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Nos princesses bousculent la tradition
Publié dans MarocHebdo le 11 - 02 - 2005

La Cour royale marocaine est millénaire et a gardé ses secrets par tradition séculaire. Aujourd'hui, le Palais s'est ouvert
et le protocole s'est allégé.
Très tendance et modernes, les princesses Lalla Meryem, Lalla Hasnaâ, Lalla Asmaâ et Lalla Salma se prêtent gracieusement à l'objectif.
Les princesses du Maroc attisent toujours la curiosité et exhalent le mystère. Comme pour toute personnalité publique importante, leur vie intrigue et leurs moindres faits et gestes sont épiés.
La Cour royale marocaine est millénaire et a gardé ses secrets par tradition séculaire. Aujourd'hui, le Palais s'est ouvert, le protocole s'est allégé, et la Reine Lalla Selma apparaît de plus en plus en public, aux côtés du Roi, son époux.
A Rabat, où les princesses sont plus visibles, mais toujours inaccessibles, elles sont le sujet de toutes les conversations. Les habitants de la capitale sont à l'affût de la moindre information les concernant. Et les bruits de couloirs sont les bienvenus. Il y aura toujours la copine d'une copine de la cousine de la belle-sœur du frère d'untel qui a assisté à une soirée privée où l'une des princesses a fait son apparition. Dès lors, les récits les plus hallucinants sont tissés. Et les rumeurs les plus folles deviennent des vérités incontestables.
Les sorties officielles des princesses, fortement médiatisées, sont aussi très attendues. Surtout par la population féminine. Leur apparence vestimentaire les intéresse plus particulièrement. De la coiffure aux bijoux, en passant par les habits, le sac et les chaussures. Le tout est examiné dans le moindre détail.
Si les princesses suscitent tant d'intérêt, c'est qu'elles sont dans l'air du temps.
Lalla Salma et Bernadette Chirac. Première dame du Maroc.
Elles s'habillent chez Chanel, Dior, Jean Paul Gauthier, Dolce Gabana, Gucci, Prada, les plus grandes maisons de haute couture françaises et italiennes, et sont chaussées par les meilleurs bottiers du monde. Leurs chaussures sont fabriquées sur commande chez Massaro ou Fratelli Rossetti ou encore Hogan. Leurs bijoux, des pièces rares et exclusives, proviennent de Cartier, Chaumet, Piaget, Van Cleef et bien d'autre célèbres bijoutiers. Leurs parfums, uniques, sont fabriqués par des maîtres parfumeurs aussi connus que Guerlain, Yves Saint Laurent ou Patou. Si elles ne fréquentent pas les salons de coiffure les plus réputés de la capitale, c'est parce qu'elles ont leur propre coiffeur, formé dans les écoles les plus prestigieuses du monde.
Le look des princesses a aussi évolué. Les couleurs sombres, noir, bleu marine, gris et marron ont disparu au profit de couleurs claires et chatoyantes, les jupes ont été remplacées par des pantalons et l'austère «chignon princier» a laissé place aux cheveux détachés. Il y a deux ans et demi, Lalla Hasna avait même surpris en arborant une petite coupe à la garçonne, très tendance à l'époque. Les observateurs diront que ce changement marque la fin d'une ère. On raconte que feu Roi Hassan II veillait personnellement à l'apparence vestimentaire de ses filles, Lalla Meryem, Lalla Asmaâ et Lalla Hasna. Par exemple, les jupes devaient se prolonger en dessous du genou. Pas un centimètre de plus et pas un de moins.
Lalla Soukaïna et Lalla Meryem.Une adolescente bien portante.
Le caftan des princesses, tenue de soirée officielle et obligatoire, répond également à des normes de rigueur. Il est cousu avec la ‘‘sfifa'' en fil d'or. La coupe est ample et droite, avec une traîne de trente centimètres. La façon ‘‘makhzenienne'' est connue et constante. Les princesses n'ont jamais porté d'autre modèle. Bien que les tenues traditionnelles marocaines se portent, actuellement, de plus en plus courtes et de plus en plus évasées. Le train de vie d'une princesse en fait rêver plus d'une. Pourtant, il ressemble à celui de n'importe quelle femme de la haute société, mais avec moins de liberté d'action. Protocole oblige. Il serait inimaginable de voir une princesse faire ses courses elle-même ou par exemple s'attabler en bonne compagnie dans un lieu huppé. Par contre, il n'est pas rare de les croiser au volant de leur voiture sur l'un des boulevards de la capitale du Royaume. On dit même que Lalla Asmaâ, comme n'importe quelle maman, accompagne souvent ses enfants à l'école. Toutefois, évoluant dans des cercles fermés, les princesses sont quasiment inabordables.
feu Roi Mohammed V avec feu prince Moulay Abdellah et son épouse Lamia Solh.
