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Maroc : Le gouvernement aurait «discrètement» adopté l'indexation sur le prix du pétrole
Publié dans Yabiladi le 18 - 07 - 2013

Le sujet est d'une extrême sensibilité au Maroc, si bien que le gouvernement le traite en douceur, pour ne pas dire en douce. Alors que le ministre des Affaires générales, Najib Boulif, avait démenti la prochaine réduction des subventions sur les produits de base au Maroc, le journal L'Economiste révèle aujourd'hui, que l'indexation sur certains produits pétroliers vient d'être «discrètement» adoptée. Détails.
L'accord sur le mécanisme d'indexation du prix du pétrole «a été approuvé discrètement il y a quelques jours à la Primature», révèle l'Economiste dans son édition de jeudi 18 juillet, citant des «sources proches du dossier».
La chose serrait donc faite dans le plus grand secret ? Pourtant après la publication par Reuters des déclarations du ministre des Affaires générales concernant la réduction des subventions sur le pétrole et le sucre, le département de Najib Boulif a très vite démenti. Tel qu'annoncé, l'indexation devait intervenir «deux semaines avant le ramadan». Mais depuis, on n'en n'a plus entendu parler. D'après les sources de l'Economiste, «le gouvernement ne pouvait pas retarder davantage sa mise en place au risque de "fâcher" et de perdre "toute crédibilité'' auprès des instances internationales, en particulier le Fonds monétaire international».
Activée d'ici la fin du troisième trimestre
En adoptant cette orientation, Rabat se plie à une des conditions de la ligne de précaution de six milliards de dollars octroyée par le FMI l'an dernier. A plusieurs reprises dans ses rapports, le Fonds n'a cessé de marteler que la suppression des subventions sur les produits de base est la solution majeure pour alléger les charges financières de l'Etat. Un nouveau rapport de l'institution de Bretton Woods est attendu d'ici le mois de juillet, dans lequel il pourrait encore revenir sur l'état de l'économie marocaine.
Le mécanisme d'indexation sera activé dans «un délai de quelques semaines», selon les sources de L'Economiste. Certaines d'entre elles évoquent plutôt le mois de septembre. Cette orientation entrainera foncièrement une hausse des prix. En effet, l'indexation consiste à répercuter automatiquement sur le prix de vente des carburants, les variations (hausse ou baisse) des cours internationaux du pétrole brut par rapport à celui prévu dans la loi de Finances 2013 (105 dollars/baril). Dans ses déclarations à Reuters en juin dernier, M. Boulif avait toutefois précisé qu'il ne s'agit pas d'une libéralisation totale des prix et que des plafonds seraient imposés, soulignant que le gaz butane ne serait pas touché.
Le cours du baril recommence à grimper
Sur les marchés internationaux, le cours du baril affiche une tendance haussière après quelques temps d'accalmie. Par rapport au cours de clôture de mercredi, il affiche ce jeudi, en début d'après-midi, une légère hausse de 0,12% à 106,61 dollars. On pourrait penser que cette différence de 1,61 dollars entre le prix sur le marché et celui prévu par la loi de Finances marocaine est négligeable. Mais selon L'Economiste, «une hausse du baril de pétrole d'un dollar équivaut à un alourdissement de la facture énergétique de près de 600 millions de dirhams».
En 2012, les dépenses de compensation en pétrole ont coûté 32,4 milliards de dirhams à l'Etat, soit 64,7% des dépenses de la caisse de compensation sur l'année, bien au-delà des prévisions. L'objection pour Rabat cette année, est de maintenir les charges de compensation à 42 milliards de dirhams telles que prévues dans le budget 2013.
D'après les conseils du FMI, le mécanisme d'indexation devrait s'accompagner d'aides directes aux populations les plus démunies. La question fait cependant débat au Maroc entre les partisans d'une aide conditionnée par la scolarisation et les soins de santé, et ceux qui défendent l'aide inconditionnée. Il semble évident que ce point restera en suspens, tant que les ministres démissionnaires ne seront pas remplacés et que le gouvernement n'aurait pas retrouvé une certaine stabilité.
Par ailleurs, le sucre était, à la base, concerné par la réduction des subventions annoncée en juin. Mais reste à savoir ce que Rabat compte faire, tant pour le sucre, que les autres produits (le blé notamment) dont les dépenses alourdissent également les charges de compensation. Le gouvernement osera-t-il toucher au pouvoir d'achat des Marocains ?


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