrons un bilan satisfaisant, marqué par une panoplie de mesures et d'alternatives réalistes», se réjouit le SG du Parti de l'Istiqlal, avant de déplorer : «Une année après, les causes qui ont motivé notre choix restent malheureusement les mêmes. En l'occurrence : l'approfondissement des disparités sociales et spatiales, le dysfonctionnement des politiques publiques détachées des besoins des Marocains, ainsi que l'atermoiement dans la mise en œuvre des réformes».
A ce propos, quelques interrogations légitimes s'imposent: à quand la loi organique sur la grève ? Qu'attend le gouvernement pour l'installation du Conseil national des langues et de la culture marocaine avec comme ligne de mire la mise en œuvre de la loi organique sur la langue amazigh ? Pour quand l'activation de la charte des services publics ? Idem pour le transfert des prérogatives aux Conseils régionaux pour une activation concrète de la loi sur la régionalisation avancée ? Qu'en est-il de l'engagement du gouvernement de plafonner les prix des hydrocarbures ? Face à l'ensemble de ces questions pressantes qui animent l'opinion publique marocaine, le silence du gouvernement et son atermoiement deviennent de plus en plus pesants et inquiétants. «Nous assistons à une démission non-déclarée du gouvernement. Ce qui place le pays dans une situation d'enlisement qui nous fait rater beaucoup d'opportunités. La régression des IDE de 30 % par rapport à l'année précédente en est un exemple flagrant", précisera à ce propos M. Baraka dont l'exposé remplit l'assistance d'enthousiasme. Notamment lorsqu'il invoque la démarche du parti appelant à l'application de l'article 103 de la Constitution : «Nous avons interpellé le chef du gouvernement pour qu'il applique l'article 103 de la Constitution, en liant le vote de la loi-cadre sur l'éducation à un vote de confiance du Parlement dans l'Exécutif».
Cette démarche, comme l'expliquera M. Baraka aux membres du Conseil National de son parti, n'avait pas pour objectif de provoquer la chute du gouvernement, elle visait simplement à lui rappeler ses carences et son manque de cohésion. «Notre positionnement de parti d'opposition nationaliste et responsable nous impose de veiller à la stabilité du pays dans un contexte régional et international trouble. Notre volonté n'était donc pas de dissoudre sa majorité, mais de lui rappeler ses responsabilités. De la même manière, nous appellerons, par le biais de notre groupe parlementaire, à appliquer l'article 101 qui stipule que le chef du gouvernement se doit de présenter, devant le parlement, un bilan d'étape de l'action gouvernementale, à son initiative ou à la demande du tiers des membres de la Chambre des Représentants ou de la majorité des membres de la Chambre des conseillers". Une annonce qui sera saluée par l'ensemble des participants du Conseil National.
Sur un registre plus optimiste, le Secrétaire Général du Parti s'est félicité du dynamisme qui a marqué les activités de l'Istiqlal entre les deux Conseils nationaux (octobre 2018/avril 2019). Notamment les rencontres populaires dans les régions de Béni-Mellal et de Khénifra autour du thème du développement rural et montagnard, ainsi que la tournée dans la province de Larache et ses communes, durant laquelle l'Istiqlal a revendiqué un plan spécifique pour les zones excentrées. M. Baraka s'est également réjoui de la tournée historique dans les provinces du Sud marquée par une affluence massive des populations locales, notamment à Laâyoune et à Dakhla. Tournée dont le rayonnement a transcendé les frontières du pays et généré un effet remarquable et salutaire sur la crédibilité des positions marocaines concernant la cause nationale. Et justement, concernant le dossier du Sahara marocain, M. Baraka a salué les efforts de la diplomatie marocaine et le renouvellement triomphal des accords agricoles et de pêche entre le Maroc et l'Union Européenne, revigorant le partenariat stratégique entre les deux parties. Il s'est également félicité du maintien du positionnement du Maroc sur le continent africain et du contenu du dernier rapport du Secrétaire Général de l'ONU et de sa conviction que la solution à la question du Sahara est possible, ajoutant que «le plan d'autonomie, sous la souveraineté marocaine, constitue indubitablement une proposition pragmatique». Le SG du Parti de l'Istiqlal a appelé, à ce titre, les Marocains séquestrés dans les camps de Tindouf à rejoindre la Patrie pour contribuer au processus démocratique et aux différents programmes de développement dans les provinces sahariennes. Ce sont à peu près ces mêmes thémaiques que l'on retrouvera dans le rapport final publié par le Conseil National qui a par ailleurs exprimé son profond regret quant à la lourdeur et la sévérité des condamnations prononcées à l'encontre des détenus des événements d'Al Hoceima.
