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Qui est réellement le général Mohmed Mediene ?
Publié dans MarocHebdo le 12 - 10 - 2012

MYSTÈRE. Le nom du général Mohamed Mediene revient en force comme étant celui qui prépare la succession du président algérien Abdelaziz Bouteflika, dont l'état de santé se dégrade chaque jour davantage.
Un haut responsable marocain de la sécurité a fait un jour ce constat: «Les généraux algériens sont médiocres, heureusement pour le Maroc...» Diagnostic commenté en faisant référence à leur absence de projet, de vision aussi et qui met en relief leur seule préoccupation en dernière instance: durer, gérer le statu quo, la psychorigidité se déployant tant au-dedans qu'au dehors -au Maghreb en particulier.
Des institutions sont pourtant en place; elles ne trompent personne et cette façade-là n'est qu'un leurre. L'armée est et reste depuis un bon cinquantenaire le socle du régime. Une génération d'apparatchiks militaires est ainsi au cœur du pouvoir. Mais en allant plus loin, c'est un appareil sécuritaire qui est le dispositif de décision et de régulation. Hier, la toute puissante Sécurité militaire (SM), alors dirigée par Kasdi Merbah; aujourd'hui le Département du Renseignement et de la Sécurité (DRS), entre les mains du général Mohamed Mediene, dit Toufik, et ce depuis 1990.
Un long parcours. Cinquante ans dans l'ex-SM et au DRS. A 73 ans, pourtant malade et diminué, il est encore là. Archétype d'une Algérie emblématique de l'homme-institution qu'il est devenu. Son nom? Les officiers évitent de le citer et l'appellent “l'homme au cigare" par référence à son addiction pour les Cohiba cubains. Il nourrit volontiers depuis des lustres le mystère autour de sa personne -sa photo est pratiquement introuvable, au nom du culte du secret.
“L'homme au cigare"
Qui est-il? Quel a été son parcours? Et quel est son rôle? Natif du petit village de Timezrit (Kabylie) en 1939, il obtient un certificat d'études dans une école de Bab el-Oued (Alger). Il est ensuite mousse dans la marine et le voilà débarquant dans un port libyen en 1957. Il rejoint l'Armée de libération nationale (ALN) et suit une formation militaire à l'école des cadres de l'ALN près de la ville tunisienne du Kef. Parmi ses instructeurs, Khaled Nezzar, officier déserteur de l'armée française avec une vingtaine d'autres... Engagé dans une unité combattante, il y côtoie les frères Ahmed et Mohamed Betchine, dont le second fera carrière avec lui dans la SM. En 1961, il est recruté par le MALG (ministère de l'Armement et des Liaisons générales) de Abdelhafid Boussouf, qui a monté les services secrets algériens avant l'indépendance.
De cette époque date son pseudonyme de Toufik. Après un premier stage en Tunisie, il fait partie de la promotion baptisée “Tapis rouge" formée par le KGB (services secrets soviétiques) à Moscou. Avec l'indépendance, le voilà dans l'équipe de Kasdi Merbah, patron de la SM, lequel l'affecte comme officier de sécurité dans la 2ème région militaire (Oran) dirigée alors par Chadli Bendjedid. Il y est avec Larbi Belkheir, alors chef d'état-major de ce commandement régional.
Porté à la présidence, en 1979, Chadli Bendjedid le fait nommer à la SM puis en 1982, durant deux ans, comme attaché militaire à Tripoli. De retour à Alger, après un passage à la Direction centrale du génie militaire, Larbi Belkheir lui confie alors la direction du Département des affaires de défense et de sécurité (DADS), chargé de la coordination, au niveau de la présidence, des services de sécurité. Après les événements sanglants d'octobre 1988 à Alger, il est placé à la Direction centrale de la sécurité de l'armée (DCSA). Il succède ensuite à Mohamed Betchine à la tête de la SM et baptise celle-ci Département du renseignement et de la sécurité (DRS). Colonel, il est promu général -il est aujourd'hui général d'armée, le plus haut grade dans l'ANP (armée nationale populaire). Il en fait l'organe supérieur de la sécurité avec sous sa tutelle la DCSA, la Direction de la documentation et de la sécurité extérieure (DDSE) ainsi que la direction du contre-espionnage (DCE) de Smain Lamari.
