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L'affaire de blanchiment d'argent entre le Maroc et la France
Publié dans MarocHebdo le 24 - 12 - 1999


STEVE OHANA PRIS AU PIÈGE
Steve Ohana et Fouad Filali
Selon l'enquête de police, le compte courant de Steve Ohana chez Marc Benhamou ne dépasse pas les 18 millions de francs français. Ni cinquante millions de dollars, ni blanchiment d'argent d'origine marocaine. Des opérations franco-françaises avec des extensions européennes sur lesquelles la justice se prononcera au moment opportun. Elle dira son mot s'il y a lieu sur les abus de bien sociaux ou leur recel, sur l'exercice illégal de la profession de banquier ou sur un éventuel blanchiment. La justice française indépendante et libérée de toute pression va par la voix du juge d'instruction Phillipe Courroye donner un cours normal à cette affaire. Le 22 décembre 1999 à 9h du matin, Steve Ohana obtient, par une ordonnance, la liberté provisoire contre le versement d'une caution. Aux yeux du juge, il semble présenter toutes les qualités de sûreté.
J'ai la bonne, dit David Cohen, j'ai trouvé exactement ce que tu voulais, la bonne est à Bruxelles", insiste-t-il avec enthousiasme. Le policier chargé de l'écoute sursaute sur son siège. Enfin il a du sérieux après des semaines d'écoutes harassantes. Jour et nuit, ils se relayent avec ses collègues de la police parisienne pour faire parler cette fichue ligne de téléphone afin de confondre leur client. Ça y est. Ils y sont maintenant, la bonne va arriver de Bruxelles, il va juste falloir savoir comment elle va être emballée, comment elle sera convoyée et qui va la réceptionner? L'affaire est entendue. La joie du policier chargé ce soir-là de l'écoute récompense les efforts pénibles de plusieurs nuits blanches et efface la fadeur de dizaines de sandwichs avalés sur le pouce et de dizaines de litres de café tiède ingurgité frénétiquement.
Ligne rouge
La bonne va arriver, la blanche, la coke, la neige des désespérés. Le commissaire avait raison de ne pas faire confiance à Marc Benhamou, ce juif marocain du Sentier ­ ce quartier parisien, haut lieu de la confection - qui apparaît comme une vraie caricature des protagonistes du film exotique " La vérité si je mens ". Il l'a mis d'emblée sur écoute, persuadé que cette mesure va apporter ses fruits un jour. Avec les 95 boutiques de Marc Benhamou au Sentier comment pouvait-il en être autrement? Au Sentier, tout le monde est un peu beaucoup en délicatesse avec le fisc, touche au blanchiment d'argent sale, tâte au travail au noir et flirte avec la ligne rouge de la légalité républicaine. Ma parole, si je mens, et le train de vie ostentatoire suit. Voitures de luxe, grands restaurants, fringues de premier choix, argent facile et coups de frimes pour asseoir une solvabilité improbable. Dans ce jeu, ce sont toujours les caisses de l'Etat, les banques et les clandestins qui se font avoir. Clic-clac, la société de textile disparaît dans la nature et une autre voit le jour, vierge comme une madone deux rues plus loin. Ainsi va la vie du Sentier et de Marc Benhamou. L'homme qui va mouiller dans sa chute Steve Ohana, l'homme d'affaires casablancais et, dans la foulée, éclabousser Fouad Filali, fils de l'ancien Premier ministre Abdellatif Fillai, ancien président de l'ONA et ex-parent par alliance de la Famille royale marocaine depuis son divorce avec une Princesse.
Toile d'araignée
Mais pourquoi la police française s'intéressait-elle à Marc Benhamou? Quelles sont les raisons qui l'ont poussées à tisser sa toile d'araignée autour de lui? C'est que le monsieur est assez paradoxal et douteux aux yeux d'un policier moyen. Il n'inspire pas la confiance. Voyons voir.
