Lorsqu'il monte sur le trône le 23 juillet 1999, S.M. le Roi Mohammed VI hérite d'un Royaume aux fondations solides mais aux tensions visibles. Le Maroc de la fin des années 1990 est marqué par une relative stabilité politique, mais aussi par une crise sociale latente, un système institutionnel cloisonné, et une société civile encore en ébauche. L'image du pays à l'international est prudente, inscrite dans une diplomatie de non-alignement et dans une économie dépendante, en quête de souffle nouveau. À 35 ans, le nouveau souverain incarne une promesse : celle d'une modernisation sans reniement, d'une ouverture maîtrisée, et d'une transition monarchique sans rupture brutale. Très vite, les symboles changent. Le jeune roi abandonne les tenues traditionnelles au profit du costume occidental lors des cérémonies officielles, multiplie les visites dans les quartiers populaires et s'adresse directement aux Marocains dans un ton apaisé. Dès son premier Discours du Trône, prononcé le 30 juillet 1999, le ton est donné : « Nous poursuivrons avec détermination l'édification d'un Etat de droit, de justice sociale et de démocratie ». Sa Majesté le Roi Mohammed VI met l'accent sur les questions sociales, le développement humain, les droits des femmes et l'inclusion territoriale. Cette orientation ne fait pas l'unanimité dans les premiers cercles. Elle suscite même, selon certains observateurs, des résistances sourdes dans une administration encore largement conservatrice. Mais les premiers signes concrets apparaissent vite. En 2000, la création du Conseil consultatif des droits de l'Homme prend un nouvel élan. En 2004, la commission I'Instance Equité et Réconciliation est mise en place, un acte inédit dans le monde arabe. En 2003, malgré les attentats de Casablanca, Sa Majesté le Roi maintient le cap d'une réforme de fond : en 2004, la réforme de la Moudawana est adoptée, consacrant de nouveaux droits pour les femmes. Lire aussi : Le Maroc de Mohammed VI : un Royaume stratégique au cœur de l'Afrique du XXIe siècle Une diplomatie discrète mais en recomposition Dès les premières années, un redéploiement diplomatique se dessine. Le Maroc, alors concentré sur son ancrage européen et méditerranéen, amorce un mouvement de retour vers l'Afrique, amorcé par des Visites Royales au Sénégal, au Gabon ou en Guinée entre 2001 et 2005. Ce n'est pas encore une stratégie continentale, mais les jalons sont posés. En parallèle, les liens avec les Etats-Unis se renforcent : le Maroc devient en 2004 le premier pays africain à signer un accord de libre-échange bilatéral avec Washington. Sur le plan intérieur, la réforme avance par étapes : loi sur les partis politiques en 2006, INDH lancée en 2005, nouvelle impulsion à l'AMDH et au CNDH, et structuration du champ religieux L'objectif n'est pas de bouleverser leverser le pacte monarchique, mais de l'élargir, en intégrant progressivement les nouvelles couches sociales et les jeunes, tout en conservant un Pouvoir Royal central. Vers un Maroc socialement plus présent La décennie 2000–2010 est aussi celle où l'Etat investit les territoires marginalisés. S.M. le Roi Mohammed VI multiplie les visites dans les régions rurales, inaugure écoles, dispensaires, routes, plateformes agricoles. Une méthode se dessine : Sa Majesté le Roi devient la figure du projet, du déplacement de terrain, du catalyseur local. Ce style contribue à renforcer l'image d'un pouvoir proche, sans délégitimer l'architecture centralisée du pays. Loin d'un règne triomphant, les années 2000–2010 apparaissent aujourd'hui comme une décennie fondatrice. Le Maroc s'ouvre au monde, prépare des réformes sociales de long terme, entame un retour diplomatique vers le Sud, et assoit une nouvelle Figure Royale : moins rhétorique, plus opérationnelle ; moins juriste, plus bâtisseur. C'est cette posture qui permettra au Royaume d'aborder les secousses du printemps arabe de 2011 avec une relative sérénité. Car à ce moment-là, le socle de confiance avait été préparé. Discrètement, mais méthodiquement. Du retour à l'Afrique à la conquête des alliances globales Lorsqu'il prend les rênes du Royaume en 1999, S.M. le Roi Mohammed VI hérite d'une diplomatie marocaine encore marquée par le legs hassanien : alignement prudent sur les grands équilibres nord-sud, méfiance vis-à-vis de l'Union africaine après le retrait de 1984, centralité du dossier du Sahara, et priorité donnée aux relations bilatérales avec la France, les Etats-Unis et les monarchies du Golfe. Un quart de siècle plus tard, le Maroc est devenu un acteur global, capable d'articuler une présence active en Afrique, en Méditerranée, dans le monde arabe, et au-delà, en Asie, en Amérique latine et dans les enceintes multilatérales. Cette mue diplomatique ne s'est pas faite par rupture, mais par inflexion stratégique. Elle repose sur une conviction constante : la projection internationale du Royaume doit être multiscalaire, souple et souveraine. S.M. le Roi Mohammed VI l'a rappelé dans son discours du Trône du 30 juillet 2016 : « Notre politique étrangère est fondée sur la constance des principes et la capacité d'adaptation aux mutations du monde ». Le tournant africain constitue le socle de cette reconfiguration. Dès 2001, Sa Majesté le Roi multiplie les visites officielles en Afrique de l'Ouest et centrale, initiant une diplomatie de proximité fondée sur le co-développement, l'investissement, la formation et la coopération religieuse. En janvier 2017, après plus de trois décennies d'absence, le Maroc fait un retour remarqué au sein de l'Union africaine (UA). Ce retour est le fruit d'une campagne diplomatique soutenue, marquée par des dizaines d'accords bilatéraux, des investissements stratégiques et une offensive d'influence dans les enceintes régionales. Le Maroc ne s'est pas contenté de réintégrer les institutions africaines : il y a assumé des fonctions de leadership, présidant le Conseil de paix et de sécurité (2022), lançant l'Initiative Atlantique (2023), et soutenant activement la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF). Diplomatie arabe : Entre constance et repositionnement Sur le plan arabe, S.M. le Roi Mohammed VI a maintenu un cap d'équilibre entre solidarité panarabe et affirmation d'une voix indépendante. Le Maroc a renforcé ses liens avec les monarchies du Golfe, notamment à travers le partenariat stratégique Maroc–Conseil de coopération du Golfe (2011), tout en gardant ses distances avec les tensions internes à cette région. Le Royaume a soutenu la cause palestinienne tout en opérant, en décembre 2020, un tournant historique : la reprise officielle de ses relations diplomatiques avec Israël, dans le cadre d'un accord tripartite avec les Etats-Unis. Cette décision, saluée par l'administration Trump, a été accompagnée par la reconnaissance américaine de la souveraineté du Maroc sur le Sahara. La relation avec l'Union européenne (UE), historiquement privilégiée, a connu des phases de convergence et de crispation. Si les accords commerciaux et de pêche ont été renouvelés à plusieurs reprises, les différends autour du Sahara, les restrictions de visas (France, 2022), et les scandales de lobbying à Bruxelles ont ravivé certaines tensions. Pourtant, l'Europe reste un partenaire central. Josep Borrell, haut représentant de l'UE, l'a résumé lors de sa visite à Rabat en octobre 2022 : « Le Maroc représente pour l'Union européenne un pôle essentiel de stabilité politique et économique dans une région clé ».