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Quand Ban Ki-moon se recadre
Publié dans MarocHebdo le 17 - 04 - 2015

Le secrétaire général de l'ONU présente son rapport sur le Sahara marocain
[quote font= »1″]Révision. Le rapport de Ban Ki-moon au Conseil de sécurité, le jeudi 16 avril, a été accueilli avec satisfaction par Rabat. Contrairement aux dernières années, il replace le dossier dans le strict périmètre qui lui avant été assigné par les résolutions successives de la haute instance onusienne depuis avril 2007.[/quote]
Assurément, c'est avec intérêt que le Maroc et tant d'autres pays attendaient la publication du rapport de Ban Ki-moon au Conseil de sécurité sur la question du Sahara. Il y a eu, en effet, lors des deux années écoulées tant de débordements de sa part, de celle de son envoyé personnel, Christopher Ross, et même de certains fonctionnaires de son propre secrétariat que l'on était en droit d'être sourcilleux à ce sujet. Globalement, il a été accueilli avec satisfaction par Rabat et il replace le dossier dans le strict périmètre qui lui avant été assigné par les résolutions successives de la haute instance onusienne depuis avril 2007.
Après ce rapport, daté du vendredi 10 avril 2015, le calendrier qui va suivre se décline autour de deux autres dates: une réunion formelle du Conseil de sécurité, le jeudi 16 avril, puis une autre, une dizaine de jours plus tard, pour délibérer et adopter une nouvelle résolution. Celle-ci va reprendre le "draft" de Ban Ki-moon quant au processus de règlement et proroger de nouveau pour une année le mandat de la Minurso jusqu'au 30 avril 2016.
Fermeté et détermination
"Droit dans ses bottes", ferme et intransigeant sur ses positions, le Royaume n'a pas fait montre de rigidité ni de refus du dialogue.
Premier responsable de cette question nationale, S.M. le Roi a fait montre de fermeté et de détermination, et ce à plusieurs circonstances. Dans son discours de la Marche Verte en date du 6 novembre 2014, le Souverain a été ainsi on ne peut plus clair et catégorique: «Le Sahara restera une partie du Maroc jusqu'à la fin des temps». Et de préciser encore, dans cette même ligne que «le fait que le Maroc a choisi de coopérer de bonne foi avec toutes les parties ne doit pas être interprété comme un signe de faiblesse et ne devait pas être utilisé comme un moyen de demander plus de concessions», et que, en dernière instance, «l'initiative d'autonomie est le maximum que le Maroc peut offrir pour parvenir à une solution définitive à ce conflit régional».
Le dossier était alors en "stand-by". Christopher Ross n'avait effectué aucune visite dans la région depuis le début de l'année 2014. Quant à la Minurso, elle n'avait plus de représentant personnel de Ban Ki-moon à sa tête par suite du départ de l'Allemand Wolfang Weisbrod-Weber le 31 juillet et du refus d'agrément par Rabat de sa remplaçante, la Canadienne Kim Bolduc. C'est que celle-ci avait été nommée deux mois auparavant sans que les consultations d'usage aient été menées avec le Maroc. La résolution 2152, en date du 29 avril 2014, s'articulait autour de deux points importants. Le premier fixait au mois d'octobre un rapport d'étape sur l'état d'avancement du processus de règlement.