La corruption instrumentalisée
Toufik restructure complètement le DRS, l'entourant d'opacité. Ce qu'a relevé l'ambassadeur américain à Alger, Robert S. Ford, qui, malgré la coopération antiterroriste, révèle que le DRS était un groupe «ombrageux et paranoïaque avec lequel il est très difficile de travailler» (mémorandum du 22 janvier 2008, Wikileaks).
Dans son système de gouvernance, si l'on ose dire, Toufik ne veut ni réformer ni développer son pays: son crédo est de le gérer, de faire perdurer le statu quo du régime tel qu'en lui-même depuis un demi-siècle. La corruption institutionnalisée? Il ne la combat pas, mais il l'instrumentalise. Elle est un moyen de pression sur les uns et les autres, civils ou militaires. Ainsi, il a fait nommer des responsables notoirement corrompus pour s'assurer leur allégeance. Tel le général Abdelkader Kherfi, à la tête de la Direction de la sécurité intérieure (DSI) -qui a remplacé l'ex-DCI de Smain Lamari- qui est l'une des plus importantes structures du DRS. Tel encore le général-major M'henna Jebbar, patron de la DCSA, dit “El-Fartass", qui avait dirigé le Centre territorial de recherche et d'investigation (CTRI) de Blida, impliqué dans l'assassinat des moines de Tibéhirine.
Tout mettre en œuvre pour assurer la pérennité du système et continuer le partage de la rente entre les “ayant-droits" autoproclamés depuis des décennies: voilà les fondamentaux du DRS. Dans le même temps, cet appareil sécuritaire a veillé à recruter, à cibler des profils et à être une sorte de DRH du régime. Un Ahmed Ouyahia, Premier ministre sous Liamine Zeroual puis sous Bouteflika, a été ainsi recruté dès 1974 alors qu'il était encore étudiant à l'ENA d'Alger. Tant d'autres -ambassadeurs, préfets, responsables d'entreprises publiques,... - sont éligibles au même cursus.
Hier comme aujourd'hui, Toufik a été le “faiseur de rois" en Algérie. Son rôle dans l'adoubement de Bouteflika en 1999 peut être appréhendé en plusieurs séquences.
La première a été de barrer la route au général Mohamed Betchine après l'annonce de la démission de Liamine Zeroual, en septembre 1998. Cet officier avait un poste-clé auprès de l'ex-président et il visait la direction du nouveau parti -le Rassemblement National Démocratique (RND), dirigé par Ahmed Ouyahia et soutenu par l'armée, tous deux estimant que cette formation ouvrait le sas de la candidature à la présidence. Toufik arrive à disqualifier Betchine en faisant fuiter plusieurs dossiers à scandale. Ne restait plus qu'à faire le montage du candidat Bouteflika jusqu'à son élection en avril 1999.
S'agissant de l'évaluation de la lutte antiterroriste, celle-ci reste largement sujette à caution. Le mouvement islamiste n'a pas été éradiqué, même si la propagande officielle s'échine à le réduire à une place “résiduelle". Il était partie prenante dans la coalition gouvernementale jusqu'à la fin 2011; il est présent à l'Assemblée nationale avec le MSP (Mouvement de la société pour la paix), de Aboujerra Soltani, et Ennahda; il campe dans l'opposition légale avec le Front pour la Justice et le Développement (FJD), de Abdallah Jaballah, mais aussi dans l'opposition clandestine avec les anciens du FIS; enfin, il se distingue dans une opposition violente et terroriste avec Al-Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI).
Montage du candidat Bouteflika
Mais il y a plus. Les bouleversements intervenus dans la région par suite du “Printemps arabe" attestent de l'autisme du DRS. Sa propagande a tenté de présenter obstinément la révolution libyenne comme l'expression du “sionisme international". Cette campagne n'a cessé durant des mois de faire croire que la chute du régime Kaddafi allait s'accompagner par la prise de pouvoir d'Islamistes et leur mainmise sur l'arsenal militaire libyen. Enfin, la situation actuelle dans l'espace sahélo-saharien atteste de l'échec du DRS avec la sanctuarisation et du terrorisme dans la région.
Les élections législatives, voici quelques mois, témoignent de l'incapacité du système à opérer un changement puisque le FLN et le RND se sont vu octroyer une large majorité. L'option attendue d'une ouverture vers le pôle islamiste modéré n'a pas été retenue. Un dernier réflexe d'un régime qui, par nature, n'est pas amendable. Le statu quo grâce au DRS? Plutôt une rigidité culturelle et politique liée à une génération septuagénaire qu'un abîme continue de couper d'une dialectique démocratique et sociale irrépressible