Quelle ne fut la surprise d'une Marocaine quand elle a vu Lalla Hasna, dans un salon parisien de coiffure de grande renommée. Elle relate que c'est avec beaucoup de sympathie et de délicatesse que la princesse l'a saluée, échangeant avec elle quelques formules de politesse. Au Maroc, cela aurait été pratiquement impossible.
Habitant des résidences, hautement sécurisées, notamment, à Bir Kacem, un quartier cossu de Rabat, la vie privée des princesses est placée sous le signe de la discrétion.
La princesse Lalla Amina.
La seule fois où le peuple s'est introduit dans leur vie, c'était à l'occasion de leurs mariages respectifs. Lalla Meryem, en 1984, à Fès avec Fouad Filali, gestionnaire; Lalla Asmaâ, en 1986 à Rabat avec Khalid Bouchentouf, homme d'affaires; et Lalla Hasnaâ en 1991, à Marrakech, avec Dr Khalil Benharbit, médecin. Des fêtes populaires avaient été organisées à travers tout le Royaume pour célébrer leurs unions. Leurs cérémonies de mariage, retransmises en direct par la télévision marocaine, ont été suivies par des centaines de milliers de téléspectateurs. Dans la foulée, les Marocains ont fait la connaissance des époux des princesses. Aucun d'entre eux n'est d'ascendance royale. Mais tous fils d'illustres familles roturières. Il faut noter que Hassan II a toujours voulu que ses filles côtoient les gens du peuple. C'est pour cela que les dames de compagnie des princesses sont des filles issues de milieux modestes. De même que leurs camarades de classe ont été choisies dans des familles représentant différentes couches sociales.
Dans ce domaine, après la fin de leurs études secondaires, Lalla Meryem a obtenu son baccalauréat en 1981 et a effectué un long stage à l'Unesco à Paris et Lalla Hasnaâ a eu son baccalauréat en 1985, elles se sont fortement impliquées dans la vie sociale et culturelle du Maroc. Elles sont présidentes de différentes associations qui jouent un rôle moteur dans le processus de développement du pays. Lalla Meryem est présidente de la Fondation Hassan II pour les Marocains résidant à l'étranger, Lalla Asmaâ présidente d'honneur de l'établissement Lalla Asmaâ des sourds-muets et Lalla Hasnaâ présidente de la Fondation Mohammed VI pour l'environnement. Elles participent aussi à la vie politique et économique en représentant le Maroc dans différentes missions diplomatiques ou en assistant à l'inauguration ou au lancement de projets. Il est vrai que Lalla Asmaâ, de par son tempérament discret, est moins présente sur la scène médiatique que ses sœurs, mais elle reste néanmoins très entreprenante et très humaine.
En fait, Lalla Meryem, Lalla Asmaâ et Lalla Hasnaâ n'ont fait qu'emboîter le pas à leurs tantes, filles de feu Mohammed V, qui ont aboli l'image d'autrefois de princesses vêtues de somptueuses toilettes, parées de beaux bijoux, cloîtrées dans une cage dorée, souvent décrites dans les récits ou peintes dans les tableaux orientalistes pour flatter le fantasme occidental.
Du temps où les Marocaines étaient voilées et ne sortaient qu'accompagnées de leur mari ou de leur père, Lalla Aïcha, à visage découvert et en tenue occidentale, avait brillamment prononcé, le 10 avril 1947 sur la place du Grand Socco à Tanger, le premier discours qui faisant allusion à l'indépendance du Maroc.
À l'époque, cette action avait eu une forte charge symbolique. Elle inaugurait, sans doute, l'entrée de la femme marocaine dans des domaines autres que l'éducation des enfants et les travaux ménagers.
Nommée ambassadrice en Italie et en Angleterre, Lalla Aïcha, avant d'être mariée à Hassan Yacoubi, était promise au Roi Fayçal II d'Irak, assassiné dans un bain de sang avec la quasi totalité de la famille royale hachimite le 14 juillet 1958 par des officiers pan-arabistes de l'armée à Bagdad.
Fille aînée de Mohammed V, cette grande dame, dont l'intelligence et la finesse n'ont d'égale que sa bienveillance, a longtemps été l'emblème de la femme marocaine moderne.
