Le Maroc abrite la 4ème édition du Sommet Humanitaire Panafricain    Brexit : Le projet d'accord « répond au vote des britanniques », soutient May    Italie : Salvini accueille 51 migrants en provenance du Niger    « We Could Be Heroes », le documentaire poignant de Hind Bensari primé au Canada    Debdou célèbre le patrimoine juif marocain    Les Ateliers de l'Atlas, nouveau programme d'aide au développement de talents du MENA    Une nouvelle liste du Patrimoine culturel national    L'urgence d'un Observatoire africain pour la sécurité routière    Le maire de Harhoura destitué de ses fonctions    "Les hommes meurent, mais ne tombent pas" bientôt à Rabat    Une enquête sur le recrutement de deux joueurs mineurs par l'AS Monaco    Paiement Mobile. 6 millions d'utilisateurs marocains en 2024    L'Algérie au pied du mur    Kénitra: Kromberg & Schubert investit 450 millions de dirhams et promet 3.000 emplois    Afrique du Sud : Un scandale à la sex-tape emporte le ministre de l'Intérieur    Ce précieux fluide devenu très rare    Nuit des galeries 2018 : Appel à candidature    Climat, coût du voyage, hôtels classés : Ce qui motive les Italiens à visiter le Maroc    Le Conseil de gouvernement reporte sa réunion    Hémodialyse : Seulement 36 centres créés en 6 ans    Assises nationales sur la protection sociale : Les recommandations des intervenants    Addis-Abeba: Le Maroc appuie la réforme institutionnelle de l'UA    Dès ce jeudi soir : Afriquia baisse ses prix pour la 2ème fois consécutive    L'accord de Skhirat: le seul cadre viable offrant une voie inclusive et durable vers la stabilisation de la Libye    GFi Informatique intègre Value Pass    Akhannouch : Un début prometteur pour la saison agricole    Arrestation de quatre personnes impliquées dans l'affaire : Saisie à Marrakech d'une importante quantité de drogue    Le Groupe Banque centrale populaire lance la 1ère édition de «Fintech Challenge»    Fiscalité des associations. Une profonde réforme s'impose    Treize bases de missiles non déclarées identifiées en Corée du Nord    "Le serviteur du Roi", cinquième tome des mémoires de Mohamed Seddik Maaninou    Entre le marteau du refoulement et l'enclume du déplacement    Limiter l'abandon scolaire à défaut de pouvoir l'éradiquer    Divers    C'en est trop !    La Ligue des nations, rapidement adoptée    D'Ifrane à Tokyo : Le VTT marocain en bonne voie pour se qualifier aux prochains Jeux olympiques d'été    WAC-Girard : Le divorce ?    Habib El Malki reçoit les membres de la commission des pétitions à la Chambre des représentants    Insolite : Une Lamborghini et un lionceau    Conférence sur l'architecture espagnole à l'Institut Cervantès de Rabat    Plaidoyer à Rabat pour la promotion des investissements étrangers dans le domaine cinématographique au Maroc    Stan Lee, légende de la bande dessinée, n'est plus    L'équipe nationale sacrée 3e au niveau mondial    Le pape François au Maroc les 30 et 31 mars 2019    L'art martial et la manière    Mondial 2022.. La main tendue de l'Iran    News    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.





Rachida Dati: “Ce sont mes origines qui font ma force”
Publié dans MarocHebdo le 30 - 04 - 2010

C'est dans le cadre de l'émission “L'Invité”, de la Radio Chaîne Inter, que Rachida Dati, euro-députée et ex-Garde des Sceaux de la République Française a accordé, le 28 avril au matin, cette interview dont nous publions le texte intégral.
Rachida Dati. «La vie m'a appris à ne pas renoncer.»
Vous avez été distinguée d'un Wissam accordé par Sa Majesté Mohammed VI, quel est votre sentiment?
Rachida Dati: C'est un immense honneur pour moi d'avoir été décorée par Sa Majesté Mohammed VI. On accueille cette distinction avec beaucoup d'honneur, beaucoup d'émotion, mais aussi beaucoup de dignité. Le fait qu'il m'ait décorée, c'est un honneur que le Souverain fait, au-delà de ma personne, à toute la communauté marocaine qui a émigré, souvent dans des conditions difficiles, mais, qui, à aucun moment, n'a oublié son pays d'origine. Et, surtout, jamais le pays d'origine n'a fait défaut à cette communauté marocaine. Et surtout Sa Majesté, qui a toujours été d'un immense soutien et bienveillance à l'égard de cette diaspora marocaine.
En vous accordant cette distinction, c'est aussi la femme qui est honorée?