Au cours de l'année 1998, le domicile de Marc Benhamou, dans un quartier huppé de Paris, a été cambriolé par des petits voleurs à la petite semaine. Ils font d'habitude dans l'argenterie, les tapis, les babioles décoratives et peut-être des magnétoscopes ou des téléviseurs s'ils sont transportables. Ces petits loubards aux dents longues et à l'ambition modeste ne savaient pas, en débarquant chez Marc Benhamou, qu'ils allaient tomber sur une caverne d'Ali Baba. La visite usuelle de l'appartement était plus que fructueuse et la bande était contente de son sort. Mais quand Momo ou Gégé, comme vous voulez, a commencé à hurler, ils lui sont tous tombés dessus pour le calmer. Il allait rameuter le quartier et tout foutre par terre. Mais la surprise était de taille. La bande avait trouvé chez Marc Benhamou la coquète somme de 3 millions de francs en espèces. Une fortune que la bande n'arrive même pas à calculer en centimes ou à partager, car pour arriver au partage, il faut passer par une division. Et ça c'est une autre affaire. Ils prennent le fric et ils se tirent. Heureux et surtout inquiets : une somme pareille pour des petits calibres monte-en-l'air ne peut qu'attirer des ennuis.
Marc Benhamou se rend bien évidemment compte du vol. Il se tait. Il n'a envie ni de porter plainte contre les voleurs, ni de voir des policiers, ni de justifier devant les limiers de la brigade financière l'origine de ces fonds. Il sait que la législation française est intraitable ces dernières années sur tout ce qui touche à l'argent sale ou pas, mais toujours en espèces. Il ne veut pas de cela, alors il oublie l'affaire. Tout en étouffant une sourde inquiétude. Cela ressemble bien à une tuile, mais passons.
Huit mois après, Marc Benhamou est convoqué par la police. Il ignore de quoi il s'agit. Son inquiétude, qui est devenue une vraie angoisse, le reprend. Il pense au Sentier. Aux affaires. Il sait par expérience qu'avec un bon avocat et un bon expert-comptable, il pourra toujours s'en sortir. C'est toujours transactionnel, et ça finit toujours par des amendes ou des pénalités. Mais quand le commissaire de police lui demande s'il avait été cambriolé ces derniers mois, Marc Benhamou tombe des nues. Il lui explique qu'une bande de cambrioleurs a été arrêtée et qu'elle s'est mise à table. La police a trouvé chez la bande la somme à peine entamée de 3 millions de francs. Marc Benhamou reconnaît le cambriolage et reconnaît avoir été dévalisé d'uniquement 30.000 francs français. Une somme modeste dit-il qui l'a dissuadé d'aller déposer plainte et de venir importuner des policiers absorbés par leur travail titanesque et mal payés au profit de la quiétude de citoyens honnêtes. Une tirade sympathique qui met la puce à l'oreille du commissaire. Ce citoyen vertueux est plus vrai que nature. Trop honnête pour être vrai. Le syndrome du Sentier.
Dès que Marc Benhamou tourne les talons, le commissaire lui met dessus ses meilleurs éléments : filature, écoute, enregistrement audio et vidéo de ses mouvements, enquête approfondie. Tout y passe, les amis, les proches, les collègues, les connaissances. Marc Benhamou est traqué. Il va bien falloir qu'il livre un jour son intime vérité.
Steve Ohanna et sa femme Vicky
Tirade sympathique
Pendant ce temps-là, Steve Ohana, continuait à appeler Marc Benhamou. Il lui demandait de lui prêter de l'argent. Des services qu'ils se rendent mutuellement et dont la procédure est balisée depuis longtemps. Versement en espèces à Paris contre un chèque compensé sur une autre place européenne. Les traces de ces opérations existent et les policiers vont mettre facilement la main dessus. Mais ce n'est pas cela qui va décider les policiers à passer à l'action. Ce délit-là était cernable et en plus il est très usité dans la sphère des hommes d'affaires parisiens. Ce n'est pas à proprement parler du blanchiment d'argent. Tout au plus, ça peut s'apparenter à de l'évasion fiscale ou à un abus de biens sociaux. Réprimé par la loi, bien sûr. Non, ce que les policiers cherchaient, c'est la drogue. Une affaire autrement intéressante pour tout le monde. Les condamnations sont lourdes et l'avancement des policiers est assuré.
Alors quand David Cohen, un ami d'affaires et un proche de Marc Benhamou annonce qu'il a trouvé la bonne à Bruxelles, la machine policière s'est mise en branle. Le 25 novembre 1999 Marc Benhamou, David Cohen et Steve Ohana sont arrêtés.
