Malgré un acquittement décité par la justice il y a plus de deux ans, six ressortissants marocains restent dans la prison de Bosaso dans la région du Puntland, au nord-est de la Somalie. Ils attendent l'exécution de leur ordre d'expulsion vers leur pays d'origine. Dans des conditions «dures et inhumaines», ils ont entamé une grève de la faim illimitée. DR ‹ › Depuis près de deux semaines, six ressortissants marocains détenus dans la prison de Bosaso, dans la région du Puntland (au nord-est de la Somalie), sont en grève de la faim illimitée. Ils dénoncent leur détention continue, malgré un verdict de la cour déclarant leur innocence, qui devait mener à leur rapatriement au Maroc. Les individus ont été acquittés en appel, il y a près de deux ans et demi, sur fond d'accusations liées au terrorisme. Initialement, ils ont été condamnés à mort par le tribunal militaire du Puntland. La justice a également ordonné leur expulsion vers leur pays d'origine. Mais à ce jour, la mesure n'a pas été exécutée. Depuis, ils restent détenus dans des circonstances que leurs familles décrivent comme «dures et inhumaines». Selon des déclarations de ces proches à Yabiladi, les concernés vivent dans des conditions qui ne remplissent pas les normes élémentaires de la dignité. Ils ont noté que «durant le ramadan, ils n'avaient droit qu'à un seul repas par jour, composé souvent de riz uniquement». Les mêmes sources ont ajouté que la responsable du bureau de protection du Comité international de la Croix-Rouge au Kenya a rendu visite aux détenus, en janvier dernier. Elle les a informés que tous les documents et procédures nécessaires à leur expulsion avaient été transmis aux autorités marocaines, confirmant que le seul obstacle restant était l'achèvement de procédures simples par le ministère des Affaires étrangères et les services consulaires, notamment en ce qui concerne les documents de voyage et de billets d'avion. Somalie : Condamnés à mort puis acquittés, 6 Marocains attendent un rapatriement Selon les récits des familles, les ressortissants ne se sont pas rendus en Somalie avec l'intention de rejoindre une organisation extrémiste. Ils auraient été attirés par des individus qui les ont arnaqués, avec des promesses d'opportunités d'emploi et de projets économiques dans une région à fort potentiel. Mais sur place, ils se sont trouvés dans une région d'activité des éléments affiliés au groupe terroriste Daech. En découvrant la réalité, ils ont tenté de fuir et de se rendre aux autorités locales, mais ils ont été détenus et ont fait l'objet de graves accusations, avant d'être finalement acquittés. Témoignages émouvants des familles Dans une déclaration à Yabiladi, l'épouse de Khalid Ladaraa, 29 ans et originaire de Fès, qui travaillait dans le domaine de l'électricité, décrit un «cauchemar» depuis août 2023. «Il m'a dit qu'il se rendait à Casablanca pour chercher du travail, puis j'ai perdu contact avec lui. Deux mois plus tard, il m'a appelée en larmes, disant qu'il avait tenté de migrer via la Turquie, où il a été attiré en Somalie», dit-elle. Et d'ajouter : «Il a essayé de s'échapper jusqu'à se rende aux autorités, mais il a été détenu. Il m'appelle parfois secrètement pour une minute ou deux. La dernière fois, c'était mercredi. Il m'a dit qu'ils avaient entamé une grève de la faim, qu'ils avaient été séparés et placés en isolement, et qu'ils subissaient des insultes.» Parallèlement, l'épouse de Mohamed Bousaadi, tailleur et père de quatre enfants, également originaire de Fès, a déclaré que les difficultés financières ont poussé son mari à envisager une migration irrégulière. C'est ainsi qu'il a été pris au piège. «Il a disparu pendant des mois, jusqu'à ce qu'un avocat en Somalie m'appelle pour m'informer qu'il était détenu pour des accusations de terrorisme. Ce fut un énorme choc. Plus tard, leur innocence a été prouvée, mais ils restent là-bas dans des conditions difficiles», dit-elle. Somalie : Les détenus marocains condamnés à mort et acquittés «rapatriables à tout moment» ? Selon les deux épouses, «plusieurs pays ont rapatrié leurs citoyens qui étaient détenus dans la même affaire, sauf le Maroc», ce qui les laisse dans l'incompréhension des raisons de ce retard. Les familles disent avoir contacté diverses autorités compétentes, y compris les Affaires étrangères, sans recevoir de réponse officielle. Dans ce contexte, les proches appellent à une intervention urgente pour mettre fin au calvaire des détenus et permettre leur retour à pays, surtout après que les voies légales ont été épuisées et qu'ils ont été acquittés. Les familles avertissent que le maintien de la grève de la faim pourrait entraîner une grave détérioration de la santé des détenus, compte tenu du manque de soins adéquats à l'intérieur de la prison, en plus des conditions climatiques difficiles dans la région.