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CAN 2025 : Pourquoi la finale a viré vers la haine sur les réseaux sociaux ? [Interview]
Publié dans Yabiladi le 21 - 01 - 2026

La finale de la Coupe d'Afrique des nations (CAN 2025), dimanche dernier à Rabat, a connu plusieurs moments de tensions. Des supporters sénégalais ont tenté d'envahir la pelouse, des joueurs sénégalais ont quitté le terrain pour protester contre un penalty accordé au Maroc avant de revenir, Brahim Díaz a raté son Panenka. Dans les jours qui ont suivi, une avalanche d'émotion s'est abattue sur les réseaux sociaux, entre colère, reproches et de réactions ouvertement racistes visant aussi bien les Marocains que les Sénégalais.
DR


Pour mieux comprendre ces dynamiques et la montée d'hostilité en ligne autour du match de la finale de la CAN 2025, Yabiladi s'est entretenu avec Abderrahim Bourkia, professeur de sociologie du sport et des médias à l'Institut des sciences du sport de l'Université Hassan I de Settat, président de l'Association marocaine de sociologie du sport (MASS).
Comment un match de football qui se termine dans le chaos sur le terrain peut se traduire par des effet amplifiés sur les réseaux sociaux et dans la vie réelle ?
Un match de football qui se termine dans la tension ou le chaos ne reste pas limité à l'arène sportive. Au contraire, il devient souvent le point de départ d'une dynamique sociale plus large. Celle-ci s'étend aux espaces médiatiques, aux plateformes numériques et aux relations sociales quotidiennes.
Le football fonctionne comme un amplificateur symbolique des émotions sociales. En Afrique, où il occupe une place centrale dans l'imaginaire collectif, toute perturbation sur le terrain, que ce soit une décision controversée, une défaite ou un incident violent, peut facilement être réinterprétée comme quelque chose de plus que du sport.
Cela devient une métaphore de l'injustice, de l'humiliation ou de l'échec collectif. Dans ce sens, le match ne se termine pas avec le coup de sifflet final ; il se poursuit à travers le discours.
Comment les réseaux sociaux alimentent cette dynamique ?
Les réseaux sociaux jouent un rôle décisif dans ce processus. Les plateformes numériques agissent comme des accélérateurs émotionnels. Les images, les courts extraits et les interprétations sélectives circulent sans contexte, encourageant des réactions instantanées plutôt que la réflexion.
Les algorithmes privilégient l'indignation, l'exagération et la confrontation, transformant des faits isolés en symboles d'antagonismes nationaux, ethniques ou culturels. Nous devrions être conscients et attentifs au potentiel destructeur des réseaux sociaux.
C'est là que le discours de haine et le racisme commencent à émerger. Une fois que l'événement sportif est encadré en termes de «nous contre eux», la frustration est redirigée vers des ennemis imaginaires. Les joueurs, les arbitres, les supporters, voire des nations entières deviennent des cibles.
Les fausses informations et les récits manipulés renforcent cette logique en offrant des explications simplifiées pour des situations complexes, souvent basées sur des stéréotypes ou des interprétations de type conspirationniste. Ce processus reflète une crise plus large de la pensée critique à l'ère numérique.
Les insultes en ligne, le discours racialisé et le langage déshumanisant normalisent progressivement l'agression. Dans certains contextes, cette violence symbolique déborde dans l'espace physique : harcèlement, menaces, confrontations de rue ou comportements discriminatoires. L'incident au stade devient ainsi un prétexte pour exprimer des frustrations sociales plus profondes liées à l'identité, l'exclusion et la reconnaissance.
Que nous apprend cela sur le football et la façon dont nous l'interprétons ?
Ces dynamiques révèlent la double nature du football. D'une part, il est un espace de cohésion sociale, d'émotion collective et d'appartenance partagée. D'autre part, lorsqu'il est mal médiatisé par les institutions et les médias, il peut devenir un miroir des tensions sociales et un catalyseur de conflits. Le problème n'est pas le football en lui-même, mais la manière dont il est raconté, instrumentalisé et consommé. Ici, l'absence ou l'affaiblissement du civisme peut mener à la violence.
Dans ce sens, la responsabilité ne repose pas seulement sur les supporters, mais aussi sur d'autres acteurs, médiatiques, influenceurs, institutions éducatives, culturelles et sportives. Leur rôle devrait être de contextualiser les événements, désamorcer les émotions et promouvoir une culture de la distance critique. Sans cela, le football risque de virer de l'espace de rivalité symbolique au vecteur de division sociale.
La manière dont une société réagit à un match de football nous en dit long sur sa relation à la différence, à l'émotion et à l'identité collective. Le sport ne crée pas les tensions sociales ; il les révèle. Et la manière dont ces tensions sont gérées détermine si le football devient une force de cohésion ou un déclencheur de conflit.
Comment le football peut aider à comprendre la façon dont les sociétés gèrent leurs émotions, la violence et le comportement collectif ?
Je ne peux m'empêcher de penser à un ouvrage majeur de deux sociologues britanniques, Norbert Elias et Eric Dunning, «Sport et civilisation». Elias et son collègue ont conceptualisé le processus de civilisation comme un développement historique à long terme dans lequel les sociétés régulent progressivement le comportement humain à travers des réseaux interdépendants de contraintes sociales, de normes et de contrôles émotionnels.
Dans le contexte du football, cette perspective éclaire comment le sport est passé de jeux informels, parfois violents, au niveau de la rue à des ligues professionnelles hautement organisées et codifiées qui reflètent des processus plus larges de régulation sociale.
Elias et Dunning ont en outre élaboré sur la relation entre le sport et la gestion émotionnelle. Le football, en tant qu'activité compétitive et émotionnellement chargée, sert de médium pour socialiser les joueurs et les spectateurs à des expressions acceptables d'agression, de rivalité et d'excitation collective.
Dans les arènes de football marocaines et africaines, le processus de civilisation est évident dans la régulation progressive du comportement dans les stades, la professionnalisation de l'arbitrage, et l'établissement de ligues formelles et d'organismes de gouvernance.
Alors que le football de rue et les matchs informels impliquaient souvent des confrontations physiques directes, les ligues contemporaines, tant nationales que continentales, fonctionnent sous des règles strictes, des mesures de sécurité et des codes de conduite qui exemplifient le principe d'interdépendance sociale et de contrôle comportemental d'Elias.


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