Le magasin de David Cohen au Sentier est perquisitionné. La police tombe sur 80.000 francs français en espèces. Son interrogatoire ne livre rien d'original. Les pratiques usuelles au Sentier. Un cocktail de délits propres au microclimat de ce quartier. Quant à la bonne, elle existe effectivement. Mais c'est une domestique. Oui, une bonne qui fait le ménage. Marc Benhamou était à la recherche de personnel de maison et son ami David Cohen lui a trouvé une jeune marocaine, digne de confiance, habitant à Bruxelles. C'est pour cela qu'il a appelé six fois Marc Benhamou sur un téléphone à bretelles pour lui annoncer la divine nouvelle. La piste de la bonne s'est terminée en eau de vaisselle. Pour le reste, David Cohen est poursuivi pour abus de biens sociaux. Une banalité au Sentier.
Reste notre ami Marc Benhamou. Sur son compte, on ne peut rien dire. Après un mois de détention préventive, et dans l'attente de son audition par le juge d'instruction, il n'a pas dit un mot. Une varie tombe. Ni les cassettes audio et vidéo de la police, ni les comptes rendus de filature ne l'ont fait vaciller. Motus et bouche cousue. Un vrai dur qui se donne les moyens de sa défense. En trois fois, dix heures d'interrogatoires sérieux, il n'a rien lâché face à une équipe d'enquêteurs aguerrie.
Cocktail de délits
Et on en arrive à notre ami Steve Ohana. Le neveu de Jo, un sémillant jeune homme âgé de la quarantaine. Un milliardaire casablancais, qui fait prospérer l'héritage fabuleux de son oncle décédé en 1995. Après une succession difficile, et une transaction amiable de plusieurs millions de dollars avec sa cousine Alia Ohana, la fille de Jo, issue d'un mariage putatif assez controversé selon la loi mosaïque, Steve Ohana prend les rennes du groupe familial. Un groupe juif marocain prospère qui vit toujours sur la réputation nationaliste de Jo Ohana et de son souvenir auprès de la génération de l'indépendance. Il est vrai que Steve Ohana, un membre actif de la Jet Set marocaine, avait de nombreux amis dans les cercles du pouvoir. Et surtout Fouad Filali. Le lien amical entre les deux hommes était, le moins que l'on puisse dire, passionnel.
Alia Ohanna
Souvent cette amitié s'est développée à contre- courant de la vie conjugale de l'un et de l'autre. Deux jeunes managers, tous les deux biens nés, riches, à la compétence assurée et à l'ambition dévorante, se sont rapidement trouvés en face de leurs choix de vie. Leurs proches les plus sages savaient que leur relation allait un jour tourner au drame sans pouvoir dire qui allait faire plonger l'autre dans l'abîme. Mais avant, le drame d'aujourd'hui, l'un a perdu son foyer conjugal et l'autre en est à la énième réconciliation avec son épouse.
Steve Ohana a épousé Victoria Tollman, la fille d'un magnat américain, richissime, israélite d'origine allemande et qui a commencé à bâtir son immense fortune en Afrique du Sud, pays qu'il a rejoint lors de la deuxième guerre mondiale. La femme de Steve Ohana, Vicky comme l'appellent ses amis est une femme douce, chaleureuse, cultivée, généreuse et humble qui a toujours été "torturée" par les écarts de son mari. Elle le freinait toujours dans ses excès, protégeait ses trois filles, essayait de le prémunir contre ses mauvais enthousiasmes. Ces derniers temps, avant qu'éclate l'affaire Benhamou, Vicky pensait avoir gagné. Elle était en train d'arrimer Steve Ohana à une vie familiale enfin apaisée. En quelque sorte, ils se refaisaient une nouvelle vie à Paris.
Moment opportun
Un nouveau départ et une nouvelle installation. Marc Benhamou, toujours lui, était chargé de l'installation de la famille Steve Ohana. Selon l'enquête de police, le compte courant de Steve Ohana chez Marc Benhamou ne dépasse pas les 18 millions de francs français. Ni cinquante millions de dollars, ni blanchiment d'argent d'origine marocaine. Des opérations franco-françaises avec des extensions européennes sur lesquelles la justice se prononcera au moment opportun. Elle dira son mot s'il y a lieu sur les abus de biens sociaux ou leur recel, sur l'exercice illégal de la profession de banquier ou sur un éventuel blanchiment.