A la fin de l'exposé de M. Baraka, nous sommes allés à la rencontre des membres du Conseil National pour sonder leurs impressions et attentes. Fatma Bakkar, membre du Conseil régional de Dakhla, nous a ainsi exprimé sa satisfaction que "la femme marocaine soit présente dans tous les secteurs de la vie politique, économique et sociale, au sein et en dehors du parti, contribuant avec fierté au progrès du pays". Et d'ajouter que les rencontres de Laâyoune et Dakhla, comme l'a démontré le Secrétaire Général, reflètent le degré de mobilisation des citoyens des provinces du Sud et leur engagement pour la défense de l'intégrité territoriale. Notre interlocutrice a conclu son intervention en mettant le point sur l'importance de "promouvoir le statut de la femme rurale, de lutter contre le chômage des jeunes diplômés et d'assurer la parité, sans s'astreindre à des mécanismes de discrimination positive".
Pour sa part, Houssam, trentenaire, originaire d'Agadir et journaliste au site électronique "wassitpresse", a tenu à évoquer l'important volet de la transparence au sein des rouages du Parti, avant de préciser que la jeunesse constitue un levier majeur dans la dynamique du Parti, et cela depuis sa création. Dans ce sens, il a rappelé avec satisfaction que la moitié des membres du Conseil National sont des jeunes et que ce choix partisan de donner plus d'espace aux jeunes est visible dans toutes les institutions parallèles, précisant l'importance de l'encadrement des jeunes dans les domaines politique et social. Plus tard dans la journée, lors des de la séance des débats et des interventions, celles-ci étaient marquées par un franc-parler remarquable. Sans faux semblants, ni autocensure, les intervenants qui se sont relayés au pupitre jusqu'à dix-sept heures, n'ont pas hésité à évoquer des sujets sensibles et problématiques concernant notamment le fonctionnement du parti et ses futurs challenges. La plupart ne semblaient guère se soucier du risque de déplaire et ce sont encore les jeunes qui ont animé le débat. Ce qui montre, si besoin est, que la relève est certainement assurée au sein du Parti.
Samir Zerradi
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L'exposé de M. Nizar Baraka lors du Conseil National, ainsi que son allocution de clôture, le dimanche 21 avril, étaient axés sur plusieurs volets et thématiques avec une dimension politique, économique, sociale et enfin
partisane. Florilège et grandes lignes des interventions du Secrétaire Général :
«Compte tenu du fait que les sessions des Conseils nationaux se tiennent en parallèle avec l'agenda de l'ONU sur le dossier du Sahara marocain, la nouvelle dynamique de publier deux rapports par an nécessite de notre part une vigilance permanente au niveau régional, continental et international. Ceci tout en saluant les acquis accumulés par les différentes composantes de la diplomatie marocaine, notamment dans le continent africain».
«Les contrats-programmes dans les provinces du Sud qui enregistrent une cadence économique très notable sont un vecteur d'encouragement et un signal fort adressé aux Marocains dans les camps de Tindouf afin qu'ils rejoignent la Patrie et y participent au processus de développement et de démocratisation».
« Nous exprimons notre honneur et notre gratitude de la confiance de Sa Majesté le Roi Mohammed VI qui nous a investi de la mission de porter un message au président de la Mauritanie, ce qui démontre la volonté du Souverain pour renforcer les relations bilatérales et l'intégration maghrébine».
«Nous saluons les débouchés positifs relatifs au renouvellement du partenariat gagnant-gagnant avec l'Union Européenne au niveau de l'agriculture et de la pêche, et la forte mobilisation des habitants des provinces sahariennes dans la défense de la souveraineté marocaine. Cette conviction et ce consensus se sont traduits massivement lors de la tournée du Parti dans les provinces du Sud, pour réitérer la mobilisation des citoyens autour de l'intégrité territoriale».
«Le choix de se positionner dans les rangs de l'opposition avec un rôle d'opposition nationaliste a été un choix réaliste et judicieux, compte tenu du fait que les mêmes raisons qui nous avaient poussé à faire ce choix, restent inchangées».
«Le Parti a fermement défendu l'école publique et l'éducation gratuite pour tous les Marocains, ainsi que l'alternance linguistique, en garantissant à la langue arabe sa place constitutionnelle».
«Le Parti demandera à travers son groupe parlementaire l'application de l'article 101 de la Constitution relatif à la présentation d'un bilan d'étape du gouvernement».
«La proposition d'une loi de finance rectificative du Parti s'avère aujourd'hui pertinente compte tenu des actuelles tensions sociales et du mécontentement ambiant quant au bilan décevant du gouvernement marqué par les nombreux chantiers législatifs en suspens».
«Les membres du Conseil National doivent s'unifier sur les constantes et les valeurs du Parti et s'impliquer davantage dans le travail partisan afin d'assurer la politique de proximité pour défendre les revendications des Marocains».


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