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La presse algérienne sous haute surveillance LIBERTE CONDITIONNELLE
Publié dans MarocHebdo le 30 - 01 - 1999


La presse algérienne sous haute surveillance
LIBERTE CONDITIONNELLE
La presse algérienne continue d'évoluer entre le marteau de groupes armés qui ont fait des dizaines de victimes parmi les journalistes et l'enclume d'un pouvoir qui détient le monopole de la chaîne de production. Dans la course aux présidentielles, sur fond de lutte pour le pouvoir, les appétits se sont exacerbés.
C'est en pleins remous électoraux pour la désignation du président de l'Etat algérien qu'une agence privée d'information a vu le jour. L'agence algérienne d'information (AAI) devait être inaugurée officiellement ce samedi 30 janvier.
"l'information sécuritaire" constitue un enjeu vital.
Cette agence "privée et indépendante" selon des sources algériennes, diffusera en arabe, français, et plus tard en anglais, une série de dépêches quotidiennes. Elle est pour l'instant spécialisée dans l'information économique et sociale. Mais elle pourra élargir ses services à d'autres domaines.
La création d'une agence d'information privée en cette période particulière de l'histoire algérienne, intrigue. Une telle structure serait-elle viable dans un pays déchiré par la guerre civile ? une forte demande du marché en aval, aurait-elle justifié cet investissement? l'Agence Algérie presse service (APS), qui détenait jusqu'alors le monopole de l'information, serait-elle devenue insuffisante? l'information qu'elle distille serait-elle préjudiciable a certains clans en cette période électorale? chercherait-on à diversifier les sources d'informations ou à court-circuiter un réseau dont on sait ne rien pouvoir espérer?
Tendances
Autant de questions se posent au moment où l'agitation que connaît l'Algérie depuis des années a eu un effet d'explosion nucléaire sur la presse algérienne. Les titres ont foisonné au rythme des explosions. Mais aussi à celui des intérêts divers.
La lutte pour le pouvoir, s'est répercutée de façon spectaculaire sur la ligne éditoriale de nombreux titres. Des tendances aussi diverses que les intérêts en jeu sont apparues. A tel point qu'il est difficile aujourd'hui, même pour l'observateur le plus averti, de se retrouver dans ce véritable charivari.
La presse algérienne est aujourd'hui régie par le code de 1990. Ce texte, rebaptisé "code pénal bis" par les Journalistes, se veut d'inspiration libérale. Même s'il reprend parfois de façon complète certains articles du Code de l'information français.
Une circulaire du chef du gouvernement, Mouloud Hamrouche, est venue en avril 1990 compléter la loi de l'information. Les pouvoirs publics ont tout fait pour encourager l'initiative privée dans le domaine. Le gouvernement s'est résolu à mettre la main à la poche pour avancer aux journalistes leurs salaires de deux ans comme indemnité de licenciement. La presse indépendante algérienne etait alors née. Même si à la base, il y avait une sorte de "sponsoring" de l'Etat.
Enjeu
Des bouleversements qui se sont traduits par un tirage de près de deux millions de copies par jour. Le moins qu'on puisse dire est que la presse a grandement profité de la révolte d'octobre 1988.
La presse qui a fini par s'ériger en acteur incontournable de la vie politique du pays, en a payé le prix. Elle n'arrête pas de compter ses morts, ses prisonniers, ses victimes. De nombreux assassinats ont été revendiqués par les groupes armés.
Pourtant, dans les coulisses, des doigts accusateurs se pointent sur le pouvoir, certains de ses clans, ou encore des groupements d'intérêts financiers plus ou moins occultes, proches des centres de décision, après l'assassinat de responsables de journaux. Ils ont été plus d'une cinquantaine à tomber sous des balles à la provenance inconnue. Depuis Tahar Djaout, directeur de l'hebdomadaire Ruptures assassiné le 26 mai 1993, jusqu'à Hamid Mahiout, du quotidien privé Liberté, tué le 2 décembre 1995, en passant par Saïd Mekbel, directeur du quotidien privé Le Matin, tué le 4 décembre 1994 et Mohammed Abderrahmani, directeur du quotidien gouvernemental El Moudjahid, assassiné le 27 mars 1995, pour ne citer que ceux là.
Quoiqu'il en soit, le pouvoir s'intéresse de très près à la presse.
Pour les autorités algériennes, la gestion de "l'information sécuritaire" constitue un enjeu vital dans sa lutte pour "l'éradication" du terrorisme. Une censure a donc été instaurée interdisant de faire état des opérations des groupes armés si celles-ci n'ont pas été officiellement annoncées.
Censure
Seulement, dans la pratique, l'arsenal judiciaire et réglementaire ainsi mis en place permet de censurer tous les sujets qui mettent en cause la politique de l'Etat.
L'Etat a davantage accentué son emprise sur la presse par le monopole qu'il exerce sur les imprimeries et l'importation du papier. Du coup, il devient un partenaire incontournable de la presse privée et peut ainsi peser sur le contenu des journaux. Même la publicité des entreprises et des administrations publiques est distribuée "au gré des lignes éditoriales".
De plus, depuis février 1996, les "comités de lecture" appelés "visiteurs de nuit" par les journalistes ont été réactivés dans les imprimeries. Fonctionnaires du ministère de l'intérieur, les membres de ces comités sont chargés de viser le contenu des journaux avant leur mise sous presse. Souvent, ils ont envoyé "au pilon" des éditions non conformes aux dispositions officielles.
Depuis l'interruption du processus électoral en janvier 1992, sur fond de lutte pour le pouvoir entre clans rivaux, des liens se sont noués entre responsables au pouvoir et certains titres.
L'empreinte des protagonistes est visible sur les colonnes de certains titres. Depuis le quotidien El Watan, au discours franchement éradicateur, qui se fait l'écho des positions du clan Lamari, jusqu'aux quotidiens l'Authentique et El Acil, appartenant de fait au général Betchine, qui soutiennent le Président Liamine Zeroual et l'instauration d'un dialogue entre les différentes parties.
Différence
Autant El Watan s'attaque aux partis politiques les désignant comme responsables de la guerre civile parce qu'ils ont soit admis la légalisation du FIS, soit accepté ce parti comme interlocuteur, autant l'Authentique et El Acil s'inscrivent dans la ligne "dialoguiste" de la paire Betchine-Zeroual.
Dans la foulée, le quotidien El Moudjahid, créé en 1965, a opté pour la ligne Benhamouda et Bouteflika qui s'estiment lésés par le clan Betchine-Zeroual et ses journaux.
Les quotidiens francophones Liberté, Le Matin, Le soir d'Algérie et la Tribune continuent de lutter pour leur indépendance. Mais dans cette catégorie, c'est l'hebdomadaire La Nation qui s'illustre particulièrement. Il a réussi à garder sa crédibilité, tout en naviguant entre les thèses officielles, quand elles montrent une volonté d'ouverture, et une disposition à la démocratisation et l'indépendance de la presse. Résultat, il détient le record des suspensions et patauge dans de graves problèmes matériels. Pour sa part, Alger Républicain, après avoir été proche des communistes, s'est inscrit dans la tendance à l'ouverture depuis les émeutes du pain, d'octobre 1988, alors que Horizons demeure le journal officiel qu'il est. Cette liste est loin d'être exhaustive. Tant, chaque clan s'est, directement ou indirectement, empressé de mettre sous son aile un ou deux journaux. Paradoxalement, la cacophonie assourdissante qui en résulte, donne la plus fidèle image possible de la situation politique et sociale en Algérie.