Rachida Dati: Je crois que c'est un tout. On ne peut pas dissocier, on ne peut pas saucissonner Il y a le fait d'être une femme. Il y a aussi le fait d'être d'une condition sociale d'origine extrêmement défavorisée. C'est aussi un honneur et un hommage que le Roi rend à nos parents, à une génération d'émigrés qui ont quitté leur pays en silence, qui ont souffert aussi en silence, qui ont accepté beaucoup de choses.
C'est aussi un encouragement pour toutes les femmes, pour qu'elles investissent tous les champs et notamment, celui de la politique, comme vous?
Rachida Dati: C'est un encouragement. Mais c'est aussi dans la droite ligne de l'ambition et de la vision que Sa Majesté a pour le Maroc. La réforme du code de la famille, les avancées en termes de droits des femmes au Maroc sont exceptionnelles. Et il ne faut pas oublier que Sa Majesté est Commandeur des croyants et qu'avec cela il fait entrer les Marocains dans la modernité et le respect des traditions.
Tout cela se fait de manière difficile, mais pas douloureuse. Quand on regarde le résultat, on a l'impression que c'est évident, mais c'est le fruit d'un immense combat.
Quel rôle peut jouer cette diaspora, ces compétences marocaines à l'étranger pour qu'ils puissent être des passerelles entre les pays d'accueil, mais également leur pays d'origine?
Rachida Dati: Je pense toujours au rayonnement. Ce qui fait la force d'une émigration comme la nôtre, ce qui fait la force de deux pays comme la France et le Maroc, c'est de ne jamais se renier. Moi, je n'ai jamais renié mes origines, je n'ai jamais renié ma famille, je n'ai jamais renié les traditions dans lesquelles j'ai été élevée, je n'ai jamais renié mon environnement, et c'est ce qui fait la force de mon parcours et c'est ce qui fait que je ne me sens jamais déstabilisée. Ce sont mes origines qui font ma force. Vous savez, je vais régulièrement au Maroc. Je retourne auprès de ma famille, et ceci est aussi une force qui est indispensable à notre évolution. Puis, je vous rappelle aussi que le Maroc a accueilli d'une manière définitive ma maman, qui n'était pas marocaine, puisqu'elle est enterrée à Casablanca.
Justement quand vous revenez au Maroc, quel regard portez-vous sur tous ces chantiers ouverts aujourd'hui et sur ce Maroc qui bouge?
Rachida Dati: Pendant très longtemps, j'ai eu un regard de Marocaine, un regard de fille de Marocains, un regard de Française, et puis, aujourd'hui, un regard de responsable politique, très engagée. Et en étant député européen, c'est un regard encore plus large que j'ai sur l'évolution de cette région du monde et surtout du Maroc. Je trouve que ça va très vite, que le Maroc est très volontaire. D'ailleurs, on le voit, même en période de crise, les Marocains ont été relativement bien protégés des effets de la crise, même si tout n'est pas simple et tout n'est pas réglé. Mais on ne règle pas tout comme ça en une nuit ou en quelques jours. Ce sont des efforts qu'il faut soutenir et continuer d'avoir.
On va parler un peu de votre nouvelle carrière. Ce passage à la députation européenne, a-t-il élargi le champ de la pratique politicienne?
Rachida Dati: Ça élargit d'abord votre champ de vision. Vous n'avez plus que le seul regard d'une politique intérieure ou d'une politique nationale. Puis aujourd'hui, la France, ce sont 62 ou 63 millions d'habitants. Vous savez, c'est un grand pays, mais c'est un petit pays sur la scène internationale face à de grands ensemble comme la Chine, l'Inde, le Brésil, le Pakistan ou les Etats Unis, la France est très petite. Elle ne peut peser que dans le cadre de l'Union européenne. L'UE, ce sont 500 millions d'habitants, c'est quasiment autant que les Etats Unis. Pour exister, pour compter, pour être prise en compte, l'Europe a plutôt intérêt à être solidaire et unie face à ces autres équilibres du monde, ces autres géants du monde.
L'Union pour la Méditerranée peine à trouver ses marques. Pourquoi, d'après vous?
Rachida Dati: C'est vrai. Et je vais vous dire le fond de mon sentiment. Je crois qu'on a un petit peu dilué la gouvernance de cette Union pour la Méditerranée. Ceci dit, je ne désespère pas de voir les pays des rives de la Méditerranée prendre leur destin en main de manière aussi unie que l'Europe l'a fait au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale. Vous savez, personne ne pariait sur l'Union européenne au lendemain de la guerre. C'était un continent qui s'était entredéchiré, qui a vécu des guerres meurtrières, des atrocités barbares comme la nature humaine n'en a jamais connues. Et le premier apport de la construction européenne a été la paix, ensuite la prospérité économique, puis on a eu l'Europe avec des droits et aujourd'hui, on a une Europe politique. Donc, c'est une intégration qui s'est faite avec le temps, avec des femmes et des hommes courageux et responsables. Pour ma part, j'ai une grande confiance en sa Majesté le Roi pour mener de grands projets au sein de l'Union pour la Méditerranée.