Le combat féministe n'est pas le seul domaine où les princesses ont excellé. Lalla Malika, épouse d'un grand commis d'Etat, Mohamed Cherkaoui, présidente du Croissant rouge marocain, a beaucoup fait pour que tous les Marocains accèdent aux soins. Lalla Amina, femme du défunt Moulay Driss El Ouazzani, présidente de la Ligue de la protection de l'enfance, milite pour les droits de l'enfant. A cette grande sportive, on doit aussi le développement du sport équestre au Maroc. Fondatrice de l'événement Semaine du cheval, elle a réussi le pari de populariser ce sport jadis, apanage d'une élite restreinte.
Même si Lalla Fatima Zohra, épouse de feu le prince Moulay Ali, mère de Moulay Abdellah, Moulay Youssef et Lalla Joumana, est une princesse retirée de la vie publique, son poids et son rôle dans la famille royale sont indéniables. Son homonyme, cousine de feu Hassan II, fille du sultan Abdelaziz (1894-1908), la défunte Lalla Fatima Zohra El Azizia, présidente de l'Union des Femmes marocaines, une combattante de la première heure, a toujours lutté pour que la femme, considérée comme le sexe faible, soit une citoyenne à part entière.
La princesse du levant, Lamia Solh, fille de Riad Bey Solh, Premier ministre libanais assassiné en Jordanie en 1951, épouse de feu le prince Moulay Abdellah et mère de Moulay Hicham, de Lalla Zineb et de Moulay Ismail, n'est pas en reste. Avec charme et grâce, elle a apporté un rayon de chaleur et une lueur d'espoir dans la vie des aveugles au Maroc. Présidente de l'Organisation pour la protection des aveugles au Maroc (OPAM), elle bataille jusqu'à aujourd'hui encore pour améliorer leurs conditions au sein de la société.
Avant-gardistes, les princesses ont toujours été un exemple à suivre pour les Marocaines. Elles n'ont pas uniquement aidé à leur émancipation, mais aussi au changement des mentalités. Avec l'annonce officielle du divorce de Lalla Meryem de son ex-époux, Fouad Filali, un tabou est levé. Comme quoi, aucune femme, pas même une princesse, ne doit se forcer à vivre auprès d'un homme avec lequel elle semble ne plus être heureuse.
Un autre tabou de taille est tombé avec l'apparition publique de l'épouse du Roi Mohammed VI, la princesse Lalla Salma. Une première dans la longue histoire du pays.
Désormais, la femme du Roi existe et on la voit. C'est une belle jeune fille instruite, ingénieur de son état. Issue d'un milieu modeste, c'est elle qui occupe à présent le rang de première dame du pays, rôle naguère tenu par les princesses, sœurs du Roi. En cette qualité, Lalla Salma s'engage dans la vie sociale et culturelle. Elle n'a pas seulement un sourire radieux, une chevelure couleur feu et une peau fine et rosâtre, mais elle a aussi du caractère. Elle est avant tout une jeune femme en phase avec son époque.
Une autre princesse, et non des moindres, c'est Lalla Soukaïna, fille aînée de Lalla Meryem, la seule des petits-enfants de Hassan II à avoir ce titre, tellement le défunt Roi la chérissait.
En 2000, Lalla Soukaïna apparaît aux côtés du Roi Mohammed VI en visite officielle en Espagne avec Lalla Meryem et son frère Moulay Idriss comme une adolescente bien portante, mais bien mal à l'aise dans cette nouvelle mission. Quatre ans plus tard, resplendissante en tenue blanche traditionnelle, elle pose aux côtés de sa mère et de la reine Rania de Jordanie lors du deuxième Sommet de la femme arabe, en novembre 2004. Son charme solaire et sa beauté féline ne laissent pas indifférent.
L'une des princesses les plus retirées, c'est Lalla Zineb, sœur de Moulay Hicham. Cette diplômée de l'Institut supérieur du commerce et d'administration des entreprises (ISCAE) mène sa vie loin des feux de la rampe. Depuis l'annonce de son mariage avec Mohamed Benslimane, homme d'affaires et petit-fils de Fatmi Benslimane, célèbre Pacha de Fès, on n'a plus entendu parler d'elle jusqu'à décembre 2004, jour de l'inauguration du magasin Dior à Marrakech, où elle a fait une entrée remarquée au bras de son mari.
Ainsi, entre tradition pieusement observée et modernité résolue, la Cour royale s'est ouverte aux Marocains. Et les princes et princesses fraient un chemin nouveau à une nouvelle manière d'appartenir à la famille royale.