D'ailleurs, dès le premier contact de Steve Ohana avec la police, c'est-à-dire dès le 25 novembre 1999, il a tout reconnu puisqu'il était persuadé d'avoir les moyens d'établir ce qu'il considère comme étant sa bonne foi. Dès qu'il a pris connaissance des rapports d'écoute, des cassettes audio et vidéos, il a collaboré avec les enquêteurs. Trois jours avant que son avocat, Me Szpiner ne rentre en jeu. Il aurait pu lui proposer d'autres moyens de défense, mais Steve Ohana a choisi de jouer le jeu. Il est clair que Me Szpiner n'est pas un novice du barreau parisien. Le soutien de la collaboratrice de Me Szpiner, Me Toby, durant la détention de Steve Ohana qui a duré près d'un mois, lui a été d'un grand secours, mais ne l'a pas dévié de son choix de transparence.
Même à propos de Fouad Filali dont le nom est apparu dans les rapports d'écoutes téléphoniques de Marc Benhamou et ensuite de Steve Ohana, ce dernier a été clair. Il a cadré les rapports, notamment financiers, qu'il avait avec Fouad Filali à un niveau strictement amical et usuel. Autour de 300 000 francs français, pas plus. Une somme transparente et justifiée à laquelle la justice française n'accordera aucune qualification délictueuse.
Qualification délictueuse
Le juge d'instruction Philippe Courroye qui traite cette affaire à la suite du juge Roger Lenoire, qui a été dessaisi, a enfin écouté les protagonistes le 21 décembre 1999. L'affaire commençait à sentir le roussi et a pris des proportions phénoménales au Maroc, pays qui vit ces derniers mois sous l'empire des rumeurs les plus folles. Dès le 16 décembre 1999, le correspondant du quotidien espagnol El Païs à Rabat ouvre le bal. Il compile les rumeurs en circulation chez les initiés au Maroc et fait état de l'arrestation de Fouad Filali, attribue la qualité saugrenue de pilote d'avion à Steve Ohana, lance la somme de 50 millions de dollars d'argent blanchi entre le Maroc et la France et on parle même de trafic de drogue. La totale. Le journal parisien Le Monde crédite cette pseudo-enquête en publiant un article le 17 décembre 1999 sans aucun complément susceptible d'éclairer sérieusement les lecteurs. Le quotidien français comme d'habitude a d'autres objectifs. Il insiste surtout sur les qualités présentes et surtout passées de Fouad Filali dans un amalgame qui peut gêner la famille royale. C'était encore une fois cousu de fil blanc.
La réponse ne s'est pas faite attendre. Samedi 18 décembre, elle va tomber sous la forme d'un communiqué exhaustif de la MAP citant Hassan Aourid, le porte parole du Palais Royal. "La Famille Royale se décharge de toute responsabilité dans l'affaire de Fouad Filali et tient à préciser que l'intéressé n'est plus assimilable à la Famille royale et que ses démêlés relèvent de la justice et de la justice seulement, a déclaré, samedi après-midi, le porte-parole officiel du Palais Royal Hassan Aourid.
À la suite d'informations rapportées par la presse au sujet de M. Filali, et des membres qui lui sont liés et qui ont été écroués par la justice française, le porte-parole officiel a souligné que Fouad Filali depuis son divorce avec la Princesse, n'a aucun contact de quelque manière que ce soit avec la Famille Royale. Il se contente de voir ses enfants, et uniquement ses enfants, quand il est au Maroc. L'ambassadeur du Royaume du Maroc en France, a ajouté M. Aourid, a prié, il y a de celà quelques jours, Fouad Filali de restituer le passeport diplomatique en son nom. Il ne peut se prévaloir d'une quelconque immunité. Quant à Steve Ohana, écroué par la justice française, le porte-parole officiel du Palais royal a tenu à rappeler qu'il n'a jamais eu de contact avec feu Sa Majesté Hassan II que Dieu l'ait en sa Sainte Miséricorde. De surcroît, il n'a jamais géré les biens ni de Sa Majesté Hassan II, ni de la Famille royale. S'il a pu rencontrer des membres de la Famille royale dans le sillage de Fouad Filali, quand celui-ci était marié à la Princesse, il ne peut aucunement se prévaloir d'une quelconque relation ou amitié ", a conclu M. Aourid.