Un mot sur la non-construction du Maghreb. Est-ce qu'elle ne freine pas le développement de la région et les rapports Nord-Sud?
Rachida Dati: Je suis très bien placée pour parler de cela. Maman est Algérienne et mon père est Marocain. Rien ne ressemble plus à un Algérien qu'un Marocain et à un Marocain qu'un Algérien… Ce sont des histoires communes, ce civilisations communes et des traditions communes. L'avenir démontrera que, malgré tout, ces deux pays ne peuvent pas vivre séparément. C'est impossible. Je pense que le Maroc et l'Algérie seront les moteurs majeurs de cette Union pour la Méditerranée.
On parle beaucoup de quota en politique. Est-ce un bon moyen de permettre aux femmes d'exercer leurs devoirs aux côtés des hommes?
Rachida Dati: En 1999 en France, il a fallu voter une loi sur la parité en politique. Il est vrai que certains étaient très réticents. Je me souviens d'une conversation avec Simone Veil sur le sujet. Elle était au départ assez réticente, puis finalement, elle a considéré que c'était une bonne idée en disant que, de toutes les façons, il faut faire avancer ce sujet de la parité. Et cette loi sur la parité politique en France a permis de faire émerger un certaine génération de femmes politiques. Pour autant, tout n'est pas réglé. En France, l'égalité homme-femme, on n'y est pas encore. Avant de donner des leçons aux autres, on devrait aussi améliorer la condition de la femme en France et en Europe d'ailleurs.
Quand on est une femme politique, est-ce qu'on a du temps pour une vie privée?
Rachida Dati: (Rires) C'est là toute la question. C'est vrai que la vie politique occupe tous les champs de votre vie tout court. Tout est politique. Quand vous lisez la presse, vous regardez la télévision ou vous ouvrez un livre, vous avez toujours un regard politique. Finalement, la politique pénètre toute votre sphère. Il faut avoir un peu de résistance, un peu d'équilibre pour se préserver une petite sphère intime.Je dois vous dire que, depuis l'arrivée de ma fille, je m'y contrains un peu plus. Et maintenant qu'elle grandit, ma vie a beaucoup changé. Par exemple, j'ai de plus en plus envie de la voir. J'étais à Madrid hier et à Bruxelles ce matin, je suis juste rentrée à Paris pour la voir quelques heures avant de repartir à Londres.
Quel est votre regard sur le débat actuel en France sur la burqa?
Rachida Dati: Je ne suis pas théologien, mais vivre dans une société avec des personnes totalement camouflées n'est pas le meilleur moyen d'avoir un destin commun. Je trouve que la première valeur d'une société pour vivre ensemble, c'est la confiance. Et pour avoir confiance, il faut pouvoir se regarder et se voir. Mais je dis attention à ne pas stigmatiser la communauté musulmane, et plus largement les Maghrébins. Il faut donc rester vigilants pour ne pas rejeter une partie de nos compatriotes qui vivent avec les principes, les valeurs et les lois républicains.
La politique vous a changée?
Rachida Dati: Ça change la vie de quelqu'un. C'est sûr qu'on acquiert d'autres types de réflexes, d'autres comportements. On a peut-être une plus forte capacité d'indignation. On est en alerte en permanence. On est aussi en capteur ouvert avec la société. C'est vrai que ce n'est pas très agréable pour les gens qui partagent votre vie, mais c'est aussi un engagement et un choix que j'ai fait.
Un mot pour les femmes…
Rachida Dati: Je leur dis qu'il faut rester vigilantes. Il ne faut pas renoncer. Moi, la vie m'a appris à ne pas renoncer. J'ai appris aussi de la vie, et de la vie politique en particulier, de ne pas me laisser déstabiliser. Vous savez, j'ai foi en la vie et dans le travail. Je crois qu'à chaque fois, c'est la vérité, la sincérité et l'authenticité qui triomphent. Je dis à toutes ces femmes qui souffrent, qui sont parfois fatiguées et qui veulent renoncer, il ne faut pas le faire. Il y a des moments difficiles à passer. Il faut alors prendre sur soi, être patientes.
Vous êtes passée par des moments difficiles ces derniers mois…
Rachida Dati: C'était une opération de déstabilisation. Il y a eu une volonté de me nuire gravement. Et c'est ce que j'ai expliqué. Pendant trois ans, on a souvent atteint mon honneur et ma dignité. On a oublié que j'avais une famille et que même si j'acceptais d'être attaquée et supportais, ma famille, elle, n'a rien demandé et mon père en particulier.
Tout cela est assez injuste et inacceptable, et c'est pour cela que je dis haut et fort, il faut que tout cela cesse. Je dis toujours que ce qui ne tue pas rend fort, mais tout cela laisse des traces