Rejet de toute modification
A ce sujet, et Ban Ki-moon et Christopher Ross n'ont pu que faire un "briefing" informel devant le Conseil de sécurité pour relever le blocage de la situation. Quant au second, il avait trait à une évaluation des résultats de la nouvelle approche de Ross –"navettes" diplomatiques et rencontres informelles pour mesurer ses résultats. Qu'en est-il aujourd'hui de ces annonces? Force est de faire ce constat: Ban Ki-moon n'est plus dans cet état d'esprit. Les "quatre non" du discours royal du 6 novembre restent la trame centrale de ce dossier: rejet de toute modification de ce conflit régional, présenté comme une affaire de décolonisation; opposition à toute tentative de réviser les principes et les paramètres de négociation et, partant, de l'élargissement du mandat de la Minurso à la surveillance des droits de l'Homme; refus de la complaisance à l'égard «de la véritable partie à ce conflit et à son exonération de ses responsabilités» –l'Algérie…; enfin, la dénonciation du parallèle et de l'égalité de traitement entre le Maroc, Etat internationalement reconnu et membre des Nations Unies depuis 1956, et un mouvement séparatiste caractérisé par l'état de non-droit dans ses camps à Tindouf. C'est l'entretien téléphonique entre S.M. le Roi avec Ban Ki-moon, le 22 janvier 2015, qui a permis de débloquer la situation. Le chef de l'Exécutif onusien a ainsi donné des assurances fermes quant à la neutralité, l'objectivité et l'impartialité des responsables de l'ONU. Sur ces bases-là de clarification et de recadrage, le Maroc a, en retour, confirmé son engagement de soutien et sa pleine coopération à la mission de facilitation de l'envoyé personnel Christopher Ross. Celui-ci a ainsi repris sa mission le 11 février 2015, cinq jours après l'arrivée de Kim Bolduc, reçue, elle aussi, officiellement à Rabat avant de rejoindre son poste à Laâyoune. Clarification et recadrage A la suite du rapport de Ban Ki-moon au Conseil de sécurité, les termes mêmes de la question nationale se reposent dans des conditions qui n'auraient jamais dû être mises en équation comme ce fut le cas en particulier en 2014. Ban Ki-moon a rendu hommage aux «pas positifs» du Royaume pour ce qui est de la protection des droits de l'Homme, y compris pour ce qui est de la réforme du code de justice militaire. De plus, il n'a pas fait droit à l'extension du mandat de la Minurso au monitoring des droits de l'Homme. Il a aussi ignoré les demandes insistantes de l'Union africaine pour s'impliquer dans le processus de règlement alors qu'elle n'a aucune qualité juridique ni morale à ce sujet.
Mais le Secrétaire général de l'ONU va encore plus loin en demandant pour la première fois le recensement des populations de Tindouf, jusquelà obstinément refusé par l'Algérie et les séparatistes. Pourquoi une telle attitude qui ne permet pas d'identifier les Sahraouis d'origine? Parce que les chiffres donnés par ces parties tournent autour de 165.000 réfugiés alors que les ONG ne retiennent que 70.000 environ.
Statu quo injustifiable
Mais aussi parce qu'un chiffre aussi gonflé permet le détournement à grande échelle de l'aide alimentaire étrangères. Ban Ki-moon invite instamment les parties à redoubler d'efforts en soulignant que ce dossier est posé depuis quarante ans et que «rien ne justifie le maintien du statu quo". Il a également fait état de «la frustration croissante des Sahraouis» et de «l'expansion des réseaux criminels et extrémistes au Sahel et Sahara», menaçant la stabilité et la sécurité dans cette région.
Le moins significatif dans ce rapport n'est pas le doute qu'il exprime sur la méthode Ross, en relevant qu'il est «trop tôt pour dire si la nouvelle approche choisie par Ross portera ses fruits». Quand Ban Ki-moon insiste sur la nécessité de dialoguer sérieusement, ignore-t-il qui est de bonne foi et qui ne l'est pas? Sur la table des négociations, il y a un document de référence, à savoir l'initiative marocaine pour une régionalisation avancée dans les provinces sahariennes.
M. Ross a proposé une nouvelle méthode: celle-ci n'a enregistré pratiquement aucun résultat. Va-t-il poursuivre sa mission de facilitateur alors que, dit-on, son moral serait au plus bas, compte tenu du recadrage qui lui a été imposé par le Secrétaire général de l'ONU, à la demande du Maroc? Il lui reste cependant à persévérer dans cette voie en veillant de nouveau à respecter le strict cadre de son mandat.


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