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Expulsion d'un journaliste espagnol : Passe d'armes entre le Maroc et RSF
Publié dans Yabiladi le 06 - 06 - 2013

Un journaliste espagnol venu enquêter au Sahara a été refoulé par la police marocaine à son arrivée à l'aéroport de Lâayoune, le 21 mai. Le ministère de la communication a répondu hier aux accusations de RSF de limiter la liberté de la presse concernant le Sahara.
Le ministère marocain de la Communication n'a pas apprécié le communiqué de Reporter sans frontières à propos de l'interdiction faite au journaliste espagnol Jose Maria Santana, journaliste à la radio Cadena Ser et correspondant du quotidien El País aux Iles Canaries, d'entrer à Lâayoune. «Contrairement à ce qui a été rapporté par l'organisation sur son site Internet, les provinces du Sud ne sont nullement une zone interdite dans la mesure où 22 délégations étrangères ont pu s'y rendre en 2012», répond le ministère de la Communication, dans un communiqué rendu publique par la MAP, hier, mercredi 6 juin. L'affaire du journaliste Jose Maria Santana remonte au 21 mai. Ce jour là, la radio Cadena Ser prévient par fax le ministère de la Communication de l'arrivée du journaliste. Une «demande d'accréditation […] quelque peu tardive, reconnait RSF. Quelques heures plus tard, le journaliste, atterrit à l'aéroport de Lâayoune. Entre l'heure d'envoi du fax et celle de l'embarquement de José Maria Santana a reçu un appel téléphonique du consulat du Maroc aux Canaries lui recommandant «de ne pas monter dans l'avion», a indiqué Cadena Ser à RSF. Multitude de questions «José Maria Santana raconte qu'à son arrivée à l'aéroport de Laâyoune vers 17 heures, il a dû répondre à une multitude de questions posées par un gendarme, avant d'être finalement contraint de reprendre un vol pour Las Palmas le jour-même, sans avoir pu quitter l'aéroport», raconte RSF. Pour toute justification, le ministère de la Communication indique, quelques jours plus tard à Cadena Ser, que le journaliste ne disposait pas «d'une couverture règlementaire et légale». Dans son communiqué de réponse, hier, le ministère reste sur la même ligne. Il s'étonne de «voir une correspondance du journaliste en question, adressée quelques heures seulement avant de prendre l'avion à destination du Maroc, se transformer en une demande d'autorisation.» Selon lui, le fax ne comportait pas même la date d'arrivée du journaliste. Pas besoin d'autorisation Il oublie de rappeler que la loi n'exige des journalistes qu'ils se soumettent à autorisation pour travailler au Maroc qu'en cas de tournage. Radio et presse écrite ne sont pas concernés. Théoriquement, Jose Maria Santana n'avait pas même besoin de demander une autorisation, ni même de prévenir de son arrivée. «L'exercice des journalistes étrangers au Maroc est encadré par la loi, à l'instar des autres pays, notamment l'article 22 du Code de la presse qui stipule le respect de la souveraineté nationale, et, par conséquent, les décisions prises dans ce contexte sont des décisions souveraines», se contente d'ajouter le ministère. Si toute décision est souveraine, alors le Code de la presse ne protège en rien l'exercice du métier de journaliste de décisions arbitraires. Liberté de la presse au Sahara Pour RSF la décision d'expulser le journaliste – le troisième refus essuyé par la journaliste de la part du Maroc – «pose la question des difficultés d'accès des journalistes au Sahara occidental et s'inscrit dans une politique plus générale d'entraves à la liberté d'information imposées par les autorités marocaines sur ce territoire», pour RSF. «La réalité dément ces prétentions puisque 120 journalistes, représentant des médias étrangers, sont accrédités dans le Royaume et exercent dans l'ensemble du territoire du Royaume, en toute liberté et indépendance», répond le ministère de la Communication. Il ne pourra nier, pourtant que de nombreuses délégations étrangères ont été refoulées lors de leur arrivée à Lâayoune, ces dernières années, ni que toute frontière dessinée entre le Sahara et le reste du Maroc demeure un tabou qui donne régulièrement lieu à des boycotts, interdictions et condamnations morales tant de la part des autorités marocaines que des défenseurs de la souveraineté marocaine sur le Sahara.

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