Une application mobile basée sur l'intelligence artificielle (IA) permettra le diagnostic précoce et élargi de l'autisme (TSA) et des troubles neurodéveloppementaux chez les enfants au Maroc. Développé par BlinkLab, cet outil est en effet sélectionné pour le programme national dans le pays, proposant ainsi une méthode accessible depuis le smartphone. Photo d'illustration / DR. ‹ › Au Maroc, une technologie de soins basée sur l'intelligence artificielle (IA) et le smartphone permettra de mieux dépister et évaluer les troubles du spectre autistique (TSA). Développée par l'entreprise australienne de santé numérique BlinkLab, cette solution est en effet sélectionnée pour le programme national de dépistage, soutenu par le gouvernement marocain. Dans son annonce faite lundi 23 mars, la société explique qu'il s'agit de faire usage de la caméra et du son du smartphone pour analyser les réactions sensorielles et motrices de l'enfant devant des vidéos, proposant ainsi une méthode complémentaire, accessible et pratique. Les estimations fondées sur les taux de prévalence mondiaux suggèrent que l'autisme toucherait près de 400 000 personnes au Maroc, entre enfants et adultes. Dans ce contexte, le dépistage précoce et systématique pourra être mis en œuvre auprès des enfants dès l'âge de 18 mois, à travers un déploiement progressif qui constituera un pas majeur en termes de diagnostic, d'intervention et de prise en charge anticipées. Dans le même sens, l'entreprise fait savoir que les coûts liés au déploiement et à la mise en œuvre clinique seraient pris en charge «par l'Etat marocain et la Fondation Mohammed V pour la solidarité», avec une conformité aux normes internationalement, «notamment celles reconnues par des organisations telles que l'Organisation mondiale de la santé (OMS)» pour «un accès équitable dans toutes les régions». Au Maroc, l'initiative comprendra aussi la création d'un Centre d'excellence pour la recherche, l'éducation et la formation sur l'autisme, qui capitalisera notamment sur l'expertise du professeur maroco-américain Abdeslem El Idrissi, membre du conseil scientifique de BlinkLab. Cette approche sera ainsi «la première et la plus complète du genre au monde», positionnant le royaume comme «un exemple à suivre pour la communauté internationale». Une technologie validée avec la contribution du Maroc aux essais La plateforme Dx1 de BlinkLab, issue de recherches menées depuis des années avec l'Université de Princeton, consiste à utiliser l'appareil photo d'un smartphone et un système de vision par ordinateur piloté par l'IA. Le test consiste à «capturer des biomarqueurs neurométriques objectifs, basés sur les réflexes faciaux, les réactions de sursaut, les mouvements des yeux et des paupières, la stabilité posturale et les réponses vocales». La séance dure une dizaine à une quinzaine de minutes, pendant laquelle l'enfant regarde une vidéo adaptée à son âge. Dans leurs résultats, les chercheurs mettent en avant une approche qui «fournit des données neurométriques reproductibles» et démontre «une sensibilité pouvant atteindre 91%», outre sa forte efficacité dans la détection des «profils sensoriels et moteurs liés à l'autisme, indépendamment du sexe, de l'âge et de la population». Jusque-là, les méthodes d'évaluation de l'autisme existantes se sont basées sur l'observation clinique subjective. Dans ce contexte, l'initiative nationale au Maroc prend forme en vertu d'une convention-cadre, impliquant la Fondation Mohammed V pour la solidarité, les ministères de l'Enseignement supérieur, de la recherche scientifique et de l'innovation, de la Santé et de la protection sociale, ainsi que de la Solidarité, de l'intégration sociale et de la famille. BlinkLab indique également avoir conclu un accord distinct avec la Fondation, qui aura un rôle crucial dans le déploiement national, en tant que principal soutien du Centre national Mohammed VI des handicapés (CNMH) où seront réalisées les évaluations diagnostiques via la technologie développée. En effet, le CNMH a été au cœur de la collaboration sur les études cliniques. Avec l'Université de la ville de New York, le Centre hospitalier universitaire (CHU) Mohammed VI de Marrakech et le réseau associatif partenaire, le Centre a entamé dès 2022 un travail sur le dépistage numérique à travers l'outil développé par BlinkLab. Selon le rapport d'activité de l'établissement pour 2023, ce processus a porté notamment sur la formation des éducateurs spécialisés en TSA, ainsi que l'intervention scientifique du professeur El Idrissi. Ce travail a donné lieu également à une récente publication dans la revue spécialisée Autism Research, de la Société internationale pour la recherche sur l'autisme (INSAR). Des éléments qui confirment davantage l'efficacité d'une «approche numérique non invasive» dans la «détection rapide, standardisée et objective des caractéristiques neurométriques liées à l'autisme», à travers une solution «complémentaire et non un outil de diagnostic autonome». Celle-ci devra être utilisée en parallèle des questionnaires de dépistage existants.