Point d'ordre
Ainsi, d'une manière explicite, le Palais coupe l'herbe sous les pieds de tous ceux qui souhaitaient exploiter cette affaire pour gêner la monarchie marocaine dans son entreprise de modernisation et de rénovation. Les silences du passé avaient toujours engendré des situations inextricables. Cette fois-ci, le communiqué est sans appel. Il met à l'aise la justice et les autorités françaises. Une leçon de transparence inédite et utile. Le reste va suivre. La justice française indépendante et libérée de toute pression va par la voix du juge d'instruction Phillipe Courroye donner un cours normal à cette affaire. Le 22 décembre 1999 à 9h du matin, Steve Ohana obtient, par une ordonnance, la liberté provisoire contre le versement d'une caution. Aux yeux du juge, il semble présenter toutes les qualités de sûreté.
Ni assignation à résidence, ni retrait de passeport, ni interdiction de voyager. Une décision sereine d'un juge indépendant. David Cohen, celui qui a trouvé la "bonne" est lui aussi mis en liberté provisoire.
Décision sereine
Fouad Filali est, quant à lui, mis hors de cause. Il écrit à ses amis du monde, le 23 décembre une lettre explicite. " Premièrement, s'il est exact que je connais Steve Ohana et l'ensemble de sa famille depuis de très nombreuses années, je ne suis concerné ni directement ni indirectement par l'affaire à laquelle fait allusion votre article, ni par la confiscation d'un avion qui, toujours d'après votre article, semble en être à l'origine. Deuxièmement, j'ai été contacté par l'épouse de M. Ohana qui m'a demandé de prendre contact avec les services de police, pour apporter mon témoignage sur les relations que j'entretenais avec son époux. Ce que j'ai fait.
Troisièmement, je n'ai jamais été convoqué, sous quelque forme que ce soit, par les services de police. Quatrièmement, jamais la police ni la justice ne m'ont demandé de me tenir à leur disposition, n'étant en rien concerné par cette affaire. "Fouad Filali, fort de la décision de la justice française à son égard, rétablit ainsi lui-même la vérité.
Aujourd'hui, Steve Ohana est brisé et décapité. D'abord par la rumeur. Sans aucune autre forme de procès. Son honneur n'a même pas bénéficié d'un début de commencement de présomption d'innocence. Vicky pourra pleurer tout son saoul à côté de ses enfants. Rien n'y fera.
Fouad Filali est désormais un parent isolé, seul, obligé de vivre positivement son divorce comme tout citoyen lambda entre deux visites à ses enfants. Lui qui a toujours fait peu de cas de la raison d'Etat, il a été rattrapé par celle-ci. Sévèrement. Il survivra à cette leçon de choses. Marc Benhamou, le flamboyant du Sentier, est face à son destin. Il retombera un jour sur ses pieds.
Pour ce qui nous concerne, on ne va pas se quitter sans mettre en exergue la morale de cette histoire. Il y en a toujours une. Pour tranquilliser tous ceux qui un jour ont envoyé illicitement de l'argent à leurs enfants étudiant à l'étranger. Ceux qui ont sorti de l'argent sous le nez des gabelous pour soigner à l'étranger un parent malade. Ou ceux qui se sont payé un voyage de noce en infraction avec la loi de change.
Assainissement brutal
J'emprunterais donc la morale de l'histoire à un sage banquier de la place de Casablanca. "Au lieu d'encourager les Marocains, par une politique intelligente large et généreuse de change à rapatrier leurs avoirs à l'étranger pour les investir au pays, nous sommes en train de les terroriser par la rumeur et la virtualité d'un assainissement brutal et inutile. Les Libanais ont réussi à rassurer leurs compatriotes de l'étranger qui ont fui les 18 ans de guerre civile. Ces derniers investissent aujourd'hui en masse dans leur pays. Nous, nous tétanisons tout le monde. Personne n'investit plus un dirham. Ce n'est pas le bon chemin. "